18-01-2022 20:22 - En Côte d'Ivoire, les commerçants maliens affectés par les sanctions de la Cédéao

En Côte d'Ivoire, les commerçants maliens affectés par les sanctions de la Cédéao

France24 - En Côte d’Ivoire, qui accueille la plus grande diaspora malienne au monde, les conséquences des sanctions décidées, début janvier, par la Cédéao se font déjà sentir, en particulier pour les commerçants et transporteurs maliens.

Aux alentours du port d’Abidjan, les bordures des routes servent de parking de fortune pour camions transporteurs. Depuis la décision prise par la Cédéao, dimanche 9 janvier, de fermer les frontières du Mali, de nombreux camions à destination de ce pays sahélien enclavé sont à l’arrêt.

Dans le dédale du quartier bordant le port, les chauffeurs maliens attendent dans les allées poussiéreuses, attablés dans les petites cantines qui bordent la route, assis sur un banc, ou endormis dans un hamac harnaché directement sous leur camion.

Le parking des poids lourds maliens compte, lui, une trentaine de camions qui attendent de connaître leur sort. Sous un soleil de plomb, la frustration se lit sur le visage de leurs chauffeurs qui discutent à l’ombre d’un mur. L'un d'eux, Kone Camara, vit depuis plusieurs jours sur ses propres réserves financières, en attendant de savoir ce qu'il adviendra de sa marchandise.

“J’ai chargé du riz et je suis toujours arrêté, dit-il, je ne comprends pas ce qui ne va pas.” Plusieurs chauffeurs transportant des denrées alimentaires ont fait état de ces blocages à l'équipe de France 24. Les pays de la Cédéao avaient pourtant précisé que la fermeture des frontières - l’une des sanctions décidées à l’encontre du Mali - ne viserait pas les produits de première nécessité.

L’ennui et l’inquiétude qui dominent

Et les Maliens ne sont pas les seuls concernés. Tala Sene, un jeune ivoirien, gagne son pain en chargeant des camions à destination du Mali. Habituellement, les camions à charger sont légion, mais ces jours-ci, ce sont surtout l’ennui et l’inquiétude qui dominent :"Ces derniers jours on ne gagne rien, impossible d’obtenir notre salaire habituel" soupire-t-il.

Chez les commerçants, les conséquences se font également sentir. Dans la commune d’Adjamé, hub commercial d'Abidjan et cœur de la communauté malienne de la capitale, les commerçants maliens n’ont, pour nombre d'entre eux, aucun problème d'approvisionnement car ils importent leurs produits de Chine ou de Dubaï. Mais avec la fermeture des frontières, c’est une clientèle de gros qui disparaît : “La plupart des grossistes se trouvent au Mali. Mais maintenant tout est à l'arrêt" déplore Mamadou, gérant d’un magasin familial de vente de tissus, interrogé par France 24. Il voit déjà les conséquences concrètes des sanctions de la Cédéao :"On est maintenant obligés de vendre au détail, ce qu’on ne fait pas habituellement."

Abidjan, premier port pour le Mali

Le Haut-Conseil des Maliens de Côte d’Ivoire estime à plus de 3 millions le nombre de Maliens résidant en Côte d'Ivoire. Le pays côtier serait donc la première terre d’accueil de cette diaspora dans le monde.

“La diaspora malienne produit 150 milliards de francs CFA par an (environ 23 millions d'euros, NDLR)", précise son président, Mahamadou Diwara, qui s’inquiète de sanctions pénalisant davantage la diaspora malienne que le gouvernement à Bamako. Et il ajoute : "Si la Côte d’Ivoire perd cette activité, elle perdra aussi beaucoup d’argent. Donc ça n’est dans l’intérêt de personne".

Avec la fermeture des frontières, le Mali n'a plus de débouchés maritimes. Outre la Côte d'Ivoire et la Mauritanie, le Sénégal ne permet plus d'accéder à la mer. Les représentants d'une diaspora largement composée de commerçants voient bien l'impasse se profiler. "Qu’allons nous faire ? Le port d’Abidjan est le premier port malien", s’interroge Mahamadou Diawara, lui-même négociant, qui appelle les dirigeants ouest-africains à revenir à la table des négociations.

Texte par : Samuel BERNARD





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Source : France24
Commentaires : 0
Lus : 1493

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)