23-02-2022 20:16 - Que peut attendre le Mali de sa plainte auprès de l'UEMOA ?

Que peut attendre le Mali de sa plainte auprès de l'UEMOA ?

DW - Pour faire annuler des sanctions "illégales", la junte militaire malienne a décidé de déposer une plainte auprès de la Cour de justice de l'UEMOA.

Bamako entend ainsi faire annuler les décisions prises contre le Mali, le 9 janvier 2022, par l'Union économique et monétaire ouest-africaine. Il s'agit des sanctions financières et économiques, décidées à la suite de l'annonce faite par la junte militaire de prolonger la transition.

Abdoulaye Dieye est économiste sénégalais. Pour lui, cette plainte auprès de la Cour de justice de l'UEMOA a peu de chance d'aboutir et il estime aussi qu'elle est le signe que le Mali est en train d'être asphyxié par les sanctions.

Abdoulaye Diaye : Cette décision ne me surprend pas dans la mesure où aujourd'hui, la junte malienne a un double objectif. Le premier objectif, c'est de montrer ou de faire croire à la face du monde et à la Cédéao que le peuple malien est derrière elle. Et le deuxième objectif c'est de discréditer la Cédéao et l'UEMOA. Donc, sous ce rapport, il est légitime effectivement pour la junte d'attaquer les décisions ou les sanctions que la Cédéao a prononcées à l'encontre du Mali.

DW : Est ce que l'UEMOA n'est pas allée loin ? Est ce qu'elle n'a pas outrepassé ses engagements, même vis-à- vis du Mali ? Est ce qu'elle avait le droit de prendre ce genre de sanctions contre le Mali ?

Abdoulaye Dieye : Aujourd'hui, il faut comprendre que l'Uemoa est dans la Cédéao en réalité. Les sanctions prises par la Cédéao ont de facto ou de fait engagées justement l'UEMOA. On peut être dans ce débat pour dire que les sanctions ont une base légale ou les sanctions n'ont pas une base légale. Mais de fait, regardons la situation en face : la junte malienne n'a pas aujourd'hui respecté les termes de l'accord qu'elle avait signé justement avec la Cédéao et l'UEMOA. Et malheureusement, ce manque de respect des termes de l'accord a conduit à des sanctions.

DW : En décidant d'attaquer l'UEMOA devant la justice, est-ce à dire qu'aujourd'hui, les signes sont là ? Les signes qui prouvent que la junte est acculée et que le Mali est acculé financièrement et économiquement ?

Abdoulaye Dieye : Oui, c'est clair. C'est clair que le Mali ne peut pas, dans le long terme, supporter ces sanctions là. C'est impossible. Le Mali dépend énormément de ses voisins. Il faut le rappeler, le Mali est un pays enclavé qui n'a pas accès sur la mer. Donc aujourd'hui, il faut le remarquer : le Mali est en train financièrement d'être asphyxié et a besoin justement de souffle. Je crois que le Mali ne peut plus tenir pour longtemps.

DW : Alors pour l'instant, on n'assiste pas à Bamako et dans d'autres villes du Mali à une forte inflation, à une forte hausse des prix des denrées alimentaires ou autres produits...

Abdoulaye Dieye : Oui, il faut dire que heureusement les sanctions n'intègrent pas les produits de première nécessité. Heureusement que les sanctions aussi n'intègrent pas les produits pharmaceutiques ou les produits de grande consommation. Et c'est ce qui fait justement qu'on n'a pas encore observé cette grande inflation.

Par Georges Ibrahim Tounkara



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Commentaires (3)

  • Buwuelm (H) 25/02/2022 09:42 X

    Ce que vous considérez comme une anarchie ne l’est pas en réalité. Le terme utilisé est inadéquat pour le cas malien. Personnellement, je ne suis pas pour les coups d’État, actions concoctées quelques fois, par des hommes en quête de pouvoir et tout ce que cela donne comme avantage (financier et matériel). Parfois aussi, le tripatouillage des constitutions par des chefs d’États, le népotisme, le clientélisme et la corruption à grande échelle, érigée en système, font que, face au mécontentement des peuples, les militaires n’ont pas d’autres choix, que de procéder ainsi, pour calmer les esprits, et ne pas avoir à intervenir dans des troubles éventuels, dont l’issue est incertaine. Vous écrivez : « Le Sénégal est 'indépendant' mais jamais de coup d'état ». Je n’ai pas bien compris pourquoi vous avez utilisé des primes pour le terme indépendant. Bref, je vous informe que ce pays a une particularité qui fait qu’il est impensable qu’un coup d’État puisse y être perpétrer un jour. En effet, un quatrième pouvoir non officiel mais assez influent, et qui est celui des confréries musulmanes, est un véritable rempart contre ce genre d’opérations.

  • ahznar (H) 24/02/2022 21:16 X

    Buwuelm être indépendant ne veut pas dire être anarchiste. Le Mali comme tant d'autres pays de la sous région est coutumier des coups d'état. Le Sénégal est 'indépendant' mais jamais de coup d'état. Il est de faire comprendre aux militaires que la cedeao en a marre. Basta !! est

  • Buwuelm (H) 23/02/2022 23:12 X

    M. Abdoulaye Dieye a manqué de nous donner ici, des raisons valables qui lui font croire que la plainte a peu de chance d'aboutir. Il parle de non-respect des termes de l'accord que la junte avait signé avec la CEDEAO (Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest) et l'UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine), entités manipulées par l’un des colonisateurs. La junte militaire malienne a tout-à-fait raison d’avoir saisi la Cour de justice de l’UEMOA, pour l’annulation des sanctions décrétées à son encontre, et la suspension de leur exécution. Ces décisions de la CEDEAO sont jugées très préjudiciables à l’État d’abord, et à la population malienne, ensuite. Ce qui me révolte dans l’attitude de ces deux organismes, c’est leur acceptation de participer à la mise en scène de l’agonie de l’un des leurs, mise en scène orchestrée par un pays qui s’est senti offensé, la France en l’occurrence. Cela prouve que l’indépendance dont se vantent certains pays africains, n’est pas encore validée par le colon non encore rassasié. À qui le prochain tour ?