09-03-2026 07:22 - Chroniques d'un officier subalterne (12ème épisode)
Selon l'un des plus grands écrivains français du 20ème siècle, "l'Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré. Il enivre les peuples, entretient leurs vieilles plaies, les tourmentes dans leur repos, ...les conduit aux délires de la persécutions et rend les nations amères."
En effet depuis 1989- 90 la Mauritanie est en proie aux conséquences du passif humanitaire, né quant à lui du différend avec le Sénégal par Flam interposées. L'expression de Paul Valery devient compréhensible quand elle vient corroborer les propos de Karl Marx dans le préambule du Matérialisme Historique, qui dit que "les hommes ne font pas leur Histoire arbitrairement, mais à partir de circonstances héritées du passé".
Ainsi nous sommes face à un passé qui ne passe pas. Depuis le 28 novembre 1960 certaines forces, agissant dans l'ombre et parfois de manière obstinée, empêchent l'érection d'une vraie nation, débarrassée de l'emprise ethnique ou tribale.
Justement étant contemporain des événements de 1989-90, j'ai constaté qu'on a tendance à traiter davantage les conséquences immédiates de ces faits historiques, tout en négligeant, souvent de manière intentionnelle, les causes lointaines, voire factuelles. Même si cette lourde tâche incombe aux historiens dont malheureusement, j'en suis pas un.
Je suis plutôt un témoin même si mon objectivité peut-être remise en cause puisque le différend entre les deux entités arabo-mauritanienne et Négro-africaine est devenu plus que passionnel. On essaye d'étouffer à chaque fois la vérité, reléguée désormais au service de la propagande mensongère. Là on a tendance à défendre sa closerie familiale, son patrimoine culturel, sa langue sémantique au détriment de la personnalité morale ou juridique de la collectivité. Ce qui ne rend pas service à la majorité silencieuse des deux camps, pourtant que rien ne devrait opposer.
C'est ainsi qu'on ne doit pas se tromper sur le déroulement des événements des mois d'octobre-novembre-décembre de l'année 1990. La responsabilité de ces événements douloureux qui ont eu lieu au PK55, à la base de Nouadhibou, et à la garnison d'Inal incombe au commandant de la 1ère Région Militaire. Car la responsabilité dans sa globalité ne se partage pas. On est chef ou on l'est pas.
Aucun commandant d'unité ne pouvait de sa propre initiative prendre ses frères d'arme, soient-ils Peulhs ou Mossi, en les accusant afin de les faire "avouer", sans l'aval du commandant de Région. Même si les ordres venaient d'en haut, c'est à dire de l'Etat-Major National ou du ministre de la Défense il fallait bannir cette anarchie qui a entouré l'arrestation de militaires négro-mauritaniens. Certes on était en période d'exception et Maawiya cumulait deux postes, celui de ministre de la Défense et de chef de l'Etat, donc chef suprême des Forces Armées et de sécurité.
On peut également supposer la faillite de la chaîne de commandement, cette fois de manière intentionnelle afin d'affaiblir l'autorité de l'Etat et profiter des troubles et prendre le pouvoir. Cela était envisageable. Toujours est-il qu'en octobre 1990, ce qui s'est passé au PK 55 à l'égard de certains militaires Peulhs, ne pouvait venir que du haut commandement de la 1ère Région Militaire basé à Nouadhibou.
Evidemment le climat était malsain, certes des extrémistes négro-mauritaniens tiraient les ficelles de la discorde, poussant ainsi à la faute certains militaires arabo-mauritaniens blancs ou noirs, excédés par le perpétuel agissement en "eau trouble " des Flam, et des politiciens ethnicistes etc...
A/ Le jour le plus long :
Depuis mon arrivée au PK55 en septembre, je me rendais chaque jour au PC du Sous-groupement 10 pour le déjeuner. Une après-midi du mois d'Octobre, les officiers n'étaient pas réunis. J'ai demandé au soldat qui faisait le thé. Il m'indiqua une tente à quelques dizaines de mètres sous laquelle les militaires negro-mauritaniens étaient interrogés un par un. Chacun devrait déposer son kalachnikov et ses 600 cartouches.
Ensuite ils étaient acheminés à la base de Wejaha à Nouadhibou ou à la garnison d'Inal. J'étais surpris par la discipline de ces militaires Peulhs et qui n'ont tiré aucune cartouche au moment de leur arrestation qui, pourtant s'est étalée sur plusieurs jours, permettant à certains de fuir la nuit.
Etaient-ils coupables des chefs d'accusation à leur encontre, à savoir l'intelligence avec un ennemi extérieur, tentative de sabotage, en tirant sur les unités marocaines d'en face...? Et pourtant ils étaient en surnombre, tous dotés d'armes et de munitions.
Ces militaires Peulhs en particulier, les habitants de la vallée en général sont pris entre le marteau et l'enclume. D'un ils ne peuvent pas dénoncer les agissements de leurs compatriotes, même s'ils n'adhèrent point à leurs idéaux, de deux, ils leur est reproché par le pouvoir, de par leur proximité d'avec les accusés leur silence. Le communautarisme est encore vivace en Mauritanie, ce qui freine l'émergence de l'idée de nation où tous les citoyens "prêtent allégeance" à l'hymne national et au drapeau.
Enfin le haut commandement s'est soustrait de ses obligations professionnelles en laissant l'anarchie s'étaler dans les différentes garnisons militaires du pays en 1990-91. De l'amateurisme. Nos chefs sont tombés dans le piège tendu par les FLAM et qui ont exploité leur "butin" partout, surtout dans les chancelleries occidentales.
N'est-il pas temps de tourner cette page sombre de notre Histoire et de chercher à bâtir plutôt une autre Mauritanie prospère et unifiée? Qui peut continuer de vivre avec les douloureuses séquelles du passé et espérer aller de l'avant? Personne. Il faut savoir pardonner des deux côtés, même si on ne peut pas oublier...
B/ Le colonel Salem Ould Momou prend le commandement de la 1ère Région:( A suivre13ème épisode, Incha'Allah).
ELY SIDAHMED KROMBELE
