13-05-2026 09:54 - Editorial du Calame : Balle au centre !

Editorial du Calame : Balle au centre !

LE CALAME - Ould Abdel Aziz est enfin sorti de sa réserve. Condamné à 15 ans de prison et à la confiscation de tous ses biens, l’ancien Président, qui n’était pas particulièrement volubile lors des différentes péripéties de son interminable procès, vient d’adresser une lettre à son successeur et ancien alter ego.

C’est lorsqu’il a senti que les choses sérieuses allaient commencer et que la vente aux enchères publiques de son immense patrimoine n’était plus qu’une question de jours, qu’il s’est emparé de sa plume. Dans une tentative ultime de sauver les meubles, même s’il sait que la balle est déjà partie et que le Président ne peut lui être d’aucun secours.

Il s’essaie pourtant à un exercice délicat de plaidoyer pro domo. Petit florilège de sa lettre : « Ghazouani connait l’origine de ma fortune […] La confiscation de mes biens est illégale, puisque j’ai été victime d’une farce judiciaire […] Les tribunaux m’ont acquitté des accusations de détournement, trafic d’influence et abus de biens publics ».

Avant de décrocher des flèches incendiaires : « En 7 ans, aucune procédure n’a abouti contre les vrais responsables du pillage, malgré un rapport de la Cour des comptes faisant état de 450 milliards d’ouguiyas détournés ». Et de conclure : « cette opération ne vise qu’un seul objectif : me détruire politiquement ».

Cette lettre, qui fait le buzz sur la Toile depuis sa publication, aura-t-elle un effet ? Ou n’est-elle que le cri du cœur d’un homme qui n’a plus d’autre choix que de prendre l’opinion publique à témoin ?

Mais la médaille a son revers. La publication, presqu’instantanément sur les réseaux sociaux, de la liste (interminable) des biens de l’ancien Président, a en même temps donné, à cette opinion publique, une idée de l’étendue de la prédation durant la décennie.

Un partout, balle au centre !

Ahmed ould Cheikh





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 1
Lus : 920

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 13/05/2026 18:51 X

    Le jugement du président Ould Abdel Aziz a été un naufrage constitutionnel. Il est plus grave qu’il opère aussi une rupture critique dans le fonctionnement de l’État. Cela influence déjà les mentalités et comportements de tous les acteurs : administratifs, économiques et sociopolitiques. Et contrairement à ce que l'on voudrait, pas forcément dans le bon sens.

    1) Exemple : La liste des biens mal-acquis publiée au sujet de l'ancien président montre la prépondérance des actifs et des immobilisations immobilières détenues dans le pays. Ces biens sont de nature à faire tourner l'économie locale. La rupture critique a pour conséquence prévisible d'augmenter le refuge politique des biens économiques. La prochaine fois, s'il y en a une, quand les Mauritaniens voudront faire plaisir à leur jalousie légitime, ils risquent d’être déçus !

    2) Les procès en biens mal acquis, à ce niveau, sont de mauvais exutoires pour le sentiment du peuple ; car la rupture critique s'opère aussi dans le fonctionnement de la négociation sociale. La négociation de la redistribution/répartition des richesses ne peut réussir si une des parties est délégitimée à posséder.

    3) Le jugement du symbole des élites introduit l'idée que les élites ne possèdent que des biens mal acquis. L'extension de ce sentiment suit les lignes de séparation établies dans la société. Il y a le peuple légitimé à tout exiger et les possédants qui ne devraient rien avoir. La propriété d’un maure blanc devient la même chose que les appropriations illégitimes de ses aïeux esclavagistes. L'ethnie détentrice de pouvoir, toute pourrie au regard des autres et ainsi de suite.

    4) La politique des exutoires chérie par les opposants ou pour des règlements de crise de pouvoir est dangereuse. À devoir y recourir, il faut bien choisir ses sujets. Lorsque l'on offre une fois en pâture l'indécence des dirigeants, celle-ci leur est perpétuellement attachée, même si ce ne sont plus les mêmes. Les opposants devraient songer qu'ils ont vocation à être au pouvoir un jour. Les pères ne se montrent pas nus devant leurs enfants car ils ne seraient plus présumés uniques et différents. Ce mensonge est indispensable à la construction familiale. La succession institutionnelle des présidents en fait une famille.

    5) N’en déplaise à la loi, le président n’est pas un symbole national, mais il demeure un symbole de l’État. De sorte que son procès est aussi celui de l’État présenté aux autres États. Les élites et les dirigeants mauritaniens personnifient l'État et cela se voit ! Le résultat est que dans leurs esprits, un mal rejeté avec la personne d'un président peut ne pas leur être attaché. On peut avoir la mentalité que l'on veut, mais les autres aussi. Il faut faire attention à la manière dont on présente son état, beaucoup de choses en dépendent…