15-06-2026 08:29 - L'historique de la fonction de chef d'état-major de l'Armée mauritanienne depuis 1960(suite)

L'historique de la fonction de chef d'état-major de l'Armée mauritanienne depuis 1960(suite)

2/ Colonel Moustapha Ould Salek, Cemga lors du coup d'Etat de 1978 :

Ceux qui l'ont connu, vous décrivent un officier affable, mesuré, d'une dimension brahmanique se détachant des réalités matérielles, en musulman idéaliste. Normal, l'éducation de nos officiers pionniers était portée sur les valeurs pudiques, une morale prônant l'honneur immortel plutôt que le bonheur versatile.

En juillet 1978, aidé de quelques officiers, il a mis fin à une guerre fratricide. Cela était nécessaire, même si la gestion de l'après-guerre était catastrophique. C'est avec Moustapha qu'on a mis en place une nouvelle structure, le fameux "sous-groupement" type Farim 78, une innovation qui a permis d'endiguer les défaites sur le champ de bataille face au Polisario.

3/ Maawiya Ould Taya:

Franchement on peut parler de Maawiya que comme chef d'Etat, car du temps où il était Cemga, il n'a pu donner à notre Armée le renouveau tant attendu. Mais le coup du 16 Mars 1981, va tout changer. Pour la première fois Maawiya va s'émanciper de l'étiquette qui lui collait à la peau, à savoir un officier mou, de faible amplitude, pour revêtir la peau d'un battant, lors de son deuxième retour à l'état-major national comme chef.

Ainsi le 12-12- 1984 il prendra le pouvoir et cédera la place de Cemga au colonel Ahmedou Ould Abdalla, mais pour....moins d'un trimestre. Leurs deux visions de la chose publique étaient opposées, rien qu'en voyant le commandement sublime de Ahmedou ould Abdalla à la 2ème région militaire de F'dérik, avant le coup d'Etat du 12 décembre 1984. Quel gâchis alors !!!

4/ Colonel Yall Abdoulaye:

Il est rare d'avoir son égal dans l'Armée nationale du point de vue de autorité. Le colonel Yall Abdoulaye est issu de la "coloniale", ne s'en cachait pas et entendait le démontrer. Personne ne pouvait défier son autorité, d'abord de fait et ensuite de droit. Je me souviens, jeune sous-lieutenant en 1981 ou 1982, alors que Yall était chef d'état-major national, avoir mis les pieds à la portion central.

Ce jour, j'ai aperçu de loin au niveau du 1er étage du B1 le lieutenant Cheibany Ould Eiyé. Je l'ai appelé et il m'a fait signe de me taire d'abord et de monter le voir. Une fois dans son bureau, la porte fermée, il m'a dit: "Ely évite les problèmes, as-tu entendu une mouche bourdonner ici, ou un bruit de botte, même si on est dans une caserne militaire ?.

Ce kowri (allusion à Yall) a une personnalité de fer". Malgré les maigres moyens dont disposait l'Armée, le colonel Yall la tenait par une main poignante. Et personne ne pouvait se soustraire à ce "contrat d'objectif", basé sur la discipline, la rigueur. C'était un meneur d'hommes. Dès sa disparition en 1985, les militaires Hal-poular se sont vus tout d'un coup orphelins, ou comme submergés par un sentiment de déréliction.

Persuadés de la perte d'un espoir, certains militaires parmi eux ont tenté à la hâte de prendre le pouvoir par la force en octobre 1987. Un homme peut bâtir une " Helé", mais une "Helé" ne peut pas confectionner, ni perfectionner un homme.

5/ Colonel Ahmed Ould Minnih:

Il aimait toujours les petites anecdotes, tout en évitant de porter préjudice à qui que ce soit. Officier de bonne moralité, Ould Minnih aimait également taquiner. Lors d'une inspection dans les différentes sections de l'Intendance, Ould Minnih entra dans la section "contrôle et vérification" alors commandée par le lieutenant Chérif Ahmed Ould Sidahmed Krombelé (yarahmou).

Aussitôt il taquina Chérif: " alors mon lieutenant, tu as pris combien de voleurs? Et Chérif de répondre aussitôt: " ça dépend mon colonel, vous les voulez grands ou petits?". Ould Minnih n'a pas pu s'empêcher de rire; il est reparti dans son bureau et ii a passé plusieurs jours à demander le nom du lieutenant vérificateur....

Malheureusement pour le colonel Ahmed Ould Minnih, son temps à l'état-major a coïncidé avec les revendications à caractères communautaristes, sortie du manifeste du négro-mauritanien opprimé( sic), la tentative avortée d'octobre 1987, le conflit avec le Sénégal de 1989, les exactions de 1990-91. A retenir que ce pan de notre histoire a été le plus souvent mal géré par le pouvoir de Maawiya. Ce qui donne au colonel Ahmed ould Minnih une coresponsabilité dans ces douloureux et regrettables événements.

6/ Le colonel Moulaye Ould Boukhreiss:

Son temps est l'expression de l'immobilisme à la "soviétique" au sein de notre Armée. Montée au matin, descente l'après-midi, gérer le quotidien morose, pendant une décennie. Voilà en résumé le temps qu'aurait passé le général Moulaye Ould Boukhreiss en sa qualité de Cemga.. L'Histoire ne pardonne pas, elle n'oublie pas, elle enregistre. C'est vrai que Ould Boukhreiss est un renard que le pouvoir de Maawiya craignait.

Son choix au poste de Cemga répondait plutôt à un reflexe régionaliste de sécurité, du moment que l'élection présidentielle était prévue l'année 1992. Tout pouvait arriver y compris la chute de Maawiya et il fallait penser à garantir les biens des richissimes cousins du président sortant. Car en cas de troubles très graves, de casse, seules les forces armées et de sécurité étaient en mesure de protéger les personnes et leurs biens.

Sur le plan social ou opérationnel Boukhreiss n'a apporté aucun changement à l'armée nationale. Cette stagnation a fait naître chez certains jeunes officiers dès l'an 2000 la volonté de mettre fin au régime par un coup de force. La tendance a pris de l'ampleur en se concrétisant le 8 juin 2003. Certes Moulaye avait déjà quitté l'état-major depuis 2002, cédant la place au colonel Mohamed Lemine Ould Ndiayane. Mais c'est cette gestion catastrophique de l'Armée pendant une décennie qui a fait germer dans l'esprit de jeunes officiers l'idée de coup d'Etat. L'immobilisme couplé à la mauvaise gestion, au sentiment d'injustice constituent un cocktail dangereux.

7/ Colonel Mohamed Lemine Ould N'diayane:

Dès son arrivée comme Cemga en 2002, tous les militaires ont aspiré à un changement après plus de 10 ans de stagnation aussi bien aux plans opérationnel que social. Tout le monde s'accordait sur l'esprit d'équité, de bonne gestion quant à la chose publique, du colonel Ndiayane. Mais hélas, l'homme n'a même pas eu le temps d'évaluer les consignes prises qu'un coup d'Etat sanglant est perpétré.

Le colonel Ndiayane trouva la mort un certain 8 juin 2003 assis dans son bureau de l'Etat-Major National à Nouakchott. Après l'échec de la tentative de renverser Maawiya et la mort du Cemga, son adjoint le colonel El Hadi Ould Sédigh le remplacera. Pas pour longtemps également. Comme je disais tantôt, il est très difficile d'évaluer un officier en service, surtout comme Cemga à moins de deux ans de service. Dans ce cas de figure, nous tenterons de vous présenter le verre à moitié vide ou à moitié plein.

8/ Le colonel El Hadi Ould Sédigh:

La tentative du 8 juin 2003 a déstabilisé le pouvoir de Maawiya Ould Taya. Ceux qui croyaient que les renseignements généraux avaient tout verrouillé, se sont trompés. La fragilisation du pouvoir a fait naître toutes les ambitions cachées surtout chez les proches de Ould Taya. Et le choix du colonel Ould Sédigh, officier républicain, de bonne moralité, fidèle à ses principes loyaux, mais d'une autre région plutôt que l'Adrar, n'a pas reçu la bénédiction de certains officiers cousins ou très proches du président Maawiya.

Ces derniers ont tout fait pour lui substituer au moins un officier de l'Adrar, car la " compétition" au remplacement de Maawiya est désormais lancée. Les officiers qui travaillaient directement avec Ould Taya, tels Aziz, Ely Ould Mohamed Vall, avaient décelé des signes qui ne trompent. Maawita ne contrôlait plus rien, il tâtonnait, hésitait dans ses moindres directives comme si une main invisible lui dictait ce qu'il devrait faire. Or si un chef n'a plus d'ascendant sur ses collaborateurs, et surtout sur les membres de sa famille nucléaire, il va droit au mur. L'Histoire l'a toujours démontré.

9/ Le colonel Arbi Ould Jedéine, dernier verrou avant la chute:

J'ai connu El Arbi Ould Jedéine au Secteur Autonome de Kaédi en 1984. C'était un officier brillant, commandant ses unités avec doigté, car il était direct dans ses propos et droit dans ses directives, ses initiatives. Plus tard il lui est arrivé d'être un moment du mauvais côté de l'Histoire. Cela peut arriver à n'importe qui.

Toujours est-il que dans la nuit du 3 Août 2005 en tant que chef d'Etat-major des Armées, il est arrêté chez lui. Ely Ould Mohamed Vall appelé par Aziz et Ghazwani qui viennent de prendre le pouvoir, leur a proposé l'adjoint de El Arbi, à savoir le colonel Abderrahmane Ould Boubacar comme Cemga.

10/ Le colonel Abderrahmane Ould Boubacar:

Il a remplacé le colonel Arbi Ould Jedeine à la tête de l'Etat-major en 2005. Pas pour longtemps, car à l'arrivée du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, aidé par Aziz et Ghazwani pour accéder au pouvoir, il fallait leur permettre d'accrocher le grade de général. Or Abderrahmane plus ancien qu'eux devrait s'y opposer en temps que Cemga.

Le colonel Mohamed Ould Mohamed Saleh, un sortant de Meknès, est désigné Cemga, mais juste pour 6 mois, pour cause de limite d'âge. Il a été remplacé par le colonel Félix Négri, le tableau d'avancement, est fait. Aziz et Ghazwani passent généraux, suivis de Félix Négri. Les mécontents feront tout pour brouiller les relations entre Sidi Cheikh Abdallahi, le nouveau président et le duo Aziz-Ghazwani.

Ce dernier étant désormais chef d'Etat-major national. Cet épisode de la vie politique mauritanienne rappelle ce qui se passe actuellement entre le président Diomaye Faye du Sénégal et Ousmane Sonko. Diomaye a été aidé par Sonko pour accéder à la présidence pour un programme de rupture. Une fois élu, Diomaye veux composer avec les opposants qui le combattaient. Trahison et ingratitude ...quand vous nous tenez.../.

A suivre inchaAllah,

11/ Le général Mohamed Cheikh Ghazwani

12/ Le général Mohamed Cheikh dit Bourour

13/ Le général Mohamed Ould Bamba Ould Meguett

14/ Le général Mokhtar Bollé Chaabane

ELY SIDAHMED KROMBELE, FRANCE.





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Source : Ely Krombele
Commentaires : 1
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Commentaires (1)

  • analagjar (H) 15/06/2026 16:07 X

    Analyse sans intérêt et qui sent à plein nez le règlement de compte avec certains et le '"peshmerghisme" avec d'autres à venir...Tout le monde sait que , depuis sa création, l'armée n'a jamais été dotée de moyens lui permettant d'être vraiment opérationnelle, ce qui a forcément handicapé sa gestion...C'est seulement à partir de 2005 que les budgets de fonctionnement et d'équipement ont commencé à devenir relativement conséquents, ce qui lui a permis de mieux répondre aux missions qui lui sont assignées...