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Quelques réalités sur la pêcherie en Mauritanie et propositions pour la sortir des nasses.
En effet, les ressources halieutiques en Mauritanie sont menacées de disparition à cause la persistance de la congélation en haute mer. Leurs stocks sont en diminution permanente selon les dernières statistiques. La surexploitation sauvage touche particulièrement les espèces nobles, à haute valeur commerciale. Certaines de ces espèces sont en voie de disparition.
Notons d’abord que la conception de la congélation bord a été créée par le génie japonais, suivi par leur voisin russe pour conquérir, dans les pêcheries les plus éloignées, des protéines dont leurs pays sont déficitaires. Mais leur exploitation n’est autorisée qu’à l’extérieur de leur propre territoire.
Ces espèces dites nobles sont agressées sévèrement, depuis 1978 à ce jour, dans leur habitat de reproduction et la faune maritime composant essentiel de leur nourriture est également détruite à même temps, par une exploitation irrationnelle et destructive.
Les espèces pélagiques sont des poissons migratoires Nord- Sud et vice- versa et suivent le mouvement du courant du golfe Stream.
Le stock de nos ressources halieutiques n’a cessé depuis quelques années de donner des signes de faiblesse apparaissant à l’indicateur du niveau de production devenu de plus en plus décroissant. Ce résultat négatif est dû essentiellement à trois phénomènes se développant dans une zone de pêche à trois paliers : surface, semi- fond et fond :
1°/ l’armement utilisé par les navires congelant à bord
2°/ les méthodes de pêche pratiquées en mer
3°/ le manque de qualification pour un contrôle efficient et professionnel.
A1°/ armement généralement utilisé
1°/ Les bateaux congelant en mer ont deux sortes de filets dont un aux normes réglementaires présentable au contrôle de routine et un deuxième chalut lourd confectionné avec beaucoup de lourds plombs et une grosse chaine métallique attelés tout le long du bas du filet pour le bien immerger au sol du fond marin. Et, aussi, ils y ajoutent un autre filet filtre, à maille 2, 3 m/ m. (système introduit par les japonais pendant la période de leur pêche en Mauritanie sous licences libres).
Ce filet- chaussette, comme appelé dans le langage de la profession, est mis à l’intérieur du cul de sac, agrafé au chalut avec du fil à ramander, racle le fond marin, tue les œufs, détruit le plancton, le benthos et toute la faune maritime et ne laisse sortir du chalut que l’eau à peine.
2°/ Cet armement lourd est utilisé par tous les navires pêchant en Mauritanie, nationaux et étrangers y compris les pélagiques. Vous avez certainement vu et constaté dans les films de reportage sur la pêche en Mauritanie, le nombre impressionnant d’oiseaux qui suivent en mer les bateaux utilisant ce matériel destructif. Ces oiseaux récupèrent les petits poissons non commercialisables, rejetés morts et restent flottant sur la surface de l’eau, après tri à bord.
A2° / Les pélagiques utilisent trois armements :
1°/ L’Armement léger pour pêcher à la surface les pélagiques pour lesquels ils ont obtenus normalement la licence
2°/ L’Armement semi- lourd pour pêcher le calamar et autres espèce nobles qui se trouvent habituellement entre la surface et le fond pour lesquels ils n’ont pas de licence probablement. Et, ils les déclarent : la fausse pêche.
Techniquement, il n’y a pas de fausse pêche possible car tout dépend de l’armement utilisé dans le respect formel des normes définissant la spécification du matériel à utiliser pour chaque espèce à pêcher sur licence octroyée. Mais, il semble que cet aspect échappe au ministère des pêches par manque de connaissances professionnelles en la matière car les zones sont séparées et distinctes en mer. Les populations qui habitent chaque zone, sont différentes l’une de l’autre.
Mais qui connait parfaitement l’équipement précis et strictement limitatif pour les trois sortes de pêche : pélagique, semi- fond et fond au ministère de tutelle et à la commande des pêches ? De mon point de vue, cette connaissance ne peut- être acquise que par des professionnels inexistants dans notre système. C’est ce qui produit la fraude pure et simple et des histoires à dormir debout.
3°°/ L’Armement pour le fond normal ou avec lestage lourd est d’usage quotidien. Selon certaines informations les producteurs utilisent les deux mais avec prédominance du lourd dont l’apport en poissons nobles est substantiellement quadruple. Cette hypothèse est renforcée par l’observation à l’œil nu de l’armada d’oiseaux qui suit régulièrement les Atlantiques et Super Atlantiques pour récupérer leurs rejets de petits poissons et les juvéniles qui logent normalement dans l’habitat de reproduction.
Et, il y a certains navires de pélagique qui ont introduit la pêche internationalement interdite consistant à piéger les poissons avec une sorte de jeux de lumières attractives pour les faire entrer directement de la mer dans une cale ouvrant dans l’eau et préparée spécialement pour cette méthode de pêche avec issues pour la sortie de l’eau du navire. Cette méthode permet de remplir les cales en une heure à deux heures avec un minimum de quatre vingt (80 tonnes/ heure).
B °/ les méthodes pratiquées par les bateaux
1°/ Tous ces navires congélateurs, toutes spécifications confondues, draguent avec les chaluts lourds toutes les nuits à partir de leurs zones de pêche jusqu’à la limite de leur tirant- d’eau de la plage et sortent au petit matin de la zone interdite.
Tous les navires congelant à bord utilisent le matériel prohibé d’une façon régulière surtout en pêche de nuit et de jour jusqu’au signal du guetteur payé pour suivre régulièrement les sorties des navires de la commande des pêches ou de la marine.
Durant la marrée : Tri, classification, congélation 24/24, mise en cartons sont assurés par trois équipes de 3 x 8 heures. Après les opérations de pêche et la fin de la marrée, le matériel prohibé est stocké dans une cale spéciale fermant hermétiquement dans une partie du navire difficilement repérable ou décelable pour échapper au contrôle de routine ou abandonné dans la zone internationale avec ancre et bouée de repérage au GPS.
Une fois les cales pleines, le navire dépose l’ancre dans la zone internationale où il est attendu par un navire de transport collectant les ventes frauduleuses du poisson mauritanien. Ce genre de pratique vise essentiellement la haute gamme de nos produits halieutiques.
Le plus grave de la congélation bord est le fait que les produits de haute gamme, prêt à l’exportation, sont régulièrement vendus par transbordement dans la zone internationale et échappent à tout contrôle.
Ces pratiques sont le pain quotidien de la congélation bord des pêches de fond des demersaux et pélagiques.
C°/ Le contrôle efficient et le manque de qualification
1°/ De 1985 à 2.000 à peu prés, la piraterie de la pêche clandestine a atteint son apogée avec la complicité de certains responsables mauritaniens surtout avec des armateurs espagnols. Les chalutiers bénéficiant de ces largesses étaient identifiés avec des gros numéros permettant leur reconnaissance à grande distance aux fins d’éviter leur contrôle dans la zone de pêche.
Ces pratiques peu orthodoxes ont régressé à la création de la commande des pêches mais la tendance a plus au moins conservé sa logique dans un mouvement décroissant à ce jour car les personnels n’ont pas beaucoup changé mais compte tenu de l’évolution de tous les paramètres de notre environnement, les comportements se sont, quel peu, atténués.
2°/ Certes, l’efficacité du contrôle a été en dessous des espoirs à cause des comportements évoqués plus haut mais le manque de technicité et de connaissance des équipements de la pêche ont d’autre part affaibli le résultat escompté. En effet, le contrôle a été confié à des militaires préparés pour la guerre mais pas pour l’économie maritime.
De ce fait, ils méconnaissaient les équipements entrant par exemple dans la confection d’un chalut qui varie suivant les trois paliers ciblés par la licence accordée par l’autorité concernée par ce secteur extrêmement important pour l’économie du pays et son avenir.
Au crédit du colonisateur qui assurait efficacement la préservation de nos ressources halieutiques par un contrôle efficient de la marine marchande nous laisse un excellent souvenir de son époque.
Cette institution gérait par l’inscription maritime à Nouadhibou la surveillance rigoureuse tout le long de notre littoral avec une ou deux vedettes et un personnel civil assermenté, armé appliquait une réglementation draconienne au délit de pêche.
Le personnel civil chargé du contrôle était sélectionné parmi les marins pêcheurs compétents.
Il est tout de même étonnant de constater que les français n’ont pas profité de cette richesse unique au monde jusqu’à notre indépendance. Il n’avait accordé durant toute la période de colonisation que quelles autorisations de pêches à des chalutiers bretons pour la langouste, la pêche artisanale au comptoir de la SIGP à Nouadhibou et à des pêcheurs artisanaux canariens dont profitait énormément la population pour l’emploi et l’approvisionnement en produits de première nécessité dont l’eau importée de Marseille.
A cet égard, nous ne pouvons que remercier les français, à juste titre, de leur comportement dans ce secteur vital et nous les félicitons également d’avoir su mieux préserver notre richesse renouvelable, mieux que nous- mêmes.
Compte tenu de ce qui précède, il s’avère que le transfert du contrôle et la surveillance à la marine nationale n’était guère la meilleure option.
Notre richesse halieutique est deux fois au moins plus importante que l’addition de nos autres ressources minérales : fer, or, pétrole et autres pour la simple raison qu’elle est renouvelable et eux ne le sont pas.
Que faire ?
Brahim Ould Boïdaha, consultant
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