18:24
Quelques réalités sur la pêcherie en Mauritanie et propositions pour la sortir des nasses.
Que faire ? (2ème partie)
Le respect de l’importance de cette ressource est conditionnée par une bonne gestion rationnelle, assortie d’une stratégie planifiée sur le long terme et est débarrassée de notre esprit séculaire de nomade errant qui commande actuellement tous nos comportements quotidiens dans la décision la plus importante, au travail, dans la rue, à la maison, au repas et plane même sur nous dans notre profond sommeil.
Cet esprit nous conduit fatalement à ne penser qu’à s’enrichir très rapidement et par tous les moyens possibles et imaginaires. L’observation approfondie de notre société fait apparaitre clairement ce paradoxe qu’accompagne la boulimie financière.
Ce constat est malheureusement généralisé et on est amené à se poser la question suivante : Qui va s’occuper de notre avenir ?
Le rattrapage serait d’établir une stratégie planifiée qui doit au moins comprendre :
1° / La suppression de la congélation en haute mer le plus rapidement : source de pillage, fraude et surtout destructive de l’écosystème et particulièrement des lieux de reproduction de notre principale ressource. Cette stratégie ne peut s’établir et assurer un développement durable pour ce secteur que par le retour de la totalité de la production au sol mauritanien.
2°/ Développer la pêche artisanale et celle du frais à glace pour un meilleur contrôle du niveau de production permissible et pour mesurer d’une façon palpable l’effort d’exploitation et ses effets sur la source du pays, » d’où la nécessité de contraindre également les européens à ne pêcher chez nous que le frais, libre à eux de l’exporter frais ou congelés localement.
Ces mesures ne doivent souffrir d’aucune exception mais qui veut le poisson doit respecter notre intérêt national. C’est à ce prix seulement que nous pouvons coopérer.
3°/ Encourager la transformation de tous les produits de pêche de la façon suivante :
A / filet de toutes les espèces, darnes et autres transformations permettant d’approvisionner en priorité le marché intérieur en produit fini congelé et surgelé prêts à la cuisson.
Le surplus doit être destiné au marché extérieur et aux conserves pour l’exportation.
Cette approche produit une valeur ajoutée de l’ordre de 60% en plus de la création de beaucoup de possibilités d‘emploi.
B / diminuer progressivement la mise en carton de 20 kg pour inciter les usiniers existants à s’orienter vers la transformation au produit fini, apportant une plus- value importante variant entre 40 à 60 % et une valeur ajoutée incontestable et surtout éviter l’exemple de la SNIM qui vend du sable sans grande valeur depuis les années cinquante au lieu de s’orienter vers la transformation du minerai en produit fini dont la valeur ajoutée est cent fois supérieure. Mais, elle développe le tourisme qui n’a aucun rapport avec sa raison sociale. On aura tout vu dans notre cher pays.
Comme mesures incitatives, les usiniers doivent même être financés à un taux progressif à déterminer au prorata de leur vitesse de reconversion au produit fini ou détaxés pour deux à quatre ans.
C / Former le personnel d’encadrement et celui du contrôle à la connaissance techniquement précise des équipements de pêche et surtout leur spécifité de confection variable d’un chalut à l’autre et par zone de pêche ciblée parmi les trois catégories existantes.
Je suis sûr que si, on pose les questions suivantes aux responsables de la pêche, il ne saurait répondre :
- Quelles sont les longueurs d’un chalut pélagique, semi- fond et fond ?
- Quelles sont les mailles des bras jusqu’au cul de sac ?
- Quelle est la largeur de l’ouverture des bras ?
- Il y a combien de plombs et de quels poids, de flotteurs et ti vans ?
Seule la connaissance technique peut permettre une gestion aisée du secteur, sa compréhension et c’est l’unique clé de son contrôle avec efficacité ce qui n’est pas notre fort présentement.
D / Déclencher une campagne répétitive de sensibilisation de nos populations sur l’importance du poisson, pour mieux être compris, son apport en protéines, la facilité de se nourrir avec : il suffit d’un fil et un hameçon pour pêcher 3 kg de poisson par jour, manger 1 kg et vendre 2 pour couvrir le reste de ses besoins.
En 1982, à la fin d’une étude de faisabilité que j’ai eue à mener pour une institution investissant dans la pêche en Mauritanie, j’ai été reçu par feu Mohamed Oud Sidi Aly, ministre à l’époque des pêches auquel j’ai livré mes constations comme suit :
En résumé, J’ai constaté que les pays disposant de ressources halieutiques importantes ne s’autorisent que la pêche fraiche par les moyens simples d’exploitation, ne comportant aucun danger à l’éco- système de leur fond marin pour trois raisons essentielles :
1°/ Assurer l’approvisionnement de leur marché intérieur comme première priorité
2°/ Contrôler l’effort de pêche et les espèces pêchées
3°/ Transformer le surplus (Australie et le Canada) pour obtenir une valeur ajoutée et créer des emplois
La congélation en haute mer est totalement interdite et ceux qui vendent occasionnellement les licences limitées de trois mois à six, les octroyaient en dehors de la zone de leur pêcherie avec contrôle rigoureux.
Je lui ai ajouté que nous devrions nous acheminer vers cette perspective pour préserver nos ressources en commençant par la suppression de la congélation bord. Et, il m’a dit qu’il m’a parfaitement compris mais qu’il était difficile pour le moment d’arrêter ce genre de pêche. Mais on s’est bien entendu sur le développement de la pêche fraiche, à commencer par l’artisanat. C’est ce qu’il avait engagé avant son départ du ministère.
Mais les conditions de cette époque ont sensiblement changé car les ressources du pays ont augmenté d’une façon significative avec l’émergence d’importantes ressources d’or, de pétrole et autres…
Cette nouvelle situation donne aujourd’hui aux décideurs toute la latitude nécessaire pour prendre suffisamment de recul pour redresser ce secteur vital de notre économie.
A partir de cet entretien et malgré mon fort penchant pour la pêche fraiche préservant mieux la ressource, j’ai conseillé à mes partenaires d’opter pour l’acquisition d’une flotte 50% congélation bord et 50% pêche à glace car le ministre était d’accord sur cette formule intermédiaire pendant nos échanges d’idées sur le développement du secteur et son avenir.
Brahim Ould Boïdaha, consultant
A suivre