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Quelques réalités sur la pêcherie en Mauritanie et propositions pour la sortir des nasses...
...(Dernière partie).
La première entorse à notre pêcherie :
A la création de la SMCP en 1982, accompagnée de l’obligation de débarquement à Nouadhibou de nouveaux seigneurs- écumeurs ont apparu, fortunés de la période de débarquement à Las- Palmas.
Il s’est créé des nouveaux riches assez rapidement de 1978 à 1982 par :
1°/ la vente de licences libres demersaux et pélagiques sans charge pour eux, sauf obtenir le plus facilement du monde et par tous les moyens les licences auprès du ministère des pêches.
2°/ des affrètements des Congélateurs demersaux et pélagiques à raisons de 35% de la production sans charge pour eux, en dehors de disponibiliser la licence pour l’armateur.
3°/ L’achat, la vente et l’exploitation des rafiots congélateurs japonais déclassés et refusés par les assurances mais ils étaient, tout de même, naturalisés en Mauritanie pour augmenter les épaves de la baie de Nouadhibou.
4°/ Ils ne rapatriaient qu’à peine le 10ième du montant du total des ventes de nos produits halieutiques qui étaient très prisés avec un niveau de prix exceptionnellement fort pendant la période s’étalant entre 1978- 1982.
5°/ Le trafic d’influence devenu juteux auquel se prêtait la situation du moment.
La décision salutaire de débarquement à Nouadhibou les a quel peu désarçonnés et il fallait trouver un autre créneau de gain facile et dans ce tâtonnement désespéré, ils découvrent les chinois dont les sociétés de pêches avaient élu domicile à Las- Palmas, zone franche. Ces sociétés opéraient au Maroc, en guinée- Bissau et en Angola.
Les Chinois communistes de pure sang, sérieux, respectueux de la loi et des usages en conformité avec leur éducation ont beaucoup hésité aux propositions alléchantes de nos seigneurs- écumeurs à Las- Palmas devenu célèbre avec le poisson mauritanien ont finalement, après beaucoup d’hésitations accepté de venir en Mauritanie avec le maximum de garantie et des avantages pour les contractants dont des royalties mensuelles consistantes pour les mauritaniens.
2°/ La seconde entorse est la nouvelle convention avec les chinois pour la transformation des produits pélagiques à Nouadhibou. L’analyse économique fine de cette convention fait apparaitre que le seul avantage que tire la Mauritanie de cette convention est le préfinancement de la construction de l’usine et tous les autres avantages sont pour la partie chinoise, y compris l’emploi dont ils ont le plus grand besoin du monde.
Le préfinancement est remboursé en moins deux ans par l’exploitation de la ressource et nous restons redevables de son montant à payer sur échéance future.
3°/ Et la troisième entorse, nous avons accordé un important bonus de quinze navires de pêche de fond pour la partie chinoise. C’est une convention trop, trop, trop déséquilibrée et dont les conséquences sont extrêmement graves pour l’avenir de notre économie maritime et, et surtout la partie pêche de fond que rien peut justifier ?
. Ce sont là les entorses douloureuses encore dans le secteur de pêches, fait par nous- mêmes contre notre propre avenir. Nous devons éviter de brader une partie essentielle de notre économie nationale. L’histoire enregistre, parle et parlera !
A cette occasion, jetons un regard attentif sur les besoins de l’alimentation mondiale en protéines dont ne sont couverts qu’à peine 30 % par les viandes rouges et blanches et les 70 % sont à retrouver uniquement dans les ressources halieutiques.
Par voie de conséquence et compte tenu l’augmentation sans cesse de la population mondiale, augmentation améliorée sensiblement par une meilleure couverture sanitaire dans le monde, diminuant fortement les taux de mortalité au niveau de tous les âges, cette situation crée d’une façon constante une forte demande sur les produits halieutiques par la force du besoin de nourriture.
Cette tendance croissante offre aux détenteurs des ressources halieutiques d’imposer leur Diktat dans ce domaine et de constituer un cartel plus important que celui du pétrole car la logique humaine veut qu’il faille manger d’abord avant de penser à la lumière et au chauffage.
La conjugaison de tous ces facteurs fait apparaitre un intérêt croissant aux produits halieutiques, seuls capables, de palier au déficit en protéines dans l’alimentation mondiale. Certes, les producteurs de ces ressources ne peuvent être qu’à leur aise, s’ils savent bien profiter de la dimension réelle de leur économie maritime, ce qui ne semble pas être notre cas en ce moment au moins.
Pour ce résumé sur ce chapitre, ces nouveaux parvenus ont fait et défait la Mauritanie suivant leur guise de 1978 à 2.005. Ils sont même arrivés au stade de considérer les Ministres et les hauts responsables de l’Etat comme des chargés de leur protocole et ce n’est guère une blague.
En effet, l’ouverture à tout vent du secteur de la pêche, après le coup d’état en 1978 a créé beaucoup de nouveaux hommes riches en peu de temps et dans le désordre de cette période où tout était permis.
L’enrichissement de certains ou de tous les mauritaniens est une excellente chose mais il faudrait bien que ce ne soit pas au détriment de l’intérêt supérieur de la collectivité nationale.
Pour aboutir à des décisions salutaires, il faut naturellement une forte volonté politique, le courage et la détermination des décideurs pour sauver ce secteur en déperdition et qui peut, bien géré, être en définitif la banque de développement de tous les autres secteurs et assurer à notre pays un développement durable et garantir un avenir meilleur.
Voilà, une contribution volontaire avec un historique succinct de l’évolution de notre pêcherie : ses malheurs, ses entorses dans des dérapages dangereux entrainant beaucoup d’incertitudes et des propositions concrètes pour sortir ce secteur des nasses.
Cette prestation peut paraitre pour certains de sévère, pour d’autres de plaisante mais le but recherché n’est pas de mesurer l’état d’âmes des uns et des autres mais d’éveiller le niveau de conscience de tout mauritanien sur l’importance de ce secteur particulier et clé de voûte de notre économie nationale pour un développement harmonieux et durable.
Et, de ce fait, le contenu de cet essai est dédié aux décideurs pour les aider à déclencher une alerte pour sauver ce qui nous reste de notre plus importante richesse. Malheureusement, le développement de notre économie est toujours mal parti, comme avait dit « Raymond Barre de l’économie africaine dans les premières années d’indépendance », et l’observation aujourd’hui de l’état des choses ne donne qu’une lueur d’espoir assez mince.
Brahim Ould Boïdaha, consultant