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Insécurité alimentaire au Gorgol: S’achemine-t-on vers un scénario catastrophe?
Il est difficile mais les faits sont là , durs de tête, de constater que la wilaya du Gorgol porte aujourd’hui les stigmates d’une insécurité alimentaire permanente qui s’adosse à la précarité et à la vulnérabilité des conditions de vie des populations dont les espoirs, comme une alerte, affichent tous les clignotants en rouge.
Cette situation de relative survie est d’autant plus accentuée que les différentes campagnes agricoles (Dieri, Walo, bas fonds), et surtout de l’irrigué se sont soldées par un échec total dont les conséquences compromettent puissamment les moyens d’existence, déjà faibles.
Suite à une enquête alimentaire et nutritionnelle pour la période Novembre –Décembre 2011 menée par l’ONG Nationale ANED (Association Nutrition et Développement) dont les activités viennent compléter celles du programme d’OXFAM qui s’articule entre autres sur « l’amélioration de l’information sur la sécurité alimentaire au Brakna et au Gorgol » (PAISA-BG)...
...Il a été noté que la wilaya du Gorgol, par delà sa position de point de convergence par rapport aux autres wilayas frontalières, subit de plein fouet les désagréments d’une année difficile aussi bien pour les hommes que pour le bétail.
En effet, plus de 60% de sa population agro-silvo pastorale est fortement affectée par les effets conjugués d’une pluviométrie moins abondante et mal répartie dans l’espace et le temps d’une part, et, d’autre part, par l’insuffisance des fourrages et la raréfaction des pâturages qui, par ailleurs, subissent une forte pression à cause de la transhumance.
L’urgence d’une intervention
Sur financement d’OXFAM en partenariat avec l’Union Européenne, le projet qui s’inscrit sur une durée de 30 mois entend de manière spécifique «renforcer la production qualitative et quantitative d’informations consensuelles accessibles sur les causes et les mesures de la sécurité alimentaire ».
Ainsi l’enquête embrasse des composantes aussi variées que complémentaires, allant des caractéristiques des ménages dont les femmes chefs de ménage occupent la première loge dans les Moughataas de M’Bout (38,6%) et Monguel (28,1%), à la problématique de la sécurité alimentaire qui reste tributaire des spéculations fondamentales (mils et sorgho) représentant cumulativement une fourchette de 76,9% là ou les légumineuses et le riz se positionnent respectivement à 46,7% et 27,9%.
Sans toutefois, sans négliger les moyens d’existence, l’enquête a révélé que les sources d’alimentation à base de céréales proviennent essentiellement des achats, ce qui montre la faiblesse des capacités de stockage des réserves alimentaires dont la principale contrainte et non la moindre est de pousser la grande majorité à s’approvisionner sur des marchés de plus en plus éloignés et de moins en moins achalandés en denrées alimentaires.
Aussi, par la typologie de la wilaya ou la tendance se décline vers le commerce en tout genre, la rareté des produits alimentaires a créé une nouvelle source de revenus par la vente des produits des animaux qui représente plus de 20,1% des revenus des ménages.
Au regard des conclusions de l’enquête, la wilaya du Gorgol est plus qu’exposée à l’insécurité alimentaire dont la prévalence dans les ménages a atteint un pic (83,5%) inquiétant qui interpelle les décideurs et les acteurs pour une intervention efficiente au risque d’assister à un scénario catastrophe irréversible.
Ce décor peu reluisant de la wilaya n’est pas sans conséquence sur le volet nutritionnel de la population infantile de 6-59 mois confrontée à la malnutrition aigue globale dont le taux de prévalence est plus accentué dans la Moughataa de Maghama (19,5%). Les conclusions de ce travail qui viennent compléter les informations fournies par les différents services techniques révèlent aussi que 63,9% des ménages trouvent des difficultés énormes d’approvisionnement en eau potable dont 23,9% consomment l’eau des puits à ciel ouvert.
D’autres pratiques, notées par le contenu de l’enquête, montrent qu’au niveau de la Wilaya du Gorgol, 66,7% des ménages ne disposent pas de latrines, ce qui constitue un facteur de pollution aux conséquences incalculables sur la santé des populations dont 79,2% pratiquent la défécation à l’air libre. Comme quoi le Projet « Assainissement Total Piloté par les communautés » a de la matière dans le Gorgol.
Le PAISA-BG, qui se veut un laboratoire de bonnes pratiques et un outil de « système d’information consensuelle sur la sécurité alimentaire régional (SIC –SAR) » à travers un bulletin d’information sur la sécurité alimentaire, est accompagné dans son travail par le comité technique dirigé par la coordination Régionale du Ministère des Affaires Economiques et du Développement (MAED) comme bras opérationnel du projet et le comité de pilotage présidé par le Wali Moucaid, Mohamed Horma Ould Mohamed Moktar.
Après examen et validation des conclusions de l’enquête par les deux structures le 30 Janvier 2012, la problématique récurrente de la sécurité alimentaire trouve désormais une « base solide de données statistiques », dira le président du comité de pilotage au profit de tous les intervenants pour le développement de la Wilaya. Aussi, au cours de la cérémonie de validation, il a exprimé l’engagement politique des autorités à soutenir les partenaires et autres intervenants dans la définition et la mise en route des réponses idoines à la hauteur de l’urgence que requiert la situation du Gorgol.
Biry Diagana
CP Gorgol