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Insécurité alimentaire au Sahel : «Mobilisez les fonds maintenant, n’attendez pas les images ...
...d’enfants mal nourris pour réagir. »
"J’ai rencontré Halima avec ses cinq enfants. Son mari est parti ailleurs à la recherche de nouvelles opportunités. Halima est très pauvre. Ses voisins sont presque dans la même situation qu’elle…Quand on regarde un enfant, on s’attend a un sourire.
J’ai vu un groupe d’enfants pauvres, avec habits sales car la où ils vivent il n’y a pas d’eau, ils ne mangent pas à leur faim. Même dans l’ambiance de fête avec étrangers venant dans des voitures, ces enfants ne sourient pas. Il faut donc agir rapidement… »
Ces mot sont du célèbre musicien sénégalais Baba Maal. Il vient d’une visite (14 et 15 février) du Gorgol, région du Sud de la Mauritanie, une des plus touchées par la crise alimentaire qui sévit au Sahel.
Baba, ambassadeur d’Oxfam s’exprimait au cours d’une conférence de presse à Nouakchott lundi 20 février.
1/4 de la population mauritanienne est touché
« La crise alimentaire touche environs 700 000 mauritaniens, soit 1/4 de la population » a rappelé Amadou Seydi Djigo, chargé de programme à la représentation d’Oxfam en Mauritanie.
Les autorités mauritaniennes ont lancé un appel à l’aide internationale. Elles ont lancé un programme d’urgence, Emel 2012, d’un montant de 45 milliards d’ouguiyas, financé à hauteur de 50% sur budget de l’État.
En novembre, Oxfam a effectué une mission exploratoire dans ses différentes zones d’intervention en Mauritanie, le Brakna et le Gorgol. En janvier l’ONG international a lancé un programme humanitaire d’un montant d’1 million 529 000 euros.
Aujourd’hui, a noté Djigo, 800 000 euros ont été mobilisés pour ce programme et « nous cherchons d’autres bailleurs pour combler le gap de 700 000 euros. » Il a ajouté que ce programme humanitaire comporte trois phases. Il y a d’abord la sécurité alimentaire, avec entre autres, distributions de semences pour prévoir la prochaine campagne agricole. En suite, un axe eau hygiène et assainissement.
Enfin un axe plaidoyer pour influencer les décideurs car il y a encore des efforts à faire. C’est dans le cadre de ce dernier axe qu’entre l’organisation par Oxfam de la tournée de Baba Maal au Gorgol. Le programme lancé pat Oxfam vise 30 000 personnes et « d’ici fin octobre 2012, ça pourrait atteindre 70 000 personnes. »
Le pire est évitable
Quant à Steve Cockburn, coordinateur régional d’Oxfam, basé à Dakar, il a noté que « la situation régional est sérieuse mais que le pire scenario est encore évitable. » Il a rappelé qu’au Sahel 12 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire et « la crise risque d’être aggravé avec le flux de refugié fuyant les combat dans le nord du Mali. »
Les raison de la crise alimentaire : « la réduction de la production céréalière de plus de 25%, dans certaines zones comme la Mauritanie la situation est plus grave, et l’augmentation des prix des céréales. » Pour Steve Cockburn, il y a encore espoir car : les systèmes d’alertes ont fonctionné et l’information nécessaire pour agir existe. Il y a espoir car les gouvernements ont réagi vite en développant des plans d’urgence et en sollicitant l’aide internationale. Il y a enfin espoir car certains bailleurs comme l’UE, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Grande Bretagne ont commencé a donné des fonds même s’ils restent insuffisants.
« On est très loin d’avoir assez fait. Les plus grand défis sont à venir. L’UE estime que l’on aura besoin de 700 millions d’euros pour répondre à la crise au Sahel et, actuellement moins de 1/ 3 de ce montant a été mobilisé. Si on ne mobilise pas ces fonds, il y aura des millions de personnes qui seront sans assistance » a dit Steve Cockburn. A l’adresse des potentiels donateurs, il a lancé « mobilisez les fonds maintenant, n’attendez pas les images d’enfants mal nourris pour réagir. »
Bonne gouvernance
Mamadou Sarr du comité mauritanien de suivi sécurité alimentaire a déploré les dysfonctionnements et manque de coordination au niveau des autorités et des partenaires concernant Emel 2012 ; Ensuite, pour lui, le plan, au-delà de l’urgence, doit prévoir des actions de relances agricoles en saison normale. Il a demandé aussi au gouvernement de veiller à la bonne gouvernance dans l’exécution du plan d’urgence.
Khalilou Diagana
« L’ampleur de la crise est telle que je vais hausser la voix pour que le monde réagisse », a déclaré le musicien Baaba Maal après s’être rendu dans le sud de la Mauritanie. En Mauritanie 700 000 personnes souffrent d’insécurité alimentaire et en visitant pendant 48 heures la région de Gorgol, le musicien a découvert la dure réalité des populations affectées par une crise qui touche maintenant une personne sur quatre.
Nouakchott, le 20 février : « Ce qui se passe dans cette partie de l’Afrique me tient à cœur. Les gens souffrent, surtout les enfants. Je ne peux rester sans rien faire ». C’est ce qu’a déclaré le chanteur sénégalais Baaba Maal après avoir visité des communautés mauritaniennes, les plus touchées par la crise qui frappe actuellement le Sahel. Le manque de pluie, de mauvaises récoltes, le manque de pâturages et l’augmentation du prix des denrées alimentaires constituent, entre autres, les facteurs à l’origine de cette crise.
Baaba Maal qui a rencontré les populations dans le sud du pays, et non loin de son village natal au Sénégal, a constaté : « Quelques familles n’ont presque rien à manger, et je m’inquiète de ce qui va leur arriver dans les prochains mois et jusqu’au moment des premières récoltes»
Le chanteur sénégalais, de renommée internationale et reconnu pour son engagement dans le développement de l’Afrique, lance un appel à la communauté internationale pour une action immédiate: « Nous ne pouvons rester sans rien faire en regardant nos frères et nos sœurs mauritaniens être victimes d’une telle crise. J’ai pu constater que des solutions adéquates sont déjà en train de se mettre en place. Il faut les appuyer et les renforcer » a dit Baaba Maal.
« J’ai rencontré Hamila, mère de 5 enfants, qui venait d’acheter un sac de riz grâce à l’argent transféré par Oxfam. Cet argent va lui permettre de nourrir sa famille pendant les prochaines semaines. Hamila fait partie des plus vulnérables de sa communauté mais beaucoup d’autres ont aussi besoin de notre aide » a expliqué Baaba Maal.
En décembre dernier, Oxfam et ses partenaires ont déclenché une intervention humanitaire dans le sud de la Mauritanie afin de venir en aide à 30 000 personnes et planifient d’élargir l’intervention pour éviter une crise majeure. En coordination avec le plan d’urgence mis en place par le Gouvernement, l’organisation met en place des transferts d’argent pour permettre aux populations de protéger leurs moyens de subsistance.
Des actions visant à améliorer l’accès à l’eau potable sont aussi en cours et afin d’éviter la propagation de maladies hydriques qui peuvent être à l’origine de malnutrition, surtout chez les enfants.
« Quand j’étais petit, cette région était totalement verte et je constate chaque année qu’elle est de plus et plus sèche. Pourtant l’eau est là, dans le fleuve, et le sol aussi. Nous devons rassembler nos forces pour atténuer les effets de ces crises, pour que la situation de cette année ne se répète plus jamais» a ajouté Baaba Maal.
Oxfam appelle à une intervention d’urgence afin d’éviter le pire au cours des prochains mois, mais aussi à des investissements sur le long terme pour renforcer la résilience des populations, permettre aux communautés de s’en sortir lors de mauvaises années et parer à la survenue d’autres crises.
En plus de la Mauritanie, Oxfam intervient auprès des personnes les plus affectées par cette crise au Burkina Faso, au Tchad, au Mali, au Sénégal et au Niger.