Cridem

Lancer l'impression
22-05-2012

22:18

Richard Toll : La baisse du prix du sucre local enrayera-t-elle la contrebande ?

La décision de l’Etat de diminuer de 110 francs Cfa le prix du sucre cristallisé pourrait avoir des effets positifs pour cette denrée produite par la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) dont les produits sont rudement concurrencés par ceux de la contrebande en provenance de la Mauritanie. A Richard-Toll, les consommateurs pensent qu’une baisse plus conséquente des prix pourrait venir à bout de la fraude.

Ils sont nombreux, les habitants de Richard-Toll, à s’être convertis en contrebandiers dans la cité industrielle devenue une véritable plaque tournante du trafic de sucre. Cette activité constitue, pour eux, le seul moyen de survie.

Venus de toutes les régions du Sénégal, ils sont des milliers à s’adonner à un trafic qui a fini par installer une vraie guerre des sucres : celui produit par la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) implantée dans la ville et celui importé frauduleusement de la Mauritanie.

Le paradoxe est que le sucre importé se vend moins cher que celui produit localement. Il est cédé à 500 ou 550 francs le kg contre 700 francs (avant la baisse) pour le local. L’autre curiosité est que ce produit frauduleux est vendu devant… les portails de la Css, sur la route nationale n°2, sur l’avenue Jacques Mimran. On le retrouve aussi à la gare routière et dans les boutiques.

Une sorte de défiance à l’Etat, qui a pourtant usé de tous les moyens pour enrayer cette concurrence déloyale, qui porte aujourd’hui un sacré coup à l’économie nationale. Les services de la Douane ont beau faire preuve de vigilance aux frontières et aux différentes voies d’entrée pour enrayer le développement de la fraude, mais les convoyeurs trouvent toujours des subterfuges pour tromper leur vigilance.

Aujourd’hui, les contrebandiers sont unanimes à reconnaître que la commercialisation du sucre importé de la Mauritanie est très florissante. « La Css fait vivre des centaines de familles, parce qu’elle est le premier pourvoyeur d’emplois dans toute la région. Elle recrute beaucoup de personnes, mais avec le coût élevé de son sucre, elle permet aussi à des jeunes et femmes sans emploi de s’adonner à la fraude. Aujourd’hui, aucun contrebandier ne se plaint », soutient Djiby Diop, un jeune contrebandier venu de Ross Béthio. Tidiane Ba, originaire de Bokhol, se confie : « il peut arriver que j’écoule plus de 100 kg de sucre de contrebande par jour. Parfois, je vends le double et ça rapporte beaucoup », a-t-il fait savoir, ajoutant que la fraude fait vivre beaucoup de familles.

Ce commerce lucratif n’est pas seulement l’apanage des hommes. « La vente du sucre nous permet de survivre et de subvenir à nos impérieux besoins », avance la dame Maguette Sarr, même si elle reconnaît que les contrebandières se frottent souvent aux douaniers qui effectuent des descentes inopinées pour leur confisquer leurs marchandises. La baisse du prix du sucre cristallisé local suffit-elle à inquiéter le milieu de la contrebande ? Fait-elle gagner au produit de la Css en compétitivité face à la denrée importée illégalement de Mauritanie ? En effet, le sucre cristallisé local a subi une baisse de 690 à 580 francs Cfa, soit 15,94 % de moins. Cette baisse, à « effet immédiat », décidée à la suite du conseil interministériel sur la préparation de la campagne agricole, a été fortement appréciée aussi bien par les populations que par les boutiquiers.

Ces derniers estiment que le seul moyen de barrer la route au sucre frauduleux, demeure l’application de prix compétitifs sur le marché national, soit l’équivalent du prix de revient du sucre venant de la Mauritanie. « Aujourd’hui, la différence entre le sucre de la Css et celui qui vient de Mauritanie n’est que de 30 francs. Mais à l’avenir, les autorités de l’Etat et de la Css devraient réfléchir pour avoir des prix encore plus bas », soutient I. Kassé, un économiste.

« En favorisant la compétitivité de son produit, la Css parviendra à écouler ses produits sans grande difficulté et résistera aux agressions du sucre importé frauduleusement », a-t-il fait savoir. Du côté des boutiquiers, la constance est que le sucre local ne pourra jamais résister s’il continue à subir la concurrence déloyale de celui importé. Et pourtant, de nombreux efforts ont été faits pour inciter les populations à consommer le sucre local.

Mais son coût élevé a découragé les populations qui affichent, sans gêne, leur préférence du sucre importé frauduleusement. « Tant que la Css ne diminuera pas le prix de son sucre pour le rendre plus compétitif sur le marché local, il subira toujours cette concurrence déloyale », a indiqué M. Samb, un boutiquier qui a pignon sur la route nationale. « Certains commerçants sont obligés de se ravitailler auprès des contrebandiers, de reverser le produit dans les sacs de la Css pour ne pas avoir des ennuis », révèle-t-il.

Un autre boutiquier justifie cette méthode par la difficulté de tirer de la vente du sucre local des bénéfices. « On peut acheter des sacs de sucre local, mais faute de clients, la marchandise peut être stockée pendant des mois sans trouver preneur. Avec cette conjoncture, on voit mal un client venir acheter un kilo de sucre à 700 francs alors qu’il peut l’avoir à 450 où 500 francs », soutient Mafal Fall. Aujourd’hui, le constat est que le sucre local ne pourrait se porter mieux qu’une fois vendu beaucoup moins que celui frauduleux. Mais sans cela, il sera très difficile d’éradiquer le fléau, car à Richard Toll et ses environs, les gens ont pris la mauvaise habitude de vivre de la contrebande.

Samba Oumar Fall

 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org