Cridem

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25-06-2012

04:01

Ces prix qui prennent les citoyens à la gorge.

Les cris de détresse qui parviennent de l’arrière pays en disent long sur la situation intenable des pauvres. Même si l’on accepte que les boutiques ouvertes par le gouvernement vendent à des prix réduits, le manque d’argent et la précarité du marché du travail en Mauritanie réduit à néant les espoirs de bon nombre de pères de familles.

C’est d’ailleurs parce qu’il y a péril en la demeure que les populations commencent vraiment à se demander à quoi servent toutes ces " campagnes " visant à leur faire croire que le gouvernement travaille pour eux alors que l’essentiel n’est pas là.

Lors de son dernier passage devant l’Assemblée nationale, pour répondre à une interpellation d’un député de sa propre majorité, le Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf, devait, justement, répondre de cette question des prix à travers l’exécution du plan d’urgence " Emel 2012 ".

Mais, pour dire vrai, l’étalage de chiffres, à partir même de l’enveloppe faramineuse de 45 milliards d’ouguiyas, censés avoir été débloqués par l’Etat pour venir en aide aux pauvres, ne suffit pas pour convaincre de l’efficacité d’une telle stratégie. Même au niveau purement économique, un expert a mis en doute un tel plan par le fait même que l’incidence réelle sur le marché des produits de première nécessité n’a pas été ressentie comme il se doit.

L’offre importante en riz, sucre, huile et blé aurait dû, logiquement, tirer les prix dans les commerces classiques vers le bas et faire profiter les classes moyennes de ce que le gouvernement a fait pour les plus pauvres. Peut être aussi qu’il y a une grande différence entre Nouakchott et les autres villes de l’intérieur. Le système D (l’informel) ne fait vraiment vivre que dans la capitale où tout se vend et s’achète. C’est loin d’être le cas à l’intérieur.

Dans une petite ville du centre du pays, par exemple, les boutiques ouvertes peinent à satisfaire la trop forte demande d’une cité où aucune activité signifiante ne permet de distinguer qui est pauvre et qui ne l’est pas. A midi, il n’est pas rare pour certaines ménagères qui ont mis du temps pour avoir l’argent nécessaire pour aller se ravitailler dans un " doukan " de l’Etat, de s’entendre dire que c’est fini pour aujourd’hui. Un système de rationnement adopté durant le plan d’urgence " Solidarité 2011 " permet à ces boutiques de limiter la très forte pression. Quitte à ce que certains soient obligés de se rabattre sur les commerces ordinaires.

Les difficultés viendront du malaise social

On ne cessera jamais de le répéter : les difficultés du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz viendront, de plus en plus, de l’incapacité du gouvernement à juguler la flambée vertigineuse des prix. Tous les indices le montrent, toutes les discussions de salon, de rue et de taxis le prouvent : le vase est plein et il risque de déborder d’un moment à l’autre. Certes, il y a encore des circonstances atténuantes pour le président Aziz (construction de routes, lotissements des " gazras " et autres " kebbas ", lutte contre la gabegie, à travers même le refus du faste que des responsables ont voulu perpétuer encore et encore dans les administrations qui jouent aujourd’hui " serré " avec leurs budgets de fonctionnement, autrefois de " ponctionnement " mais la noria du désespoir qu’entretient la difficulté de joindre les deux bouts peut mettre un terme, à tout instant, à cet état de grâce.

Tout tourne aujourd’hui autour de la question des prix, particulièrement de ceux du riz, du sucre, du blé, du lait et de l’huile. Un sac de riz ou de sucre à 12.000 UM, c’est quasiment le double il y a deux ans, c’est-à-dire depuis l’arrivée de celui qui s’était autoproclamé "le président des pauvres " !

On se dit même qu’Aziz ne peut garder longtemps le silence par rapport à une question qui, on se le rappelle, a été l’un des principaux éléments déclencheur du courroux des populations contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, allant jusqu’à provoquer des manifestations de rue dans ce que la fronde parlementaire avait exploité par la suite, outrancièrement, comme la " révolte des affamés ".


Il faut dire, pour être juste, que les prix actuels ont dépassé, de loin, ceux de 2007-2008 et que, à moins que l’on ne parle de manipulations à l’époque de Sidioca, le silence de ceux qui s’étaient opposés à lui est plus que coupable. Si l’intérêt des populations passe avant toutes considérations politiques, l’on ne comprend pas alors que les élus de la majorité ne joignent pas leurs cris de protestations à ceux de l’opposition pour demander que des mesures soient prises rapidement pour éviter l’irréparable.

Surtout que les prix, quand ils flambent, ne font pas de différence entre partisans de la majorité et militants de l’opposition. Ils prennent à la gorge tous ceux dont le pouvoir d’achat est limité et que la situation de crise économique quasi endémique range dans le même panier.Même ceux qui pouvaient compter sur les privilèges que confèrent leur proximité avec le pouvoir sont déçus par la tournure des événements : la guerre que le président Aziz mène contre la gabegie a asséché les " sources " de l’argent facile, l’argent sale, qui permettait aux hauts responsables de l’Etat d’entretenir leurs cours et de pouvoir ainsi les fidéliser.

Au niveau même de ces responsables, l’inquiétude est perceptible, parce qu’ils sont obligés de revoir à la baisse des dépenses en consommation courante naguère prises en charges par l’argent gagné en commissions et autres prébendes aujourd’hui disparues. Vous les entendez souvent vous dire : " je n’ai que mon salaire comme vous ", " je ne gère plus rien " ou " je peux même rester à la maison " pour signifier à ceux qui feignent encore de l’ignorer que rien n’est plus comme avant.

Un bon point pour le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a réussi à limiter les dégâts considérables que la mauvaise gestion faisait subir à l’argent public, mais le revers de la médaille pourrait bien être cette sensation que la vie est devenue plus dure, cette précarité qui tient plus à la détérioration du pouvoir d’achat des populations due au tarissement des sources illicites de l’argent, qu’au condition de ravitaillement d’un marché en train de subir la loi de l’offre et de la demande.

Sneiba Mohamed.

 


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