Cridem

Lancer l'impression
27-01-2013

15:49

RFD Nouadhibou : Déclaration

Présentée comme un projet qui révolutionnera le secteur des pêches, notamment la filière pélagique, un modèle de l’intégration de la pêche dans l’économie nationale qui consacrera la transformation du petit pélagique à terre en créant dans la foulée des milliers d’opportunités d’emploi, un instrument de transfert de technologie donnant une réelle valeur ajoutée à nos produits halieutiques et mettant sur le marché international un label Mauritanie, la société chinoise Hong Dong s’est avérée être une grosse arnaque.

Plus de deux ans après la signature de la convention entre l’Etat et cette société privée chinoise, force est de constater qu’aucun avantage n’a été créé, aussi bien pour le secteur que pour les populations qui y sont affiliées: pas de transformation du petit pélagique, encore moins de création d’emplois escomptés.

Pire, les partenaires chinois se sont adonnés à la pêche des céphalopodes - pourtant exclus de l’accord avec l’Union Européenne du fait de la surexploitation de cette pêcherie - à la pêche des demersaux (courbines, mérous, soles, etc.) à grande valeur commerciale.

Tous ces produits sont exportés à l’état brut, sans aucune forme de transformation et mis sur le marché international en concurrence avec des produits mauritaniens.

La société Hong Dong, profitant des conditions avantageuses gracieusement accordées par l’Etat mauritanien (elle est exonérée de droits et taxes et paie seulement 1% à l’exportation au moment où les nationaux paient 7% en plus d’un droit d’accès à la ressource et sont soumis au régime normal), procédait à des achats de poissons sur le marché artisanal, en concurrence déloyale avec les opérateurs nationaux.

Cet appétit du gain ne s’est pas arrêté aux poissons. Des quantités énormes d’oiseaux de mers ont été retrouvées congelées dans les stocks de la société. L’alarme aurait été donnée par le Parc National du Banc d’Arguin.

Les statistiques disponibles sur l’activité de cette société montrent qu’elle a exporté en 2012 environ 2.800 tonnes de produits congelés, essentiellement céphalopodes et demersaux, pour une valeur déclarée de seulement 6.000.000 de dollars US. (La valeur réelle, selon les prix du marché devrait dépasser ce montant).

Le comble est qu’elle n’a rapatrié qu’environ 2.000.000 de dollars US et reste donc redevable de 4.000.000 de dollars US alors que les petits exportateurs nationaux sont sommés de rapatrier l’intégralité des sommes, sous peine d’être sévèrement amendés ou interdits d’exportation.

L’Etat s’est réveillé tardivement de sa torpeur voulue et entretenue par son lobby d’hommes d’affaires, pour constater l’ampleur des dégâts. Cette situation aurait pu être évitée si le Gouvernement avait fait preuve de responsabilité en prêtant une oreille attentive aux protestations et mises en garde venues à la fois des professionnels du secteur, des acteurs avertis de la société civile, mais aussi des partis de l’opposition.

Tous ces acteurs ont dénoncé à cor et à cri, dès sa révélation, une convention que les partenaires chinois et leurs courtiers avaient taillée sur mesure : aucune contrainte, aucun chronogramme, aucune précision de ce qui doit être fait ou pêché, en plus d’une clause scélérate de six ans pour accomplir des investissements sans aucun ordre de priorité.

Le Gouvernement a fait la sourde oreille préférant écouter des courtiers véreux aux antécédents peu glorieux, particulièrement avec les asiatiques et qui rêvent d’une main mise totale sur un secteur hautement stratégique.

Le pays paie aujourd’hui le prix fort de l’amateurisme, de l’incompétence, de l’entêtement et surtout de l’arrogance qui ont caractérisés les politiques de Mohamed Ould Abdel Aziz. Des milliers de tonnes de nos produits halieutiques ont été dilapidés, des zones de pêche et de reproduction ont été détruites, par une utilisation illicite de matériels de pêche non conventionnels, notamment le chalut à bœuf et des centaines d’emplois ont été supprimés, mettant à nu les contours d’un gros mensonge d’Etat.

La fédération du Rassemblement des Forces Démocratiques de Nouadhibou avait, à plusieurs reprises, indiqué à travers différentes déclarations le caractère insidieux et pernicieux de tels accords. Elle exige aujourd’hui :

- une enquête indépendante pour que toute la lumière soit faite sur les conditions nébuleuses de négociation, d’attribution et d’exploitation qui ont entouré un tel projet;

- l’arrêt définitif de cette société et sa liquidation judiciaire;

- le jugement des responsables de la dilapidation de nos ressources.

Nouadhibou le 26 janvier 2013
La Fédération



 


Toute reprise d'article ou extrait d'article devra inclure une référence www.cridem.org