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L’Aftout, Triangle de la pauvreté ou de l’espoir ?
Rarement région mauritanienne a bénéficié d’une aussi grande attention que la zone de l’Aftout, plus connue sous le nom de « Triangle de la pauvreté », ou triangle de l’espoir, -c’est selon- un no man’s land de misère coincé paradoxalement entre les généreuses étendues du Brakna, de l’Assaba, du Gorgol et du Guidimagha, malgré ses terres arables arrosées par des dizaines de cours d’eau, dont le Gorgol Blanc et le Gorgol Noir et malgré les milliards d’ouguiyas qui y ont été déversés pour son développement socio économique.
Pour secourir d’urgence une région enclavée et sans infrastructures, menacée par la famine et dévastée par les pluies mortelles des années 2000 qui avaient décimé le cheptel, les Autorités avaient lancé un vaste programme de développement au niveau de trois régions, M’Bout au Gorgol, Ould Yengé au Guidimagha et Kankossa en Assaba, pour une population estimée entre 150 et 180.000 habitants sur une superficie de 25.600 kilomètres carrés.
C’était en au milieu des années 2000. Financé à hauteur de 23 Millions de dollars U.S, soit plus de 5 milliards d’ouguiyas, cette opération avait pour ambition de réaliser aux horizons de 2012, la réduction de l’incidence et de la sévérité de la pauvreté, l’amélioration des conditions de vie et des indicateurs de développement humain, le développement institutionnel et la participation des populations.
Parallèlement, l’Union européenne avait développé un programme sur la base des besoins fondamentaux dans la région d’Aftout, dégageant une enveloppe de 271 millions d’ouguiyas dont 203 millions par elle-même pris en charge. Ce programme devait relever le niveau socioéconomique des populations, renforcer les infrastructures de base sur le plan hydrique, agricole, sanitaire et éducatif. Lors de la première évaluation faite en mi-parcours, le taux de réalisation, au niveau des 9 villages sur les 22 programmés, était de 41%, alors que les initiateurs s’attendaient à la réalisation de l’ensemble des objectifs aux termes de la deuxième phase, 2005-2006.
Un projet dénommé Projet intégré de lutte contre la pauvreté dans l’Aftout sera aussi lancé pour le développement rural intégré au niveau de la Wilaya du Brakna, au bénéfice de 40 localités étendues sur 150 Km au sud de Maghta-Lahjar, identifiées comme des zones d’extrême pauvreté. Manque de soins, non accès à l’eau potable, crise alimentaire, analphabétisme…étaient entre autres, les principaux fléaux qui sévissaient et contre lesquels le Projet venait en action. Quelques 20.000 personnes étaient visées par les retombées de ce projet dont les activités multiples avaient touché la santé de base et la nutrition, l’accès à l’eau potable, l’alphabétisation, l’accroissement de la production vivrière…
Une enquête réalisée plus tard dans sa zone d’intervention fera ressortir une situation nutritionnelle jugée de « catastrophique » avec un taux de malnutrition aigue ou d’émaciation de 23,5% chez les enfants de moins de 5 ans, un taux de malnutrition chronique totale de 33,8%, un taux d’insuffisance pondérale de 42%. L’enquête a également montré que la majorité des populations ont traversé des périodes de disette.
Sept années après le lancement de nombreux programmes déployés pour développer la région de l’Aftout, les populations de ces zones continuent de vivre les mêmes difficultés, la soif, l’isolement, le manque d’infrastructures sanitaires et éducatives, l’absence d’électrification, de route, de moyens de transports, l’ignorance…
Pourtant, cette région à haute potentialité agro-sylvo-pastorale bénéficie de tous les atouts pour se développer, avec une volonté réelle des pouvoirs publics et une gestion rigoureuse des ressources. Avec l’existence de plusieurs importants cours d’eau, dont les plus importants restent le Gorgol Blanc, le Gorgol Noir, Garfa, des milliers d’hectares cultivables et des potentialités touristiques énormes, le paradoxe de la pauvreté dans l’Aftout reste entier. C’est ce qui a amené les observateurs à la qualifier tantôt de triangle de la pauvreté, tantôt de triangle de l’espoir.
Ahmed B