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Nouadhibou : profession écailleur de poissons
Un métier comme tous les autres puisque l’activité permet à une centaine d’hommes de subvenir aux besoins quotidiens de la famille. Et ce, malgré le contexte difficile dans lequel baigne particulièrement le secteur de la pêche artisanale à Nouadhibou. Reportage…
Marché de la pêche artisanale, il est à peine 13 heures. Dans le grand hangar construit par le Japon s’aligne de part et d’autre des poissonneries de produits frais que les pêcheurs artisanaux débarquent à terre. Au milieu du grand hangar, règne un vacarme assourdissant mêlé au brouhaha des allers-retours de tout un monde qui s’affaire autour de ces poissonneries.
La vie est infernale en ces lieux. Des étals recouverts de poissons frais : truites de mer, soles, dorades, corbines trônent çà et là à terre.
A la volée ou à la criée, les vendeurs hèlent tout potentiel acheteur et lorsqu'un acte d'achat s'effectue, c'est alors qu'entre en jeu les écailleurs ou nettoyeurs de poissons.Constitués exclusivement d'hommes, ces écailleurs de poissons sont des professionnels qui consacrent le gros de leur tâche à réceptionner, éventrer, écailler, ôter les détritus, découper et livrer lorsqu'il le faut du poisson.
Ils sont originaires de toutes les contrées du pays. Souvent analphabètes, ces écailleurs, du fait des conditions économiques difficiles qu’ils vivent leur terroir, ont fini au gré des vents, aller chercher ailleurs à gagner leur pain. Et le sort a fait qu’ils épousé ce métier.
Un métier très lucratif
Demba, originaire de Dolol (Maghama) est le leader de l’équipe d’écailleurs de poissons qui ont pris leur quartier non loin du marché du port de pêche artisanale. A ce titre, il est chargé de coordonner les activités de nettoyage de poissons ; réguler les transactions entre vendeurs et écailleurs, ainsi qu'avec les autres artisans de la bonne marche du marché de la pêche artisanale.
L'activité de nettoyage de poissons débute très tôt dans la matinée. Anciens, novices, stagiaires, chacun possède sa place bien à lui ou partagé entre deux pour exercer l'activité. « Il y a plusieurs personnes qui nettoient le poisson ici », explique Demba.
Ici, commencer l'activité consiste avant tout à insérer les personnes de bonne moralité au sein du groupe afin de ne pas entacher la profession avec des indélicats (voleurs, drogués ou autres malfrats). Chaque professionnel est muni de son couteau, sa machette, son écailleuse et son grattoir, outils de base indispensables pour assurer un nettoyage de qualité.
Ainsi nettoyer un gros poisson (dorade ou corbine) procure entre 2500 et 3000 ouguiyas à un nettoyeur. Un tas de petits poissons coûte au nettoyage entre 500 et 1000 ouguiyas. Fort de cette rente, un écailleur peut en moyenne engranger 10 ou 15000 ouguiyas par semaine, payer ses cotisations, ses frais de location de table, les frais de balayage, nous renseigne Demba. Des taxes communales, ils n’en ont jamais payé, dit-il.
Selon lui, les nettoyeurs de poisson n’ont pas bénéficié de l’aide de l’Etat pour trouver un endroit où exercer la profession. « Voyez ou nous sommes, ces lieux nous ont été loués par un commerçant, chacun de mous paye 6000 ouguiyas mensuellement. Vraiment nous sommes fatigués de cette situation et nous voulons que l’Etat nous aide à trouver une place tranquillement, afin de diminuer le poids des charges financières qui pèse sur nous », s’écrie Demba.
Rude concurrence dans le milieu
Son de cloche différent à la mairie de Nouadhibou qui soutient que les nettoyeurs de poissons ne paient pas de taxes communales et veulent toujours squatter les espaces publics en général bien qu’il existe dans tous les marchés de la commune des endroits réservés à ce type de métier.
Aussi, se font-ils solliciter par les restaurateurs, traiteurs, vendeuses de nourriture, braiseuses de poissons tellement l'accessibilité de leur travail est désirable, efficace et bon marché. Toutefois, faut-il le souligner, la concurrence qui sévit dans ce secteur met à mal l'activité.
Demba, atteste que « des poissonneries emploient certaines personnes pour nettoyer du poisson avec une somme dérisoire et lorsque les clients sont habitués à ces prix-là, ils ne veulent souvent pas nous payer de manière proportionnelle à nos services. Quand ils le font, la paie est dérisoire ». Une situation que décrient les écailleurs de poissons au marché de la pêche artisanale.
Notre interlocuteur qui voudrait que leur travail soit respecté et dépourvu d'amalgame, est en train de mettre sur pied des stratégies pour ordonner le travail dans ce secteur de vente. Une initiative qui ne demande qu'à être saluée et accompagnée.
Moussa Diop, envoyé spécial
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