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Le drame des habitants de la Chamama se renouvelle à travers celle des habitants de l'Aftout Sahli
Mon attention – comme celle de tous ceux que j’ai rencontrés parmi les habitants de la Moukataa de Keur Macçne – a été attirée par la déclaration faite à l’Agence d’information Alakhbar, le 16/6/2013, par Monsieur Brahim Ould Bakar, concernant le drame dans lequel le groupe dit ‘’ Ould Adda, Ould Tachifine et compagnie’’ a plongé les habitants de la Moukataa, et dans laquelle il présente ce drame comme étant un différend entre Monsieur Boydjel Ould Houmeid (qui serait à la recherche d’acquis politiques) et un groupe d’hommes d’affaires (agriculteurs) venus investir dans la Moukataa pour l’intérêt national.
Avant d’exposer les différents aspects de ce drame, et parce que Monsieur Brahim Ould Bakar a placé sa déclaration dans un cadre tribal et particulariste, dans le but de minimiser davantage ce drame, j’ai pris des renseignements le concernant, et il s’est révélé être Brahim Ould Ethmane Ould Soueid’Ahmed, ce qui m’amène, par respect des droits sacrés afférents aux liens de parenté, à dire à Monsieur Brahim Ould Ethmane Ould Soueid’Ahmed qui nous sommes, en tant qu’habitants de cette Moukataa, afin qu’il ne prenne pas comme alibi le fait qu’il ne nous connait pas.
La première question qui me vient à l’esprit est la suivante : Pourquoi Monsieur Brahim a-t-il occulté son nom de famille, alors que c’est justement sous ce nom qu’il est connu dans la Moukataa ? Pourquoi a-t-il occulté ce nom illustre qui nous est si cher et qu’il veut souiller aujourd’hui dans la glaise salée de l’Aftout Sahli ? Veut-il se cacher derrière l’anonymat afin qu’on ne lui fasse pas porter la responsabilité de ce qui se trame ?
Monsieur Brahim, savez-vous qui vous êtes et qui sommes-nous ?
Vous êtes le petit fils de Yahya Ibn Oumar El-Wartandghi El-Lemtouni et nous sommes les descendants de Youssouf Ben Tachifine Ibn Oumar El-Wartandghi El-Lemtouni.
Fils et petit fils d’émirs, avez-vous vu comment nous avons préservé pour vous, ainsi que pour tous nos cousins, le nom de notre grande tribu Wartandagh ?
Croyez-vous qu’une communauté qui a pu préserver ses affaires avec autant de persévérance et de constance serait incapable de préserver de petits lopins de la plaine de l’Aftout Sahli nés des crues successives de l’Océan, et que ‘’Ould Adda, Ould Tachifine et Cie’’ tentent de s’approprier maintenant près qu’Ould Adda les a embourbés dans l’aménagement de la vallée fossile de l’Aftout qui, après de vaines tentatives, s’est révélée être une véritable farce. Et le voilà qui tente d’y embarquer l’Etat si celui-ci ne prend garde au danger qu’une telle aventure représente, non seulement pour les populations autochtones et leur bétail, mais aussi pour les relations avec les voisins.
Ce n’est point ainsi que devaient agir les descendants de l’illustre Emir M’hamed Ould M’Hamed Cheine, connu pour son attachement à l’équité et à la justice et dont l’Histoire retient ce qui suit : Les Tendghas de l’Est avaient eu un différend avec une tribu de l’est du Trarza. Voyant que leur Emir prenait parti pour leur adversaire, les Tendghas sollicitèrent leur cousin l’Emir M’Hamed Ould M’Hamed Cheine. Celui-ci envoya une armée qui, ayant créé un équilibre des forces, imposa la neutralité des deux Emirat dans le conflit.
Et vous, que voulez-vous aujourd’hui ? Ne savez-vous pas que le pire des fils de la tribu est celui qui la calomnie.
Je vous croyais au dessus de telles pratiques du fait de votre ascendance. Je croyais que vous suivriez les traces de vos augustes aïeuls et que vous vous éloigneriez de cette farce. Cependant, si vous tenez à vous embourber dans la boue de la Chemama et à vous couvrir de la poussière de l’Aftout, libre à vous.
Ce que j’écris ne doit pas être compris comme étant une réponse à votre déclaration qui, en fait, s’apparente plus à une information détaillée. En effet, se limiter à y répondre ne suffit pas pour éclairer le citoyen sur les tenants et les aboutissants de cette affaire complexe dont les origines vous ont précédé d’une décennie. J’aborderai, plus loin, ce qui concerne Monsieur Boydiel Ould Houmeid.
Nous n’aurions pas souhaité exposer notre drame dans les médias, même si nous ne pouvons empêcher ceux-ci d’en recueillir les échos. Nous aurions plutôt souhaité une solution suivant les voies conventionnelles. Cependant, du moment que celui qui en tisse les fils l’a transposée sur les sites électroniques, je me vois dans l’obligation de l’exposer, depuis ses origines, pour éclairer les lecteurs, les sites d’information et l’opinion publique.
Le drame a commencé avec l’arrivée dans la zone de notre cousin utérin Monsieur Mohamed Ould Adda – qui prétend descendre par sa mère de nos cousins germains – lequel a acquis auprès de l’un d’entre nous quelques hectares qu’il s’est évertué à étendre suivant la méthode de la ‘’gazra’’ vers le village historique de Lemseidi dont le Chef est Monsieur El-Qassem Ould Mohameden, allant même jusqu’à menacer les enclos des veaux.
Ne savez-vous pas Monsieur que le drame de la Palestine avait commencé lorsqu’un palestinien avait vendu un are de ses terres à un juif de passage ?
Ne savez-vous pas que, pour les Tendghas, les veaux sont intouchables ?
Les deux hommes s’étaient engagés, des années durant, dans un conflit autour de cette terre, conflit dans lequel les habitants autochtones ont observé une neutralité absolue vis-à-vis des deux hommes et ce jusqu’à son dénouement par l’achat, avec des dizaines de millions, par des jeunes R’Kakna - vos autres cousins - de toutes les terres dont Ould Adda revendiquait la propriété, dan le seul but de couper court à ce différend.
Les habitants de la Moukataa se sentirent alors soulagés : voilà que, enfin, prenait fin le litige entre Ould Adda et El-Qassem avec lequel ils avaient tant tympanisé les populations de Keur Mcène.
Mais les dizaines de millions qu’a perçu Ould Adda devaient le pousser à lorgner encore plus loin que Lemseidi, vers la plaine de l’Aftout Sahli qui nait juste derrière ce village et s’étend vers le Nord jusqu’à 95 km au Nord-Ouest de Nouakchott.
1. Ould Adda commença alors, en connivence avec Ould Tachifine (le responsable domanial local) et le Hakem de la Moukataa à l’époque, à planifier la distribution de la plaine de l’Aftout. Notons ici que le Hakem de l’époque était également l’un de nos cousins germains, étant descendant de Tilagaguine.
Quelle autre surprise !
Tous les fils des drames que connaissent les habitants de l’Aftout et leur bétail sont tissés par nos parents. Les proches seraient-ils alors des scorpions comme l’a si bien dit le poète arabe dans un fabuleux jeu de mots dont seule cette langue a le secret ?
Alors, Ould Adda et certains de ses acolytes avaient commencé à vendre l’idée à Nouakchott et le Hakem distribua une bande dont la longueur est supérieure à 20 km sur une largeur qui varie entre -6, 5 et 7 km, c'est-à-dire de Lemseidi jusqu’au sud de la Dune de N’Dor (pour ceux qui connaissent les lieux). Et parce que les sebkhas qui ourlent la vallée et les ergs qui en occupent d’importantes surfaces ne sont pas ‘’lotissables’’, le groupe ne put bénéficier en définitive que de 3.760 hectares.
C’est ainsi que le Hakem distribua, en deux jours seulement, 3.760 ha qu’il attribua à des dizaines d’hommes d’affaires, agriculteurs virtuels (c'est-à-dire après avoir pris possession des terrains et bénéficié de plusieurs millions auprès du Crédit Agricole, c’est qui était d’ailleurs l’objectif recherché).
Monsieur le Hakem a attribué ces terres en l’espace de deux jours seulement à un moment où l’Etat interdisait la distribution des terrains. Cependant, il avait antidaté ses actes, les situant dans l’année 2006.
- La Commission domaniale au niveau de la Moukataa n’a été, ni informée, ni consultée. Elle n’a d’ailleurs eu vent de ces attributions que lorsque les Bulldozers ont commencé à remuer la terre.
- Le Maire de M’Balal reconnait qu’il n’a pas été consulté alors que ces terres se trouvent dans les limites territoriales de sa Commune.
- Aucun avis n’a été affiché afin d’informer le public au cas où il y aurait une prétention de propriété.
Ces informations – déjà connues de tous les habitants autochtones – ont été relatées par Monsieur Banda Sène, membre de la Commission domaniale de la Moukataa de Keur Macène, devant la Commission qui a été dépêchée il y a quelques jours par l’Etat afin d’enquêter sur le drame des habitants de l’Aftout et de leur bétail. Ce témoignage a été fait devant un grand nombre des habitants de la Moukataa dont la Commission recueillait les témoignages devant les locaux de la Moukata et près du Hakem et du Chef de Brigade de la Gendarmerie. Il va sans dire que la Commission d’enquête mentionnera ce témoignage dans son rapport.
- Il est surprenant qu’un administrateur qui a étudié le droit et qui connait les limites de ses prérogatives se permette d’attribuer 3.760 ha en deux jours, alors que la loi ne lui permet d’attribuer que 10 ha seulement.
- Le Ministre des Finances, qui est le premier responsable du patrimoine de l’Etat, ne peut, légalement, attribuer que 100 ha. Comment un Hakem peut-il alors se permettre d’attribuer un domaine dont la surface équivaut à celle d’un pays de l’Afrique de l’Ouest ? Cette attribution a été faite au nom de plusieurs dizaines de personnes (moins de 60) parmi lesquels il avait introduit les noms de certains habitants de la Moukataa sans les en informer, et qui ont rejeté toute l’opération dès qu’ils en ont pris connaissance.
Or, l’attribution des terrains par l’Etat suit les procédures suivantes :
• Morcellement à partir d’un domaine que l’Etat a déjà identifié et dont il a réglé tous les problèmes éventuels relatifs à la contestation de la propriété. Dans ce cas l’attribution veut dire que l’Etat cède une partie de ses biens.
• Une attribution à partir d’un domaine non encore identifié. Dans ce cas, l’Etat informe par différents moyens de publicité qu’il veut mettre la main sur le domaine en question et donne un délai défini par la loi à tous ceux qui en prétendent la propriété de présenter leurs documents ou d’exposer les dommages que cette attribution pourrait lui causer. Si aucun obstacle juridique, humain, religieux ou moral ne s’oppose à l’appropriation du dit domaine, l’Etat peut alors en disposer.
• Les terres appartenant à des particuliers peuvent être déclarées d’utilité publique par l’Etat en contrepartie de dédommagements justes et équitables. Cependant, la règle veut qu’on ne peut exproprier un particulier pour en attribuer les biens à un autre particulier, quelle que soit la nature de ces biens. Il s’agit là, en effet, d’un agissement qu’interdisent la loi, la Chariaa, la morale et les valeurs humaines.
2. L’Aftout Sahli n’est pas propice à la culture et l’Etat ne lui a jamais donné cette vocation. Il a toujours été un lieu de transit, une aire de pâturages et ses bords des espaces pour les habitations.
La plaine de l’Aftout Sahli n’est pas une plaine alluvionnaire fertile résultant des crues du fleuve qui, durant des millions d’années déposent le limon qu’elles charrient depuis la source, comme c’est le cas de la plaine alluvionnaire de la Chamama.
La plaine de l’Aftout a été formée par les crues successives de l’Océan dont les débuts sont :
- La crue de Tifirit (du nom du Cap Tifirit) depuis un million d’années.
- La crue de Laweji (du nom du puits El-Aywej situé à l’est de Nouadhibou) depuis 200 000 ans.
- La crue de Inchiri (du nom de l’Inchiri) qui a continué jusqu’à 31 000 années avant maintenant.
- La crue de Nouakchott (du nom de Nouakchott) qui a duré entre 7 000 et 4000 année avant maintenant.
Ces différentes crues résultaient de la montée des marées qui atteignaient parfois 15 mètres, inondant des surfaces plus ou moins étendues des terres mauritaniennes suivant la force des marées(1).
C’est dire que, la zone de l’Aftout reste, durant toute la crue, pleine de l’eau de mer.
La dernière crue de l’Océan est celle qui a eu lieu fin 1983 début 1984 lorsque les vagues de la marée haute avaient détruit le fragile barrage en terre qui séparait la lagune de Bel et le rivage de l’Océan. Les eaux de l’Atlantique s’étaient alors déversées dans la plaine de l’Aftout atteignant le détroit de Ajar Terka au nord de Legweichichi.
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(1) Organisation Arabe pour les Sciences l’Education et la Culture (ALECSO) et l’Institut Arabe pour les Recherches et les Etudes : ‘’La République Islamique de Mauritanie, étude géologique’’ p.221 – Le Caire 1978.
Les autochtones qui connaissent bien ce phénomène avaient alors averti les autorités que si l’eau dépassait Ajar Terka, elle atteindrait inexorablement, en quelques jours, les portes de la Capitale du fait du fort dénivellement des surfaces planes des sebkhas.
Les autorités de Nouakchott se rappellent certainement que la Garde, la Gendarmerie et l’Armée avaient été mises en alerte pour déménager les habitants des quartiers situés dans les zones basses de Nouakchott (Elmina, Sebkha, Ksar, Tayaret).
Durant la stagnation des eaux dans le passage de Ajar Terka, les sebkhas s’étaient remplies comme à l’accoutumée, en pareil cas, et les eaux sont montées vers les bras qui forment le secteur Est de l’Aftout menaçant d’inonder toute la plaine par l’eau de la mer. Partant de cela, tout aménagement de valeur que l’on opère dans la vallée est susceptible d’être submergé à tout moment parla crue de l’Océan. Cela, les autochtones le savent depuis les âges les plus reculés. C’est pourquoi ils n’installent leurs équipements fixes que sur les dénivelés qui surplombent l’Aftout à l’oust ou dans les marges de la vallée et jamais à l’intérieur de celle-ci.
3. La plaine de l’Aftout se compose de deux secteurs :
- Un secteur ouest qui se compose d’une chaine continue de Sebkhas depuis l’Ouest de Keur Macène jusqu’à 95 km au nord ouest de Nouakchott.
- Un secteur est composé de petits versants, et c’est celui-ci que ce groupe veut actuellement s’approprier et en chasser les habitants et le bétail.
On peut opposer à ce que j’ai dit concernant l’Aftout le fait qu’il reçoit parfois les crues du fleuve, ce qui est vrai du reste. Cependant, les crues fluviales ne représentent rien par rapport aux crues de l’Océan. En effet, les études montrent que les alluvions du fleuve ne dépassent guère Lemseidi que de quelques centaines de mètres au Nord. C’est ainsi que le sol de l’Aftout est composé des alluvions suivantes :
• Des alluvions maritimes récentes (la zone des sebkhas)
• Des alluvions maritimes anciennes qui composent le secteur situé à l’Est des Sebkhas.
• Des alluvions fluviales qui ne dépassent guère la zone de Lemseidi (2)
Comment peut-on prétendre que l’agriculture peut se faire dans un terrain composé d’alluvions maritimes ?
Mais nous savons que les nouveaux agriculteurs ne cherchent pas à faire de l’agriculture et surtout de manière permanente. Ils veulent plutôt des terres qu’ils s’approprient et qu’ils monopolisent pour les présenter au Crédit Agricole afin d’obtenir des financements qui feront crouler à nouveau cette institution.
L’Aftout est actuellement une vallée fossile. Et même si nous admettons qu’il est propice à l’agriculture et qu’il est possible de l’irriguer à partir du fleuve, cela pourra-t-il se faire sans un accord entre nous et le Sénégal ? En effet, le Sénégal possède lui aussi plusieurs vallées fossiles qu’il voulait mettre en valeur au début de l’ère du Président Abdoulaye Zade ce qui avait failli créer une crise dans les relations entre nos deux pays n’eut été le fait que le Président sénégalais était revenu sur sa décision. D’ailleurs le bruit avait couru récemment que le Sénégal voulait reprendre le projet qui consiste à cultiver ces vallées et que la Mauritanie s’y serait opposée de nouveau. Le lotissement opéré par le groupe de Ould Adda a dépassé 30 km au nord du fleuve.
Nous avons appris qu’ils veulent s’enfoncer plus loin encore dans la vallée qui se termine à 95 km au Nord-Ouest de Nouakchott, aux confins de l’erg de Tiyoulit qui constitue la limite sud des dunes de l’Akchar.
Le Sénégal acceptera-t-il que les eaux du fleuve soient drainées 30 km à l’intérieur des terres mauritaniennes arides ?
4. La question relative à la culture de l’Aftout avait été soulevée en Avril 2009, lorsque le groupe susmentionné avait tenté de creuser ce même canal dont les travaux continuent aujourd’hui. J’ai eu alors le privilège, aux côtés de Saad Bouh Ould Moktar, secrétaire du Maire de Keur Macène et du Dr El Hacen Ould M’Beyrik, d’être reçu par S.E. Mohamed Ould Abdel Aziz, Chef de l’Etat, auquel nous avions exposé ce problème le 14/04/2009.
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(2) Etude citée plus haut
Il avait alors ordonné d’arrêter immédiatement les travaux et donné instruction à cet effet au Ministre de l’intérieur, Mr Mohamed Ould Maaouiya, lequl avait, à son tour, instruit le Wali du Trarza aux fins d’exécuter l’ordre du Chef de l’Etat. Le Ministre de l’Intérieur nous avait demandé de prendre contact avec le Wali qui avait transmis immédiatement l’ordre au Hakem de la Moukataa Seyid Ould Hanchi. C’est ainsi que la tente des ouvriers qui creusaient le canal a été pliée et qu’un avertissement a été donné au dit groupe de ne plus recommencer à creuser.
Les populations avaient alors considéré que le Président a remis les choses à leur place. Mais grande a été leur surprise lorsqu’elles ont vu cette affaire ressurgir à nouveau depuis près de deux mois. En effet, les populations ont appris que le fameux groupe a obtenu l’autorisation de creuser sur la base d’une étude réalisée par le Directeur de l’Aménagement Agricole qui atteste de la vocation agricole de l’Aftout Sahli. Les habitants ont alors commencé à demander l’arrêt de cette entreprise, car son achèvement veut dire l’aménagement des 20 km déjà évoqués et l’exode des populations et de leur bétail durant les mois de l’été.
Quelle situation plus dramatique que celle qui menace ces pauvres citoyens ?
Ce sont ces populations qui ont commencé à bouger, aussi bien les faibles parmi eux (et qui sont les plus nombreux) que les forts (s’ils en existent) dont Boydiel Ould Houmeid et un groupe d’agriculteurs dont les champs, non fictifs ceux-là, vont subir des dommages du fait l’opération en cours.
5. Beydiel Ould Houmeid et son rôle :
Beydiel Ould Houmeid est un fonctionnaire à la retraite, originaire de la Moukataa de Keur Macène dont nous parlons du drame qui touche une partie de ses habitants. Il a représenté cette Moukataa au Parlement durant plusieurs législatures et a été nommé dans plusieurs Gouvernements en tant que fils de cette Moukataa. Actuelllement, il préside un parti politique.
Il possède, tout comme les hommes de son milieu social, un troupeau de bovins, un autre de camelins et quelques caprins qui se trouvent sur place aux côtés de dizaines de milliers de têtes appartenant aux habitants de la Moukataa et aux habitant de l’ouest de Mederdra et de Wad Naga.
Monsieur Beydiel était assis devant la tente des bergers de ses caprins sur le versant ouest de l’erg de Tegal qui surplombe la vallée de l’Aftout. Il venait de rentrer d’une Ziyara au cimetière historique de Tegal situé tout près de sa tente. Le bulldozer qui est apparu subitement a commencé à creuser en sa présence, mettant en péril les pâturages dont vivent les troupeaux d’une Moukataa qu’il a représenté durant plusieurs législatures successives au Parlement.
Certains disent même que s’il n’avait pas retiré son pied, l’engin l’aurait fauché, tellement ceux qui s’en servaient étaient pressés, car celui-ci est loué à l’heure. Il s’est avéré que le tracé du canal passe par la tente des bergers des chameaux de Beydiel et aboutit à ses vaches à Lemsaidi.
C’est pourquoi, et c’est seulement alors, qu’il a commencé à bouger avec les autres victimes pour, avant tout, arrêter les dégâts, comme le recommande notre sainte Religion.
Quant à son audience avec le Président, il faut rappeler que, depuis que son Parti s’est engagé dans le dialogue aux cotés ceux des deux leaders Messaoud Ould Boulkheir et Abdessalem Ould Horma, les médias rapportent de temps en temps qu’il a été reçu par le Président de la République et par le Premier Ministre. Et il est logique que, s’il a été reçu récemment par le Président de la République, il lui aurait parlé de ce drame. S’il ne l’a pas fait, les habitants de Keur Macène ‘’ne le lui pardonneront jamais’’.
Je rappelle ici que je ne suis pas membre du parti de Beydiel. Je fais plutôt partie des anciens parlementaires et maires fondateurs de l’Union Pour la République (UPR) auquel je suis toujours affilié.
Tous les habitants de Keur Macène, la plupart des habitants du Trarza et beaucoup de mauritaniens connaissent le différend qui m’oppose à Boydiel depuis 1994, différend qui s’est beaucoup aiguisé à certains moments.
Donc, en relatant cet aspect des événements, mon objectif n’est point de défendre Beydiel, car il peut se défendre lui-même, tout comme il peut être défendu par ses nombreux amis éparpillés à travers tout le pays. Mais, la déclaration faite à la presse à ce sujet réduit cette affaire à un problème entre Boydiel et des hommes d’affaires qu’il empêche de jouir de leurs droits.
Or, le problème est bien plus ancien et Boydiel ne s’y est engagé que lorsque le groupe a commencé à creuser dans l’étable de son bétail, dans un défi patent, comme il l’a toujours fait, impunément, pour les habitants autochtones.
Quant au fait que Boydiel peut rencontrer le Président de la République et le Premier Ministre, je sais que le groupe ne supporte pas le fait que, parmi les habitants de la Moukataa, il y ait quelqu’un qui peut rencontrer le moindre responsable à plus forte raison le Président de la République. Pour eux, les autochtones, qu’ils prennent pour quantité négligeable, ne sont pas dignes de penser à voir le Président à plus forte raison le rencontrer.
Partant de cela, ils avaient décidé, avec l’appui d’une certaine mafia occulte, de jeter ce qui restera des autochtones après ces drames dans l’Océan. Et c’est ce qu’ils sont entrain d’exécuter aujourd’hui, en usant de tous les moyens matériels et humains.
Donc, l’affaire est à la fois ancienne et nouvelle. Ce n’est point une affaire qui oppose Beydiel à un groupe d’agriculteurs, mais plutôt l’affaire de tous les habitants de la Moukataa.
6. Les collectivités de la Moukataa et leur rôle :
Les mouvements qui ont accompagné le creusage du canal – qui continue jusqu’au moment où nous écrivons ces lignes - ont démontré que la question concerne tous les habitants de la Moukataa, et même ceux de plusieurs zones ouest de la Wilaya. Ceci s’est manifesté à travers le regroupement opéré par les collectivités devant les bureaux de la Moukataa pour voir la Commission d’enquête, ainsi que la marche organisée et la première protestation devant ceux qui creusent le canal.
Toutes les collectivités avaient été présentes : Taghridjent, Oulad Akchar, les Ouolofs, Ikoumleilen, N’Taba, Lebeydat, Tachoumcha, Idjawadj, N’Deyja, Gourar, Tachedbit, Ahel Bouhoubeyni, Arweyjat, Oulad M’Mareck, Lemagui…
Les représentants de ces collectivités, et de bien d’autres, ont exprimé leur forte opposition au creusage et à ce qui peut en découler, à savoir la tentative de cultiver cette zone.
7. Les agriculteurs de la Zone :
Les agriculteurs de la zone qui se situe au sud du ‘’paradis’’ promis par Ould Adda et de son groupe se sont présentés à la Commission et lui ont déclaré ce qui suit :
- La zone en question n’est pas propice à la culture.
- Le creusage qui se poursuit actuellement n’a de signification que le fait qu’il divise l’aire pastorale en deux parties séparées par une profonde rigole qui restera comme une plaie béante dans cet environnement.
- Le canal que l’on creuse maintenant va devenir un piège dans lequel tomberont des milliers de bêtes pour y mourir.
- Il aura des effets négatifs sur les vrais champs cultivés, dans la mesure où il aspirera les eaux vers le nord, ce qui exposera tous les champs situés au Nord-Ouest du chef lieu de la Moukataa à la soif.
- Les terres aménagées propices à l’agriculture et qui ne sont pas mises en valeur sont légion dans la Moukataa de Keur Macène. Pourquoi ces ‘’nouveaux agriculteurs’’ n’achèteraient-ils pas une partie de ces terres pour y investir les centaines de millions dont ils parlent ?
En en mot, les agriculteurs dont les terres se situent dans le voisinage du ‘’paradis’’ promis s’opposent au creusage de ce canal à cause de ses effets nocifs et affirment que cette zone n’est pas propice à l’agriculture.
8. L’argument relatif à l’augmentation des surfaces cultivables :
L’Administration justifie l’étude qu’elle a menée et l’autorisation qu’elle a accordée pour creuser le canal par la nécessité d’augmenter les surfaces cultivables. Avons-nous réellement besoin maintenant de nouvelles surfaces cultivables ? Ou, plutôt, avons-nous besoin de cultiver les grandes surfaces qui ont été attribuées dans la zone alluvionnaire du Fleuve, qui ont été aménagées et lissées en jachère ?
L’Etat, représenté par le Ministère du développement Rural et ses délégués dans les régions du Fleuve, ainsi que les agriculteurs (hommes d’affaires) savent pertinemment que la portion cultivée des terres attribuées et aménagées ne représente pratiquement rien par rapport celle laissée en jachère.
Aussi, les questions suivantes s’imposent-elles ici :
a. Pourquoi l’Etat ne reprend-il pas ces terres si vastes laissées en jachère, tant celles qui ont été enregistrées auprès des domaines que celles qui ne l’ont pas été, pour les redistribuer à ceux qui vont les cultiver ?
b. Pourquoi les agriculteurs ‘’patriotes’’ – hommes d’affaires – ne demandent-ils pas la levée de l’interdiction de cultiver dans la commune de N’Diago qui renferme 35.000 hectares de terres propices à la culture du riz, et où existent d’importantes ressources permanentes en eau douce, le tout protégé par la réserve de Jouling (je ne dis pas Diawling) afin de servir d’aire de repos les oiseaux migrateurs?
Pourquoi n’exercent-ils pas, à cet effet, sur l’Etat une partie de la pression qu’ils exercent sur lui maintenant pour qu’il leur arrache de force ce qui reste aux habitants de Keur Macène de terres pour y habiter, élever leurs troupeaux, circuler librement et exercer les activités nécessaires à leur survie.
c. Si l’eau du Fleuve peut permettre la culture de l’Aftout et au cas où les partenaires régionaux l’accepteraient, pourquoi les nouveaux agriculteurs ‘’patriotes’’ n’introduiraient-ils pas une demande pour mettre en valeur les Sebkhas qui occupent de grandes surfaces de l’Aftout Sahli, sachant que les expériences dans ce domaine ont été positives, dans la mesure où la culture de la canne à sucre a réussi dans les sebkas après leur désalinisation.
Chers hommes d’affaires ‘’patriotes’’, les conditions sont propices pour une telle opération. Les populations ne seront pas contre, l’Etat donnera son accord et vous avez déclaré que vous possédez des centaines de millions, sinon des milliards, qu’on vous empêchera d’investir dans l’Aftout.
En fait, les populations s’interrogent sur les mobiles ‘’patriotiques’’ de ces nouveaux agriculteurs. L’Etat a certainement, lui aussi, envie de les connaitre.
9. La fable des hommes d’affaires ‘’agriculteurs’’ :
Le noyau de ce groupe s’est formé parmi ceux qui avaient débarqué à Nouadhibou lors de ce qu’on a connu sous le nom de la Nouvelle Politique de la Pêche (NPP) dans les 1981-1982-1983-1984. Ils avaient alors fait le pied de grue devant la Présidence et le Ministère des Pêches et fait usage de toutes sortes de pressions pour obtenir des autorisations pour affréter ou acheter des bateaux.
Une fois ces autorisations obtenues, ils ont envahi les antichambres des directeurs des banques publiques, connues alors sous le nom des banques de développement et qui devaient fusionner pour former l’UBD. C’est alors que s’amplifia la propagande mensongère qui faisait l’apologie de l’apport grandissant de la pêche dans nos exportations et l’extension de la flotte nationale.
Le résultat a été le suivant :
- Des dizaines d’épaves peintes qui obstruent encore les accès du port de Nouadhibou.
- 45 milliards de dettes dues à l’Etat qui ont été présentés au Parlement en 1993 et passés en pertes et profits. Je connais très bien ce problème parce que, à l’époque, j’étais le premier rapporteur de la Commission Economique de l’Assemblée Nationale qui avait traité de cette question.
C’est ainsi qu’on avait abouti en fin de compte à :
- La destruction du secteur de la pêche.
- La faillite des Banques
Le Pouvoir avait voulu alors redresser la situation dans le cadre de ce qu’on avait appelé la recherche du retour des grands équilibres de l’économie nationale, mais la mal chance avait voulu que cela coïncide avec l’époque de l’après barrages. C’est ainsi que ceux-là mêmes qui avaient mis à genoux les banques et détruit le secteur de la pêche se sont adressés aux Hakems et aux Walis pour s’accaparer les terres de la vallée et se présenter de nouveau devant le cadavre de l’UBD, puis devant le Crédit Agricole nouvellement créé pour financer l’agriculture irriguée. Ils se sont alors regroupés dans les Coopératives du Trarza et de la Haute vallée dont la fusion avait donné le Crédit Agricole qui était devenu un trou noir dans le système de financement et de crédit mis en place par l’Etat.
C’est ainsi qu’ils ont commencé à dilapider les milliards de ce Crédit. Et à chaque fois, l’Etat devait restructurer cette institution et effacer la majeure partie des dettes contractées par ces agriculteurs (hommes d’affaires), car ces dettes n’avaient pas été orientées vers l’agriculture mais plutôt vers le foncier de Tevragh Zeina, les troupeaux et les voitures de luxe.
L’état s’était alors trouvé devant une situation inextricable :
Les crédits destinés à la culture irriguée ne cessaient de gonfler et la rentabilité ne cessait de s’amoindrir. Et chaque année, le ministre chargé de l’agriculture présentait un rapport élogieux et procédait à l’ouverture d’une nouvelle campagne agricole pour laquelle on mobilisait des financements considérables.
Et le résultat était toujours :
- Augmentation continue de la proportion du riz importé.
- Baisse de la production du riz qui accapare pourtant la plupart des financements.
- Détérioration de la qualité du produit et son rejet par le consommateur malgré le fait que son prix est inférieur à celui du riz importé (le produit local était mélangé avec le sable et le son)
- Destruction des engins importés par l’Etat (niveleuses, tracteurs, moissonneuses, décortiqueuse, pompes, etc.).
Enfin de compte, ces ‘’agriculteurs’’ hommes d’affaires devaient adopter une politique qui s’est révélée être une véritable farce, à savoir : abandonner la culture des terres et les enregistrer auprès des domaines afin d’obtenir des titres fonciers qu’ils conservent et utilisent dans la spéculation ou comme garanties pour des crédits destinés à d’autres activités.
Nous n’en voulons pour preuve que le fait que les habitants autochtones achètent ce qu’ils trouvent de ces terres et les cultivent, réalisant des résultats appréciables malgré la faiblesse des moyens dont ils disposent et la cherté des terrains.
Si l’Etat réalise actuellement un recensement des terres cultivées situées à l’ouest du Chef lieu de la Moukataa de Keur Macène et immédiatement au sud du ‘’paradis’’ promis par les nouveaux agriculteurs, il trouvera que 90% parmi ceux qui cultivent ces terres sont des originaires de la Moukataa.
Il trouvera également que les surfaces cultivées dans cette zone sont insignifiantes par rapport à celles mises en jachère et accaparées par leurs propriétaires. Cela est également le cas de toutes les terres de la vallée.
L’Etat va-t-il prendre des mesures contre ceux qui accaparent des terres fertiles qu’ils ne cultivent pas et cherchent des terres stériles dont ils vont chasser les habitants afin d’obtenir des titres fonciers qu’ils vont nantir auprès du Crédit Agricole et, ainsi, la culture de la vallée continuera à tourner dans un cercle vicieux.
Je fais à l’Etat les propositions suivantes, tout en sachant que je ne suis pas le mieux indiqué pour le faire :
a. L’Etat doit récupérer, sans dédommagement, les terres de la vallée accaparées par ceux qui ne les cultivent pas, car les préfets et les walis les avaient arrachées à leurs propriétaires sans contrepartie pour les donner aux agriculteurs (hommes d’affaires).
b. L’Etat doit exploiter ces terres, même si cela doit le ramener à l’ère du socialisme (secteur public, secteur privé).
c. Sinon, l’Etat doit les vendre à des prix élevés, en consignant dans les cahiers de charges l’obligation de les cultiver en permanence. L’Etat saura alors, en les proposant à la vente, que seuls les autochtones capables de les acheter se proposeront pour les acquérir, car ces terres font partie de leur passé et de leur existence-même et ils les regardent tous les jours le cœur plein de remords. Ils s’attelleront alors à les mettre en valeur et à les cultiver avec passion, ce qui ne manquera pas d’élever le niveau de la production agricole et, en un temps record, le pays assurera son autosuffisance en riz pour ensuite l’exporter.
10. L’Etat et les populations, les droits et les devoirs :
Les habitants de la Moukataa de Keur Macène ne sont mus par aucune volonté de faire du désordre, de créer des problèmes à l’Etat ou d’affaiblir celui-ci.
Ces populations ont simplement le droit de bouger pour défendre leurs intérêts, de taper à toutes les portes et d’user de tous les moyens légaux pour défendre ces intérêts.
Cependant, les anciens régimes se sont habitués à taxer de rébellion et de trouble à l’ordre public toute manifestation pour revendiquer ses droits. Mais, depuis un certain temps, le discours des hautes autorités a changé et le citoyen a changé lui aussi et s’est adapté à ce nouveau langage. Le Président de la République n’a-t-il pas répété à maintes reprises que le temps de l’injustice et de l’arbitraire est révolu et encouragé les citoyens à se plaindre au Hakem, si celui-ci ne les rétablit pas dans leur droit de s’adresser au Wali, puis au Ministre et, enfin, au Président qui leur rendra immanquablement justice.
Le Président de la République ne s’était-il pas adressé aux habitants des Kebbas en ces termes historiques : ‘’Vous êtes abandonnés ici, entassés les uns sur les autres ; vous vivez ici avec les cafards alors que les Hakems, les Walis et les Ministres s’octroient des milliers de mètres carrés’’ (fin de citation).
Le peuple a changé. Il s’est dressé pour revendiquer ses droits. Désormais, les médias lui sont ouverts. Mais, malheureusement, il s’en trouve qui n’ont pas changé et vivent encore avec la mentalité du passé. Parmi ceux-ci il y en a qui ont encore en charge la gestion des affaires publics et certains de nos nouveaux ‘’agriculteurs’’.
Les habitants de la Moukataa de Keur Macène bougent conformément aux orientations du Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, et non pour défier l’Etat ou pour affaiblir son autorité. En effet, affaiblir l’Etat n’est dans l’intérêt de personne car cela peut nous ramener à l’époque où nous étions de tribus dont les plus fortes massacraient et pillaient les plus faibles. L’Etat, c’est nous tous : c’est un peuple, un territoire et une autorité.
Nous faisons partie de ce peuple, nous habitons une partie de ce territoire et l’autorité est aussi la notre. Le devoir de celle-ci est de protéger nos intérêts à tous. Notre soumission à cette autorité ne peut être discutée, car il y va de nos propres intérêts et parce que, sans l’autorité de l’Etat, nous sommes comme une feuille morte dans le tourbillon. La preuve en est que nous sommes aujourd’hui empêchés de jouir de la vallée alluvionnaire qui se trouve dans la zone que nous habitons sans lever le petit doigt. Or, nous estimons que notre soumission à l’autorité de l’Etat, qui est sensé garantir les intérêts de tous, ne devait pas être exploitée à notre détriment et à la faveur de certains de nos concitoyens. En effet, il eut été logique et conforme à la morale, de nous attribuer une portion de cette vallée sur laquelle nous vivons depuis des centaines d’années.
Nous avons certes des devoirs que nous reconnaissons et respectons volontiers. Mais, nous avons aussi des droits dont l’Etat doit être le garant, surtout quand il s’agit d’intérêts que nous partageons avec le reste de la communauté nationale ou certains membres de celle-ci.
Chers frères et concitoyens, le fait que la région ouest regorge de ressources naturelles constitue-t-il un péché originel pour ses habitants ? Est-ce pour cela nous devons être transformés en indiens ou en aborigènes ? Ou devons-nous être relégués au rang de citoyens de dixième zone ?
Nous reconnaissons à toute la communauté nationale le droit d’exploiter et de tirer profit des ressources de la zone Ouest. Tout comme nous avons, théoriquement, le droit de tirer profit des ressources d’autres régions de notre pays, même si la réalité, en l’occurrence, est loin de la théorie, surtout en ce qui concerne les terres.
Mais, n’avons-nous pas le droit, ne serait-ce qu’en notre qualité de simples citoyens et non en tant qu’autochtones, de profiter des ressources de la zone que nous habitons, à l’instar de nos autres concitoyens et frères ?
A titre d’exemple, s’il s’avérait que l’Aftout Sahli est propice à l’agriculture – ce qui est loin de la réalité – est-il juste ou conforme à la morale, à la Cheriaa et au droit de jeter ses habitants et leur bétail dans la mer ou de les pousser à traverser le Fleuve en tant que réfugiés ?
Que la direction de l’Aménagement du territoire élabore une étude – en dehors de toutes les normes scientifiques – pour démontrer la vocation agricole de l’Aftout Sahli, que cette étude soit approuvée par le Délégué Régional du développement rural (qui se trouve être l’un de nos cousins) et parle Ministre chargé de ce secteur (également un de nos cousins), nous étonne beaucoup.
Sapristi ! Au fur et à mesure que j’avance dans la rédaction de cette note, je découvre que tous nos drames nous viennent de nos cousins. Mais, pourquoi ?
Est-il juste de dire aux habitants de l’Aftout : déménagez avec vos villages, vos tentes et vos troupeaux. Vous êtes pauvres et, par conséquent, vous êtes incapables de cultiver ces terres. L’Etat a besoin d’augmenter les surfaces cultivables et nous avons des hommes d’affaires qui ont leurs capitaux propres ou des capitaux qu’ils ont fait venir de l’extérieur qui vont cultiver ces terres.
Déménagez, et peu nous importe vers où !
N’y-a-t-il pas d’autres solutions ?
Pourquoi ne pas convoquer les représentants des populations comme ils avaient été convoqués auparavant pour leur dire ‘’faites votre deuil de la Chamama car elle est propice à l’agriculture et l’Etat a décidé de la consacrer à cette activité dont le pays a besoin’’.
Pourquoi ne pas dire aujourd’hui aux populations autochtones : ‘’il s’est avéré que la zone de votre habitat et de votre élevage est propice à l’agriculture mais, cette fois-ci, nous n’allons pas vous en priver totalement comme nous vous avions privés, par le passé, de la Chamama. Nous allons aménager cette vallée et nous allons vous la distribuer avec les engins, les semences et les hydrocarbures. Ou alors nous allons vous accorder des crédits pour ce faire comme nous avions fait à maghama 1, Maghama 2, maghama 3, Maghame 4, Foum Legleita, Kankpissa, Tamourt Naaj, Gorgol et au Brakna ?’’
Pourquoi ne pas dire aux autochtones : ‘’nous sommes devenus un Etat de droit qui refuse l’injustice et l’arbitraire et nous tenons à redistribuer les richesses de ce pays de manière équitable entre nos différentes régions ?’’
11. Les habitants de l’Aftout sont contre l’agriculture :
Ils clament partout que les habitants de l’Aftout sont contre l’agriculture, comme s’il s’agissait d’un blasphème ou d’un péché impardonnable. Car, selon eux, l’agriculture ne peut être comparée à l’élevage. Et là, nous tenons à énoncer les points suivants :
a. Ni les habitants de l’Aftout, ni les habitants de Keur Macène ne sont contre l’agriculture. Mais ils sont contre le fait qu’on les jette, eux et leur bétail, dans la mer ou qu’on les oblige à traverser le Fleuve comme des réfugiés. En effet, les dunes et les sables mouvants situées à l’Est de la vallée ne peuvent servir de refuge du fait de leur aridité. A moins que l’Etat aie adopté une nouvelle politique consistant à déplacer les habitants d’une Moukataa ou d’une Wilaya vers d’autres régions du pays, à condition que les habitants de celles-ci les acceptent.
Les habitants de l’Aftout pratiquent à la fois l’agriculture et l’élevage dans les espaces de la vallée alluvionnaire que Dieu leur avait donné. Pour cela, ils ont surtout besoin des aides, des crédits, de l’assistance technique et de la formation que l’on est entrain de prodiguer généreusement à Messieurs les nouveaux et anciens agriculteurs hommes d’affaires.
b. Si j’étais l’Etat, j’aurais dépensé 25% de ce que j’ai dépensé dans la culture du riz depuis l’après barrages au bénéfice de l’élevage afin d’en moderniser les méthodes ce qui aurait permis à notre pays d’être l’un des plus grands exportateurs de viandes, de beurre, de peaux, et de lait sous toutes ses formes.
En effet, si les millions de têtes que nous possédons étaient intégrés dans un système d’élevage moderne, ils auraient pu subvenir aux besoins de toute l’Afrique et d’une partie de l’Asie. Car une seule vache en Europe produit 45 litres par jours ce qui équivaut à la production de 40 vaches de chez nous.
La ressource animale est, jusqu’à présent, laissée aux méthodes d’élevage qui étaient celles du Moyen-âge, au gré des aléas climatiques. Elle a aujourd’hui grandement besoin qu’on s’en préoccupe de manière sérieuse.
Quant aux habitants de l’Aftout, ils sont partisans à la fois de l’élevage et de l’agriculture, car nous avons toujours besoin de lait, de viande, de beurre et de peaux dont nous continuons à importer la majeure partie.
12. La Commission d’enquête :
L’Etat a dépêché une commission pour enquêter sur la question posée. Aussi, nous ne pouvons qu’approuver toute initiative que l’Etat prend pour découvrir les pratiques basées sur l’injustice et l’arbitraire et en vue rétablir les personnes spoliées dans leur droit.
Aussi, estimons-nous que la Commission :
- Ou bien elle présentera un rapport qui justifie l’attribution par l’ex-Hakem de Keur Macène d’une superficie égale à celle d’un Etat de l’Afrique de l’Ouest et suivrait l’un de ses membres (le délégué régional) dans ce qu’il clame publiquement, à savoir que les terres ont été attribuées de manière légale, que le terrain est propice à l’agriculture et que les ‘’nouveaux agriculteurs’’ ont bénéficié d’une autorisation délivrée par les Autorités pour creuser le canal ; et ajouterait, comme le ressasse le délégué régional, que la zone est un pôle agricole que l’Etat délaissait et dont il avait grandement besoin. Un tel rapport ne serait qu’une répétition des thèses qu’avancent les ‘’nouveaux’’ agriculteurs et, par conséquent, l’Etat aurait pu économiser les frais de déplacement de la Commission.
- Ou bien elle mènerait une véritable enquête, partant de ce qu’elle aura constaté elle-même et de ce qu’elle aura recueilli auprès des représentants de toutes les composantes de la population de la Moukataa, tout en prenant en considération les données historiques, sociales, écologiques et économiques de la région. Alors, le rapport de la Commission ne pourra, en aucun cas, aller dans le sens de ce que prétendent les ‘’nouveaux agriculteurs’’.
13. Et enfin :
La zone de l’Aftou Sahli est, pour nous, comme le dit le mot d’ordre relatif à la Palestine : ‘’un droit qui refuse la prescription’’. Aussi, ou bien l’Aftout restera – sans aucun recours à la violence – dans sa situation naturelle, habité et mis en valeur par ses populations, ou bien il leur sera indument arraché et ils continueront à le revendiquer, génération après génération.
Chaque fois que l’un d’entre eux passera par les ergs du Dhraa qui le surplombent de l’Est son regard se tournera vers l’Ouest. Et chaque fois qu’il passera sur les dunes du Zbar, il regardera à l’est pour dire : nous te saluons, cher Aftout, nous saluons en toi la terre des ancêtres, la terre que nos aïeuls se sont transmis de génération en génération depuis l’époque des Almoravides ; nous saluons en toi les tombeaux de nos pères et grands pères, qui ont été arbitrairement éventrés par les engins, tout comme les tombeaux et les traces des palestiniens ont été effacés de la Palestine sacrée par les sionistes.
Nous vous saluons, petits ilots et ergs isolés dans la vallée de l’Aftout, vous que les aïeuls prenaient comme refuges durant les zones pluvieuses et auprès de qui ils nous ont laissé des témoins inoubliables :
- Des cimetières qui renferment nombres de saints de ulémas, même si nous savons que leur sort ne sera pas meilleur que celui du cimetière d’Ehl El-Jennah qui a été détruit l’année dernière par les engins des sionistes.
- De magnifiques recueils de poésie qui décrivent la beauté de cette terre et chantent leur attachement aux lieux où ils ont vécu et om ils ont été enterrés.
- Les mosquées et les vestiges des Mahadhras.
- Ils nous légué ici notre histoire qui s’attache à cette terre, nos souvenirs, nos usages et nos coutumes qui font désormais partie de notre être.
Tout cela démontre que l’amour et l’attachement à l’Aftout sont profondément ancrés dans ses habitants qui se les transmettent de génération en génération. Aussi les ‘’nouveaux agriculteurs’’ doivent-ils savoir que l’affaire ne mourra jamais.
Que ceux qui sont venus avec leurs engins, protégés par les canons des fusils, les casques des soldats et les chenilles des chars, sachent que nous n’oublierons jamais l’Aftout et qu’ils ne cultiveront que les épines sur les ruines d’une société qui leur est hostile.
Les représentants de l’Etat peuvent lui justifier par tous les moyens la spoliation des terres et la déportation des habitants, mais ils ne pourront jamais lui justifier le fait de planter un garde et de positionner un char de manière permanente devant chaque hectare, chaque boutique ou chaque activité économique ou sociale, sur toute l’étendue du territoire national car seule la prévalence de la loi et de la justice entre toutes les composantes du peuple, est la véritable garantie de sécurité.
Tous les justiciables se retrouveront demain devant ALLAH.
Chaikh Ould Ahmédou,
ancien parlementaire
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