Cridem

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09-10-2013

08:05

Le CSA profite des inondations ?

Les dernières inondations de Nouakchott n’ont pas seulement révélé l’urgence de mettre sur pieds un assainissement digne de ce nom elles ont fait une autre victime collatérale celle là inattendue.

En effet l’Etat mauritanien a mis sur place un organisme public doté de l’autonomie financière et dont le rôle entre autres est d’être en première ligne en cas de situation d’urgence qui touche les populations et impacte leur niveau de vie. Or ces dernières inondations ont été une véritable catastrophe pour les habitants de Nouakchott pour une fois logés à la même enseigne.

Quartiers riches et quartiers pauvres ont vu leur bien mobilier et immobilier aller à vau l’eau. Avec pour seule différence que les uns ont les moyens de lutter alors que pour les autres il ne leur reste que leurs yeux pour pleurer. Pourtant d’autres organismes publics et de la société civile ont été prompts à réagir et à porter secours aux populations.

Ainsi, le Croissant Rouge mauritanien, malgré ses moyens modestes, mais surtout l’ONG World Vision ont été les premiers à venir au secours des sinistrés suivi bientôt par une cohorte d’autres ONG nationales et mêmes certaines initiatives citoyennes.

Et ce n’est que bien après et après moult hésitation que le CSA a daigné intervenir en procédant à une très contestable opération de distribution de produits alimentaire et de tentes. Il est vrai que le Commissaire Mohamedou Ould Leylli était occupé à concocter les listes candidates de Timbédra afin d’éliminer ses adversaires politiques locaux.

Et bien sûr pour ne pas rater l’occasion de s’adonner comme à son habitude à un appel d’offre qui comme les précédents donne lieu immanquablement à des pratiques qui n’ont pour but que de biaiser ces appels d’offre afin de les orienter vers le client choisi, sans doute par hasard, par le Commissaire lui-même.

Dans ce cadre les tous prochains jours, le Commissariat à la Sécurité Alimentaire va lancer un appel d’offre pour l’acquisition de 17000 tonnes de blé tendre. Mais comme nous l’avions expliqué dans un papier précédent, les responsables du commissariat sont passé maitre dans l’art de « truquer » les appels d’offre.

Rappelons que dans le cadre de la mise en œuvre du programme Emel 2013 le CSA avait sollicité des offres sous plis fermés de la part de candidats éligibles, au regard des critères très particuliers du Commissaire, pour la fourniture de 30000 tonnes de blé en six lots de 5000 tonnes, mais que l’intitulé de l’appel d’offre est si vague et si imprécis que son prix peut aller du simple au double en fonction de la qualité de blé achetée.

Il est absolument impossible que les fonctionnaires du CSA qui travaillent depuis des années dans ce domaine ne savent pas que les blés ne sont pas les mêmes. Et que les autres pays clients de ce produit comme le Maroc ou l’Algérie sont extrêmement pointilleux sur la qualité de blé qui leur est fournie. Alors s’ils continuent à concocter des spécifications techniques trop vagues et en commun accord avec le fournisseur choisi c’est évidemment pour empocher les énormes dessous de tables que cette opération engrange.

A titre d’exemple la dernière cargaison acquise par le CSA est du Soft Red Winter Wheat ou blé tendre rouge d’hiver qui se traite généralement sur le marché de Chicago et qui serait tout juste bon à servir d’aliment pour bétail. Evidemment le CSA ne veut pas mettre en place le laboratoire d’analyse dont pourtant le financement avait été obtenu de la coopération italienne.

Actuellement il suffit de commander une expertise des blés fournis ces derniers mois à la Mauritanie pour en déterminer la qualité. Evidemment dans l’appel d’offres du CSA sous la colonne spécifications techniques et normes applicables, il sera juste noté comme dans le précédent appel d’offre : « en sacs de 50kg et production 2012-2013 » alors que le CSA n’a même pas les moyens de contrôler la date de moisson.

Signalons qu’il ya deux grands types de blé, le tendre utilisé en boulangerie ou en alimentation animale (blé fourrager) et le blé dur utilisé en semoulerie (couscous, pates).

En France par exemple, la récolte des blés est classée en « E, 1, 2 ou 3 ». Cette grille de classement permet de mieux identifier la diversité et les caractéristiques de la récolte en fonction de trois critères technologiques considérés comme essentiels : le taux de protéines, la force boulangère ou W (« travail »), et l’indice de chute de Hagberg.

La teneur en protéines est aujourd’hui recherchée par tous les acheteurs ; en meunerie bien sûr mais aussi dans la filière amidon, où les protéines sont importantes pour valoriser les co-produits ; il en est de même en alimentation animale, où, si le blé apporte un point de protéines en plus, il est possible d’économiser des kilos de soja ou de tourteaux.

La force boulangère, mesurée essentiellement par le W, détermine les caractéristiques plastiques d’une pâte (aptitude à la déformation). Autrefois les meuniers se contentaient d’un W de 120. Aujourd’hui, avec le développement de la panification industrielle, ils sont devenus plus exigeants, ils demandent en général un W de 200 en boulangerie artisanale et de 250 en boulangerie industrielle.

L’indice de chute de Hagberg est utilisé lui pour déterminer l’activité amylasique (ou enzymatique) du blé. Elle est correcte entre 180 et 250. Au-delà de 250, elle peut être corrigée. Par contre, au-dessous de 180, elle peut être préjudiciable à la panification et au-dessous de 120, le blé est considéré comme non panifiable. Et tout juste bon à l’alimentation du bétail.

Cette nouvelle grille intègre aussi cinq critères physiques : le poids spécifique, le taux d’humidité et le taux d’impuretés, de grains germés et de grains brisés. Autant dire qu’il ya presque autant de blés que de besoins différents et bien sûr le prix peut varier du simple au double.

Au-delà de ces quelques explications techniques, le problème reste que chaque fois qu’il ya de l’argent public à dépenser, des fonctionnaires sans scrupules trouvent des combines pour se faire du beurre. Et le seul moyen de se prémunir c’est de mettre sur pieds une structure et des mécanismes crédibles et efficaces qui devront prendre en charge toutes ces questions.

En effet la complexité du trading international oblige les états à être vigilants devant cette mondialisation qui fait fi des frontières et qui a transformé la planète en un seul marché. Les traders indélicats sont légions et ceux qui sont prêts à vous fourguer des produits alimentaires transgéniques, périmés, radioactifs, impropres à la consommation se trouvent à tous les coins de rue. Alors allons-nous continuer à être les dindons de la farce ?

Bouna Cherif



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