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Un laboureur a plus de rendement qu’un docteur en lettre ou en droit
RMI Biladi - Le Président de la république a, comme à l’accoutumée adressé son discours à la nation mauritanienne à l’occasion des fêtes, discours dans lequel il décline ses ambitions à court, moyen et long termes.
Il n’est pas dans mon propos de revenir sur les détails de ces discours, encore moins d’en faire une analyse critique. Mais comme toujours nous avons assisté dés la fin de la prestation du chef de l’Etat à des débats animés par des soi-disant spécialistes qui distillent soit des dithyrambes, soit des critiques nihilistes, toutes positions censées être des analyses exhaustives.
Ces tribunes devraient cependant être des occasions d’aller plus loin que la critique du discours.
Pourquoi ces « spécialistes » prompts à donner des avis sur tous ne se penchent t-ils jamais sur d’autres aspects des besoins de la nation ?
Les visions de chef du l’Etat sont elles réalisables si tous les mauritaniens, chacun dans sa sphère de compétence n’y mettent pas la main ? Il semble que beaucoup de décisions sont prises par des responsables sans analyse préalable et sans discernement ?
Si nous prenons le secteur de l’enseignement nous constatons que les orientations semblent être faites sans tenir compte des besoins réels du pays. A l’université les facultés de droit et de lettres sont les plus fréquentées : résultats, des milliers de chômeurs et une pléthore de juristes sans cause. La Mauritanie a besoin aujourd’hui de spécialistes en agriculture, en pêche, en élevage, de chercheurs dans des domaines générateurs de croissance.
Comment peut-on atteindre l’émergence si nos étudiants sortent des facultés avec des spécialités sans impacts sur le développement du pays ? Pour ma part, j’estime qu’un laboureur a plus de rendement qu’un docteur en lettres ou en droit. Si depuis la troisième secondaire l’élève était systématiquement évalué et orienté d’office vers une discipline plus accès sur ses dispositions, nulle doute que les chômeurs seraient moins nombreux.
L’Etat doit être en mesure d’évaluer les besoins du pays en matière de travailleurs rentables, de former des cadres moyens dans les domaines générateurs de croissance. Pour cela il est nécessaire de revaloriser et de rentabiliser les travaux agricoles, la pêche et l’élevage par exemple de sorte qu’élèves et étudiants voient plus d’intérêts dans ces occupations que dans la bureaucratie : le fait que le moindre gratte-papier gagne plus de 100000 ouguiyas par mois alors que le paysan peine à les gagner en un an n’incite personne à se tourner vers l’agriculture.
Il reste que toutes ces ambitions déclinées par le chef de l’Etat ne sont possibles que si les mentalités changent. Le mauritanien manque tragiquement de civisme, cultive une indiscipline gravissime, un irrespect de tout ce qui touche aux valeurs qui fondent une nation. S’y ajoute un laxisme coupable des autorités qui s’évertuent à fermer les yeux sur trop de violations des lois et règlements. La Mauritanie se trouvant à la croisée des chemins a besoin d’un Etat fort qui corrige les errements sans état d’âme.
Les tas d’immondices qui jonchent beaucoup d’endroits de nos cités est un exemple patent qu’aucun des démembrements de cet Etat ne fait correctement ce pourquoi il existe. Le citoyen a besoin d’un encadrement musclé afin qu’il soit conscient qu’il est un maillon important de la chaine de vie. C’est à cette condition seulement que nous nous dirigerons résolument vers une émergence digne de ce nom.
Zeine Yedali