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Sécurité alimentaire : du péril acridien aux insectes-aubaine [Videos]
Le Sahélien que je suis a toujours vécu la hantise de voir les champs de cultures ravagés, les pâturages anéantis et le couvert végétal durablement détérioré par les énormes, innombrables, et indescriptibles essaims de criquets migrateurs qui, de façon cyclique, envahissent toute la bande sahélo-saharienne.
Parfois, ils menacent aussi certains pays du sud de la méditerranée, et même Madagascar.
Les dégâts que causent ces insectes, qui se déplacent en nombres ahurissants, dépassent l’imaginable.
Leur système digestif particulièrement performant, caractérisé par un transit ultrarapide, leur permet des performances exceptionnelles dans ce domaine. Les comestibles aussitôt consommés, des déchets ou fèces équivalents sont concomitamment évacués. Ceci leur donne une capacité de nuisance et une célérité ravageuses.
Pour faire face à ce qu’on appelle dans notre zone « le péril acridien» , plusieurs méthodes de lutte ont été mises en œuvre, avec une efficacité mitigée, et des impacts environnementaux souvent décriés. De méthodes traditionnelles et artisanales, on est passé d’abord par les pulvérisations par piétons, ensuite motorisées, avant d’utiliser l’épandage aérien, sur des dizaines de milliers d’hectares, de produits chimiques. La toxicité de ces produits a conduit à rechercher des méthodes alternatives, de préférence biologiques. Des expériences dans ce cadre ont été conduites au Mali.
Ce qui me parait paradoxal, est le fait que le risque lié aux produits chimiques utilisés contre ces bestioles, n’a jamais empêché les populations locales de les consommer. C’est en quelque sorte une forme de se faire justice : ravager le ravageur. Cette pratique est cependant restée, jusqu’à présent, assez limitée.
Je savais que dans une région de Mauritanie (Adrar), mes compatriotes mangent les criquets, comme dans la mienne (Tagant) on mange un autre insecte dont je tairai le nom, par souci égoïste de protéger la ressource régionale de ceux qui ne sont pas encore « au parfum ». Au Niger, il m’est revenu que le criquet local, était, lui aussi, comestible. Je suis allé au marché, m’en assurer de visu. Par corrélation, et eu égard à la similitude des habitudes alimentaires de la sous-région, je peux en déduire, qu’au Mali, et probablement ailleurs, c’est aussi le cas.
Ce constat est pour moi tout à fait rassurant, dans la mesure où j’y entrevois la possibilité pour nos populations de transformer les acridiens d’un péril qui, comme une épée de Damoclès, les menace dans leurs sources de subsistance, en une contribution significative et nutritive à leur sécurité alimentaire, perpétuellement et gravement compromise. De menace les insectes se transformeraient ainsi en aubaine.
Mon espoir a été renforcé, quand j’ai constaté que la pratique de consommation des insectes, commence à entrer dans les bonnes habitudes, ailleurs.
La barrière psychologique, tout au moins, est donc franchie. Manger des insectes n’est pas seulement limité à la consommation médiatique, mais aussi, dédiée à celle gastronomique.