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22-07-2014

08:12

Lemgheïty : La cité de la pauvreté - [PhotoReportage]

Cheikh Oumar NDiaye - A l’instar du quartier précaire de Leghreïgue, Lemgheïty connait un quotidien difficile. C’est aussi une des faces cachées de la pauvreté en Mauritanie. Pendant la troisième sortie de la Marmite du Partage, une équipe de l’Authentique a fait une descente dans cette île de sable tannée par la pauvreté. Reportage.

Il est 17 heures précises. Loin du centre ville de Nouakchott, dans la commune de Dar Naim, des baraques éparses sont visibles sur des dunes de sables au milieu des détritus. Pizzorno ou communauté Urbaine de Nouakchott n’ont jamais mis les pieds pour le ramassage des ordures ménagères.

C’est inutile de prendre le pouls du quartier pour mesurer le degré de la pauvreté des habitants. Les images de cette cité des pauvres oubliée dans l’agenda du « président des pauvres » en disent long sur la précarité de ses habitants. Des charretiers errent, des enfants jouent au ballon, d’autres jouent à cache-cache, se faufilant entre plusieurs taudis exposés à des fils électriques bricolés sur le sol.

Particularité de tout ce monde : des corps amincis et frêles. Ici, la soif, la faim font partie du quotidien. Le contraste entre la pauvreté de Lemgheïty et la relative opulence d’autres parties de Nouakchott comme Tevragh Zeina alimente le ressentiment. Leurs attentes sont simples : logement viable, eau potable, électricité et voirie. Cependant, pour les habitants de Lemgheïty, même un toit de zinc reste un rêve.

Ils peinent à joindre les deux bouts et assurer les trois repas quotidiens. A l’instar des dockers, des journaliers de SNIM, ces populations étranglées par la misère, frustrées par l’abandon du gouvernement sont bien une bombe sociale en gestation. L’eau, l’électricité et premiers soins absents…..

Lemgheïty est presque privé d’eau potable. Les habitants satisfont leur soif à travers des charretiers. Il est aussi sans électricité. Pourtant, de grands pylônes électriques se dressent à coté sa périphérie. Mais ici, dans les taudis faits de bois ou de fer, de carton et de tôle ondulée ou d’habits, on se sert souvent de bougies pour s’éclairer.

La menace d’un incendie est constante. Parfois, après les fortes pluies, des habitations entières sont inondées. Minetou la septuagénaire, mère de famille, malade de rhumatisme, croupit sous un taudis à la merci du vent et d’éventuelles eaux de pluie. Son époux fait le transport en commun pour nourrir leurs six enfants. « Nous vivons dans des conditions très difficiles.

Hormis la difficulté de respecter les repas, nous avons un problème d’eau et d’électricité. Un baril se vend à 700 Um voire 1000 Um en période de chaleur. Le branchement d’un fils électrique se monnaye à 3 000um par mois »
. Pour payer son médicament, « Cortancyl » afin de soulager sa maladie, Minetou est obligée de quitter Lemgheïty pour aller dans le cœur de Dar Naïm à la recherche d’une pharmacie. L cas contraire, il faudra aller jusqu’à l’hôpital national.

Installé à Lemgheïty depuis 81, Cheikh Ould Brahim, le maçon comme ses voisins vit dans un taudis entouré de dunes de sable. « L’intensité de l’électricité est de 300wt, c’est pourquoi il y a des courts-circuits régulièrement qui provoquent des incendies » informe-t-il.

A part son travail de maçonnerie dans un autre quartier de Mellah, Cheikh, le père de famille faisait de la politique. « Je suis obligé d’aller travailler à mellah parce que à Lemgheïty les gens n’ont pas de quoi nourrir à plus forte raison, penser à la construction. J’ai fait la campagne pour Aziz à Lemgheïty mais jusque maintenant, je n’ai vu personne revenir nous voir.

Et portant ils nous avaient promis monts et merveilles !»
regrettera-t-il. Cheikh Ould Brahim et tous es voisins de Lemgheïty ne veulent qu’une chose : changer leurs taudis, transformer Lemgheïty en un quartier “normal” doté de nouvelles rues, d’un système d’assainissement, d’un réseau d’adduction d’eau et d’un réseau électrique, entre autres. Pour l’heure, « nous attendons les maisons » soupire Minetou, assise dans son taudis, prenant son mal en patience.


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