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22-11-2014

09:11

Démolition du marché de la Capitale : Relents d’expropriation à l’Ilot G

L'Authentique - L’Etat mauritanien a adressé il y a trois jours un ultimatum de 15 jours aux occupants du marché de la Capitale pour quitter les lieux. Alors que les commerçants trouvent qu’il y a anguille sous roche, les habitants de l’Ilot G crient déjà à l’expropriation.

C’est le 18 novembre dernier que les usagers du marché de la Capitale ont été informés par décision administrative que leur lieu de commerce va être démoli. Un ultimatum de quinze jours leur a été adressé dans ce sens.

Même si tout le monde partage l’opportunité d’une telle décision eu égard à la nature déliquescente du vieux marché de Nouakchott, qui risque de s’effondrer à tout moment, la plupart des commerçants trouvent la décision louche. Pourtant, la mairie de Tevragh-Zeine juge que les lieux sont devenus dangereux et que leur maintien devient risqué pour ses occupants vu la vétusté des bâtiments qui augurent d’un écroulement imminent.

Seulement, quelques commerçants restent énigmatiques par rapport à la décision et déclarent ignorer le plan non dévoilé du gouvernement et le délai très court qui leur a été accordé pour vider les lieux. Les commerçants qui détiennent des documents de propriété foncière sur de vastes lots au marché déclarent n’avoir pas obtenu auprès de l’Etat des éclaircis sur les contours de la décision. Pour cela, ils disent qu’ils ne quitteront pas.

Ils craignent que derrière la décision gouvernementale se cache en réalité la volonté de quelques influentes personnalités à récupérer l’espace contenant le marché et reléguer les anciens locataires dans d’autres marchés secondaires. Aussi, des démarches seraient actuellement entreprises par ces commerçants détenteurs de titre de propriété auprès des autorités publiques pour avoir de plus amples éclaircissements sur les modalités de déguerpissement envisagés, le sort du marché et leur propre sort.

« Nous avons besoin d’être tranquillisé par rapport à nos appréhensions » a soutenu l’un d’entre eux. « Sans cela, nous sommes prêts à défendre nos bien contre l’éventuelle velléité de l’Etat à céder l’emplacement du marché de la Capitale à des personnes influentes de son sérail » a-t-il poursuivi Une noria du pouvoir cherche l’Ilot G.

Profitant du réaménagement envisagé du marché de la Capitale, une dame de la haute sphère du pouvoir aurait rôdé pendant des heures avant-hier aux alentours de l’Ilot G, juste en face du marché de la Capitale, selon les habitants interrogés. Pour ces derniers, la dame qui possède une parcelle de terrain sur les lieux, aurait l’intention de s’accaparer de plusieurs lots de maisons avoisinants pour construire des boutiques à louer.

« Il y a quelques jours, quelqu’un était venu soi-disant de la part de l’Etat pour nous recenser ; c’est par la suite que nous avons su, que c’était pour nous déloger au profit d’une grande noria du pouvoir » confie Khadija, une retraitée. Il y aurait parmi les habitants visés, selon elle, des retraités de l’administration comme elle, mais aussi des orphelins et des veuves. La plupart des familles occupent les lieux depuis les années 60. « Nous ne quitterons, si la décision devait être prise, que contre une indemnisation et un terrain de substitution » a conclu Khadija.

JOB

Encadré
Démolition du marché central de Nouakchott : Les commerçants boutés dans 15 jours

Les occupants du marché central de Nouakchott doivent quitter les lieux dans un délai de 15 jours. Cette sommation provient de la Willaya de la capitale qui a décidé de démolir les lieux pour entamer leur reconstruction avant la fin de la présent année.

Le marché de la Capitale, ou marché central de Nouakchott, va enfin être démoli. La décision vient d’être prise par les Autorités nationales qui ont constaté la vétusté du site préjudiciable à la sécurité des citoyens. Les commerçants qui y ont pignon sur rue ainsi que les étalagistes ont ainsi été priés de plier bagages avant la fin du mois de novembre, pour permettre l’entame des travaux dans le courant du mois de décembre.

Une perspective salutaire, selon les commerçants eux-mêmes, qui ont toujours craint le pire sur les lieux. Il faut dire que le moindre incendie serait une catastrophe sur le site du fait de l’anarchie régnante au niveau des boutiques comme au niveau des étals qui avaient obstrué tous les chemins.

Selon les Autorités, le marché est en état de dégradation critique. Il menace de s’effondrer à tout moment et constitue ainsi un risque majeur pour les populations. Son état de surpopulation, ses aménagements internes inadéquats, les occupations anarchiques des allées et des espaces libres, la promiscuité des étals constituent des motifs d’inquiétudes pour toute autorité responsable. Ainsi, la solution devant un tel « péril » est sa démolition et la reconstruction d’un nouvel équipement plus moderne avec une capacité d’accueil suffisante.

Déjà en 2012, la Communauté Urbaine de Nouakchott était parvenue aux mêmes conclusions. A l’époque, une étude de préfaisabilité institutionnelle et financière, financée à hauteur de 122.000 euros par l’Agence Française de Développement (AFD) par le biais du MAED et pour le compte de la CUN, engagée en mai 2012 vient de s’achever.

Cette étude avait mis en évidence la situation patrimoniale du marché ainsi que l’ensemble des financements des bâtiments de celui-ci et avait permis de clarifier le statut foncier des terrains et bâtiments concernés par le projet de reconstruction d’un marché capitale moderne. L’étude recommandait la démolition du marché et son remplacement par un nouveau grand marché central à vocation communautaire. Un tel projet n’avait jamais été accepté par les Pouvoirs publics, qui en avaient certainement contre le président de la Communauté urbaine Ahmed Ould Hamza. Depuis, le dossier est classé.

Ce serait face à une dégradation plus poussée des lieux que les Autorités publiques auraient décidé de relancer ce vieux projet. On ne sait encore s’il s’agira de fonds propres de l’Etat ou de fonds privés qu’il faudra engager dans cette opération. On ne sait non plus le lieu de recasement réservé aux centaines de boutiques qui seront déplacées en attendant la reconstruction du site. Tout ce qu’on sait, c’est que la décision de démolition du marché a été prise sous le sceau de l’urgence.

MOMS



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