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Pêche : une dynamique et une recherche halieutique qui en contribue
Sidi El Moctar Ahmed Taleb - Les travaux de la 8ème session du Groupe de Travail que l’Institut Mauritanien de Recherches Océanographiques et des Pêches (IMROP) organisé habituellement tous les quatre ans pour surtout actualiser l’évaluation des stocks halieutiques de la Zone Economique Exclusive Mauritanienne (ZEEM) ont été clôturés.
C’était une grandiose manifestation scientifique qui s’est déroulée du 30 novembre au 5 décembre courant et à laquelle ont pris part de nombreux experts nationaux, sous-régionaux et internationaux, ainsi que plusieurs représentants de la profession (pêcheurs, armateurs et usiniers).
A l’issue d’un travail intense ou cours duquel il y a eu une confrontation directe de connaissances empiriques, de travaux scientifiques et d’idées et avis parfois contradictoires, des résultats intéressants ont été obtenus.
D’abord, les dernières évaluations des ressources démersales et pélagiques ont été actualisées pour les espèces ou groupes d’espèces où la nature, la quantité et la qualité des données disponibles ont permis cette opération, complexe ou compliquée même : poulpe, crevette côtière, crevette profonde, merlus noirs, sardinelle ronde, chinchard noir, etc.
Les poissons démersaux continuent de constituer, en l’absence de navires qui les ciblent spécifiquement, des prises accessoires pour les navires ciblant le poulpe et les espèces pélagiques. La difficulté posée à la recherche par la configuration actuelle du journal de pêche (‘’divers démersaux’’) et par la précarité des données d’observation en mer, ont fait que seules les résultats des campagnes expérimentales conduites par l’IMROP ont été utilisées pour avoir un certain niveau de connaissances pour une vingtaine d’espèces de ce groupe de poissons (calcul d’indices d’abondances).
Malgré l’existence de quelques navires ciblant les langoustes, les données mises à la disposition des scientifiques lors de ce groupe de travail n’avaient pas permis d’évaluer les stocks des langoustes rose et verte de nos eaux. Cependant les niveaux actuels de leurs captures invitent à la prudence.
Pour les praires, le potentiel reste celui déterminé en 2005 avec l’aide de la Hollande et qui est presque similaire à celui de 315.000 tonnes déjà cité dans les références de l’IMROP.
Très présents dans les débarquements en tant que prises accessoires de certaines pêcheries assez développées, la sardinelle plate, les thonidés côtiers, l’anchois, les cymbiums et les holothuries (concombres de mer), ont joui cette année d’une très grande attention de la part des spécialistes en évaluation et en développement. Eu égard aux possibilités de pêche qu’offrent ces ressources, des recommandations spécifiques ont concerné la manière d’en faire de nouvelles pêcheries en vue de diversifier la production et de valoriser davantage notre patrimoine halieutique (zones, engins et techniques de pêche, outils de production adaptés, etc.). Serait-ce cette ambition qui a peut-être justifié l’appellation ‘’pêcheries émergentes’’ pour la plupart d’entre elles.
L’environnement, la biodiversité et la socio-économie ont été aussi étudiés et leurs résultats trouveront certainement des amateurs plus compétents que moi pour les partager avec le public. Occulter ces thématiques, me décharge de la lourde tâche de parler des usines de farine et huile de poisson et de la réalité des sociétés autorisées initialement pour transformer les petits pélagiques en conserves et produits destinés directement à la consommation humaines.
Enfin, plusieurs recommandations relatives à l’aménagement et à la bonne gouvernance ont été formulées à l’adresse des décideurs, mais aussi à la Direction de l’IMROP.
Par ailleurs, la pêche continentale et l’aquaculture ont été traitées, avec la valorisation des produits, comme alternatives à la dégradation de l’état des principaux stocks marins exploités.
Concernant l’aquaculture, l’heure est, pour certains, à l’élaboration et l’application d’un cadre juridique pour l’exercice de cette activité industrielle et d’un plan de développement articulé autour de (i) l’identification et l’aménagement des sites appropriés, (ii) l’inventaire des espèces qui s’apprêtent le plus à l’élevage, (iii) la formation de personnels qualifiés, (iv) la création de conditions techniques et financières incitatives pour l’investissement privé et enfin, (v) la création d’une structure de promotion, administrativement et financièrement autonome (Agence).
Pour d’autres, plusieurs facteurs climatiques font que l’avenir de la mariculture commerciale est incertain dans notre pays: conditions climatiques (températures de l’eau, risque de marées hautes associé aux changements climatiques), caractère morphologique de la côte (rectiligne), coût élevé de l’énergie surtout en cas d’utilisation de bassins sur terre, cout des aliments (importation et installation locale de fabriques), absence de qualifications, etc.
En dehors des contraintes précitées, cette situation fait que le prix de revient rendra le produit mauritanien non compétitif sur un marché déjà conquis par de nombreux autres clients avec une bonne tradition. Cependant, une aquaculture pour la subsistance et lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire, est bien envisageable au niveau du Fleuve Sénégal et dans les plans d’eau douce permanents (Foum Legleita, Lacs Rkiz, Kankossa, Lebheir et autres).
L’organisation des activités de la pêche continentale, l’appui technique et financier de ses acteurs, et l’amélioration des infrastructures de débarquement et de conservation, serviraient les mêmes objectifs que l’aquaculture continentale surtout là où sévit la pauvreté.
Dans les deux cas, une structure légère à l’aune des potentialités (Cellule ou projet) devra se charger de tâches pratiques dans ces deux domaines avant d’envisager l’ambition d’Agence de développement dont on parle souvent.
A cette occasion, la recherche s’est aussi déclarée capable de déterminer annuellement, de manière prévisionnelle, les TAC pour les principales pêcheries. Cet aveu réconforte certainement les adeptes de l’application du système de quotas individuels ou de gestion par quotas individuels.
Le plus important à ce sujet est que notre recherche a jugé qu’il est trop tôt pour mesurer l’impact du retrait des céphalopodiers UE et que personne ne peut prouver que l’amélioration du niveau des prises de cette espèce dans la zone de Dakhla serait attribuable à ce retrait quelle que soit l’importance des interactions entre les composantes nord et sud du stock Cap Blanc. Elle a aussi mis en garde contre la transformation des crevettiers étrangers autorisés en céphalopodiers déguisés ; ceci serait à travers l’autorisation d’un taux élevés de prises accessoires de poulpe et une zone de forte concentration des céphalopodes.
Cette manifestation scientifique a aussi révélé l’existence d’une part, de navires côtiers avec système de congélation à bord et de l’autre, des navires affrétés ciblant des espèces de fond.
En somme ce huitième Groupe de Travail de l’IMROP a été organisé en un moment crucial, c’est-à-dire quelques jours avant la restitution des résultats des travaux des experts chargés de la préparation des intrants d’une nouvelle stratégie 2015-2019 pour le secteur des pêches (diagnostic, orientations stratégiques et éléments d’un plan d’action).
Ce groupe a en effet mis à la disposition de l’administration, au moment opportun, des données récentes sur l’état des différentes composantes de la ressource et un ensemble d’ingrédients utiles à la construction de sa nouvelle stratégie.
Malgré tous les efforts déployés pour promouvoir la recherche halieutique dans notre pays et les résultats largement positifs qu’elle ne cesse de livrer, l’attente de sa vitesse de croisière pointe toujours à l’horizon. Auditer la lourde institution qui en a la charge (IMROP) en vue d’en faire deux ou trois unités plus spécialisées, pourra s’avérer une décision salutaire. Vom trai si vom vedea !
Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb