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La Côte d'Ivoire accueille une conférence de haut niveau pour mettre fin à l'apatridie en Afrique de l'Ouest
Tould Sid'Ahmed - Le HCR et la Communauté
économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest
(CEDEAO) ont organisé une conférence ministérielle pour
éliminer l'apatridie en Afrique de l'Ouest qui a
débuté le 23 février à Abidjan en Côte
d'Ivoire.
C'est la première
conférence sur l'apatridie jamais organisée sur le
continent africain. Elle vise à trouver des solutions
au niveau régional pour prévenir, réduire et éliminer
l'apatridie en Afrique de l'Ouest.
Plus de 750 000 personnes
n'ont aucune nationalité ou risquent de devenir
apatrides en Afrique de l'Ouest. Ces estimations sont,
pour la plupart, fondées sur des statistiques publiées par
la Côte d'Ivoire.
Comme les autres pays ne sont
pas encore dotés de mécanismes pour recueillir des
statistiques sur l'apatridie, les informations
concernant l'Afrique de l'Ouest sont incomplètes,
mais le problème persiste. Selon le HCR, l'apatridie
pourrait affecter des centaines de milliers d'autres
personnes
à travers toute la région.
L'apatridie peut être
causée par un service d'état civil inefficace et quand
les enfants ne sont pas enregistrés à la naissance, ce qui
les empêche d'établir leur nationalité. Dans certains
pays, les femmes ne peuvent pas transmettre leur
nationalité à leurs enfants. Par ailleurs, il y a des
critères discriminatoires sur la race ou l'origine
ethnique qui empêchent certains groupes d'obtenir ou de
transmettre la nationalité.
Des flux de migration
importants, l'absence de garanties, dans les
lois sur la nationalité, contre l'apatridie à la
naissance ou plus tard dans la vie ainsi que des
difficultés dans certaines procédures de naturalisation
aggravent ce phénomène.
Parmi d'autres
personnes apatrides, ou qui risquent de l'être en
Afrique de l'Ouest, il y a d'anciens réfugiés et
des migrants d'origine libérienne qui sont bloqués
dans la région ; des personnes d'origine mauritanienne
en exil au Mali
ou au Sénégal ; des enfants sans papiers, comme les
enfants des rues au Sénégal qui ne peuvent prouver
l'identité de leurs parents ; et des personnes vivant
dans un vide juridique sur des territoires contestés comme
l'Ile des Oiseaux entre le Bénin et le Niger,
ou la péninsule de Bakassi entre le Nigéria et le
Cameroun.
Dépourvus de
nationalité, les apatrides ne peuvent exercer nombre de
droits humains fondamentaux. Souvent, ils ne peuvent obtenir aucun document d'identité ; ils peuvent être détenus
simplement car ils ne sont détenteurs d'aucune preuve
de nationalité. Ils sont dans l'incapacité de voyager
ou de se marier. Ils peuvent se voir refuser l'accès à
des services éducatifs et de santé. Trouver un emploi leur
est souvent impossible, ainsi qu'acheter et vendre des
terrains ou emprunter de l'argent
pour démarrer une entreprise.
Vulnérables à
l'exploitation et aux abus, les apatrides ont des
besoins non satisfaits en matière de protection et de
justice car ils sont invisibles par rapport à la loi.
L'impact psychologique de la vie sans nationalité est
également significatif : les apatrides ressentent
qu'ils n'existent pas et qu'ils ne peuvent pas
non plus participer pleinement à la vie quotidienne de
leurs communautés.
La Conférence a été
inaugurée par le Président de la Côte d'Ivoire
Alassane Ouattara et le Haut Commissaire des Nations Unies
pour les réfugiés António Guterres. Des Ministres des
Etats de la CEDEAO et des représentants d'organisations
régionales et internationales, y compris l'Union
africaine, l'Organisation de la Conférence islamique,
le Commonwealth et l'Union du fleuve Mano, sont
également présents.
L'Ambassadrice de bonne volonté
du HCR, à vie, Barbara Hendricks et l'artiste ivoirien
A'salfo ont témoigné de la vie de personnes apatrides
qu'ils ont rencontrées et plaidé pour accroître la
sensibilisation auprès du grand public sur ce problème
trop souvent passé sous silence.
L'objectif de la
Conférence est de promouvoir une stratégie régionale pour
toute l'Afrique de l'Ouest afin d'identifier les
personnes apatrides et d'établir des mesures pour
prévenir et réduire l'apatridie, dans le cadre de la
campagne
mondiale du HCR pour éliminer l'apatridie d'ici
2024.
Les États membres de la
CEDEAO devraient adopter une déclaration sur la
prévention, la réduction et l'élimination de
l'apatridie ainsi que sur la protection des apatrides à
la fin de la Conférence.
Neuf Etats de l'Afrique de
l'Ouest ont
adhéré à la Convention de 1954 relative au statut des
apatrides et huit ont adhéré à la Convention de 1961 sur
la réduction des cas d'apatridie, dont sept ces quatre
dernières années.