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Vatma Salem Vall, ancienne fistuleuse bénéficiaire d’une AGR: «Je suis heureuse et j’entame une nouvelle vie !»
L'Authentique - Aghoratt, cinquante kilomètres à l’Est de Kiffa, sur la route de l’Espoir. Un hameau dépenaillé à mi chemin entre le semi-urbain et le rural. Une centaine de familles éparpillées de part et d’autre de la Nationale et un poste de santé que Vatma Salem Vall, 29 ans, n’avait jamais visité durant sa première grossesse.
Elle accouchera deux ans après son mariage, du petit Ali, chez elle, sous la tente familiale, sans avoir subi la moindre consultation prénatale. Ce sera le début d’un long calvaire.
L’enfant était en bonne santé, mais elle était sortie de cette délivrance, sans assistance médicale, avec une fistule obstétricale. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Son mari, sa belle-famille et sa propre famille aussi. Elle perdait ses urines et ses matières fécales sans aucune possibilité de se retenir. Son état la remplissait de honte.
Mais contrairement à d’autres victimes qui se sont retrouvées isolées, enfermées loin des regards, délaissées par les proches et abandonnées par leur mari, Vatma a eu plus de chance. Elle ne connut pas l’ostracisme. Ses proches continuaient à la couvrir d’amour et son époux aussi, était resté à ses côtés.
«C’est le chef de poste de santé qui m’a parlé de Seydi Camara et de son ONG» témoigne Vatma. Elle fera partie du dernier lot qui a été pris en charge par l’AFVD. Opérée en février 2015 à l’hôpital de Kiffa, elle a été suivie sur le plan médical jusqu’à sa complète guérison. Aujourd’hui, elle bénéficie d’un appui en nature et en espèce pour se lancer dans le petit commerce grâce à un financement mobilisé par l’UNFPA. Ce projet AGR entre dans le cadre d’un programme de réinsertion sociale en faveur des personnes vulnérables en situation humanitaire d’urgence comme les malades guéries de la fistule obstétricale. Une valeur de 80.000 UM, dont 20.000 UM en espèce et 60.000 UM en marchandises diverses.
Drapée dans un voile bigarrée tirant sur le vert, Vatma affiche un sourire radieux, le petit Ali, 2 ans, entre ses bras. Sa famille a exprimé sa joie face à ce qui pour elle relève du miracle. «Je n’ai jamais osé croire que ma petite fille allait surmonter cette terrible épreuve et sortir indemne de sa maladie » témoigne sa mère.
Plus qu’une femme guérie, qui entame sa réinsertion sociale en tant qu’actrice du développement, Vatma s’affiche également comme un futur relais dans la lutte contre les fistules et les pratiques traditionnelles néfastes. «Si je tombe sur une femme qui a la fistule, je lui dirais de n’avoir pas peur et qu’elle peut guérir» a-t-elle déclaré, entre deux éclats de rire. Elle s’est aussi portée candidate pour la lutte contre les mariages précoces et les Mutilations génitales féminines, promettant qu’elle se soumettra dorénavant, en cas de nouvelle grossesse, à toutes les visites requises.
C.A