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05-10-2015

13:51

Interview avec le directeur général de la société nationale des eaux du Sénégal (sones), Charles Fall

Journal Le Terroir - « Le partenariat SONES-SNDE vise les échanges de cadres et d’expériences dans le domaine de la planification, de la qualité et de la sensibilisation » A la tête d’une importante délégation composée de cadres de son entreprise, le Directeur général de la Société Nationale des Eaux du Sénégal (SONES), Monsieur Charles Fall, a effectué une visite technique à la Société Nationale de l’Eau de la Mauritanie (SNDE) du jeudi 1er octobre au vendredi 2 octobre 2015.

Aux côtés de son homologue Mauritanien, Monsieur N’Guissaly Fall, il a abordé, avec nous, plusieurs sujets relatifs au protocole d’accord signé entre les deux sociétés publiques et les grands projets pour la sécurisation de l’alimentation en eau de Dakar.

Le Terroir/N’Guenndi : Monsieur le Directeur général, vous venez de boucler une visite en Mauritanie au cours de laquelle vous avez eu à visiter les sites de la SNDE qui se trouvent à Béninadji et au PK 17. Quelles sont vos impressions ?

Charles Fall : Tout d’abord, je tiens à remercier le Directeur général de la SNDE, la Société Nationale de l’Eau de Mauritanie qui a bien voulu nous recevoir. Cette visite a été initiée par le ministre mauritanien et le ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Mansour Faye.

Facilitée par la Banque Islamique de Développement, cette visite avait pour objectif principal de venir nous enquérir de l’expérience de la Mauritanie qui vient de construire un réservoir stratégique d’une capacité de 129.000 mètres cubes au PK17.

Ce réservoir assure une autonomisation en termes d’approvisionnement de la ville de Nouakchott pour deux à trois jours. Au Sénégal, nous sommes dans la perspective de la construction, pour la capitale Dakar, d’un réservoir stratégique devant assurer au moins 24 heures d’autonomie.

En effet, Dakar ne bénéficie que d’une autonomie de 3 heures et les plus hautes autorités du Sénégal ont l’ambition de la porter à 24 heures. Monsieur le ministre Mansour Faye nous a informé de l’existence d’un tel projet ici en Mauritanie et nous a dit de ne pas hésiter à venir visiter ce bijou que nous avons vu ici.

D’abord, nous avons visité les ouvrages de traitement, notamment la station de prétraitement de Béninadji dont la capacité est de 170.000 mètres cubes, la station de traitement final avec infiltration de sable au PK17.

Nous avons suivi un exposé sur le système centralisé de télégestion qui supervise l’ensemble des ouvrages hydrauliques de Nouakchott, nous avons eu le privilège de visiter la station de pompage, les lignes électriques à Aftout. Surtout, nous avons mis l’accent sur le réservoir d’eau prétraité de Nouakchott.

Le Terroir/N’Guenndi : Qu’est-ce qui explique votre visite d’imprégnation au niveau de ce réservoir d’eau ?

Charles Fall : Ce qui explique cette visite, c’est aujourd’hui une ambition que nous avons au Sénégal de porter l’autonomie en matière de stockage de la ville de Dakar de 3 heures à 24 heures. Nous avons un stockage de 70 000 mètres cubes à Dakar et des besoins en consommation de 400 000 mètres cubes. Donc, l’ambition est de porter la capacité de stockage à 400 000 mètres cubes.

Il faut construire un réservoir d’une capacité de 300 000 mètres cube au moins pour Dakar. La Mauritanie a construit un réservoir de 129 000 mètres cube, 130 000 quasiment. En tout cas, nous nous inspirerons du modèle mauritanien pour l’élaboration du projet dont le financement de la phase d’étude est bouclé, dans le cadre de notre projet de construction d’une troisième usine à KeurMomar Sarr, une usine d’une capacité de 200 000 mètres cube.

Pour ce projet, nous venons de boucler le plan de financement pour un coût de 385 millions d’euros. Un des bailleurs, en l’occurrence la BAD, a accepté de prendre en charge le financement des études relatives au réservoir stratégique.

Le Terroir/N’Guenndi : Quelles sont vos appréciations sur l’expérience Mauritanienne en matière de construction de réservoirs d’eau ?

Charles Fall : Je crois que la Mauritanie a aujourd’hui une chance inouïe. La Mauritanie, grâce à la vision de ses autorités gouvernementales, a pu réaliser les infrastructures devant leur permettre une autonomie, une pérennisation en matière d’approvisionnement en eau jusqu’à l’horizon 2020-2030.

C’est vraiment une chance inouïe ! Les dirigeants de la SNDE travaillent aujourd’hui sur la maintenance pendant que nous sommes dans une course pressante pour la construction d’infrastructures. Donc, nous ne pouvons que nous inspirer du modèle mauritanien pour voir comment, en effet, combler les retards que nous avons enregistrés dans les investissements. Il s’agit surtout d’aller très vite.

Nous avons compris que la Mauritanie a surpris plus d’un dans le domaine de la construction d’infrastructures hydrauliques en réalisant ces beaux ouvrages qui assurent une sécurité d’approvisionnement en eau de la capitale.

Le Terroir/N’Guenndi : Vous avez, au nom de la SONES que vous dirigez, signé un Protocole d’Accord avec la SNDE. Pouvons-nous en savoir les grands domaines d’intervention?

Charles Fall : C’est du partenariat sud-sud qui s’articule autour de différents axes, notamment les échanges d’expériences, ce que nous venons de faire. A travers notre visite, nous avons fait part à la SNDE de notre expérience dans le domaine de la gestion du patrimoine.

Ce partenariat vise également les échanges de cadres, les missions de benchmark, les missions d’imprégnation, de stages réciproques dans nos entreprises, échanges d’expériences dans le domaine de la planification, du contrôle de la qualité des eaux, de la sensibilisation parce que la Mauritanie d’après ce qu’on a dit, enregistre un très grand taux de perte de réseau.

Il y a certainement une grande campagne de sensibilisation à faire auprès des usagers de l’eau. Ce partenariat, en tout cas, rentre dans le cadre du raffermissement des relations professionnelles entre deux entités sudistes qui appartiennent, toutes les deux, à l’Association Africaine de l’Eau dont le Sénégal assure la vice-présidence pour l’Afrique de l’Ouest.

Le Terroir/N’Guenndi : Qu’est ce que la SNDE peut apporter à la SONES et vice- versa ?

Charles Fall : La SNDE a apporté aujourd’hui, à la SONES,l’expérience qu’elle vient de vivre dans la construction d’un réservoir. Cet ouvrage est assimilable au projet que nous sommes entrain de réaliser avec la construction de la troisième usine. C’est nous inspirer.

C’est également, en sus, notre capital expérience, parce que le Sénégal, quand même, a une très forte expérience dans le domaine de la gestion de l’eau, de l’hydraulique urbaine.

Mais, c’est venir aussi nous enquérir du retour d’expérience de la Mauritanie dans le cadre du projet ʺAftout Essahliʺ mais nous également, comme l’a dit le Directeur général de la SNDEce matin, les Mauritaniens ont beaucoup à apprendre de notre expérience dans le domaine de la gestion du patrimoine, du contrôle de la qualité des eaux, du monitoring des projets, c'est-à-dire de la maîtrise d’ouvrage.

Nous avons constaté qu’à chaque incident ou même pour les opérations de maintenance courante, la SNDE est obligée de faire appel à des compétences externes alors que c’est des activités qu’elle pouvait aisément prendre en charge à l’interne.

Donc les axes de collaboration sont multiples et nous ne ménagerons aucun effort pour que la graine que nous venons de semer puisse germer, pousser et donner des fleurs et, pourquoi pas, atteindre la dimension d’un baobab, symbole qui a été remis a été au Directeur général de la SNDE ce matin. Comme je le dis souvent, ce qui est important, c’est de démarrer. Aussi grand que soit un baobab, une graine en est sa mère !

Le Terroir/N’Guenndi : La SONES (Société Nationale des Eaux du Sénégal) a lancé de grands projets. Peut-on savoir ce qui fonde cette politique de l’entreprise ?

Charles Fall : Cette politique n’est rien d’autre qu’une politique volontariste de l’Etat, une ambition du gouvernement du Sénégal pour assurer une sécurisation dans le domaine de l’hydraulique urbaine. Nous avions un déficit structurel de l’ordre de 50 000 mètres cube à Dakar parce que vous que Dakar polarise les 72% des besoins en eau du Sénégal.

Dakar a en plus des besoins en consommation de 400 000 mètres cube, soit 5 fois les besoins en eau de la ville de Nouakchott qui sont à 80 000 mètres cube par jour. Nous avons quelques retards dans les investissements, retards que nous sommes entrain de combler en construisant une troisième usine à KeurMomar Sarr pour tripler la conduite.

Cette troisième usine aura une capacité de 200 000 mètres cube pour un coût estimatif de 385 millions d’euros dont le financement est acquis. C’est également d’aller vers une diversification de la source. L’approvisionnement en eau de la ville de Dakar est assuré par le Lac de Guiers. Cela consiste à diversifier en promouvant le dessalement de l’eau de mer

Le Terroir/N’Guenndi : Justement, où en êtes-vous avec le projet de construction de l’usine de dessalement de l’eau de mer ?

Charles Fall : Pour les deux usines de dessalement de l’eau de mer d’une capacité de 125 000 mètres cube, les études techniques sont bouclées, aussi bien pour la première usine qui sera construite sur la Grande Côte sous format de partenariat public-privé, et la deuxième usine qui sera édifiée sur les Mamelles et dont le financement est acquis auprès de la Jica (Coopération japonaise).

Aujourd’hui, nous sommes entrain de mener les dernières études courantologiques, de bathymétrique et de géotechnique que nous avons choisis de mutualiser au niveau des deux sites afin que les deux entreprises soient recrutées au terme de cette phase d’étude de bathymétrique et de géotechnique dont la fin est prévue au terme de l’année 2016.

Les entreprises seront sélectionnées et la première usine, celle qui sera sur la Grande Côte, sera opérationnelle en 2019 et celle qui sera sur les Mamelles sera achevée en 2021. Entre ces dates, on aura la mise en service de l’usine de KeurMomar Sarr, Inch’Allah.

S’y ajoutent d’autres projets d’amélioration de la qualité que le gouvernement du Sénégal est entrain de réaliser dans le bassin arachidier qui consiste en la réalisation d’usines de fluorisation à Kaolack à Fatick et une autre usine de déferrisation à Koungueul. Les appels d’offre pour ces usines sont déjà lancés et, incessamment, les entreprises seront choisies pour la mise œuvre des projets.

Le Terroir/N’Guenndi : A quand la fin de la dépendance des infrastructures de la SONES de l’énergie de la SENELEC (société d’électricité) si l’on sait qu’il n y a pas longtemps un incendie d’un poteau électrique a provoqué une coupure de l’alimentation électrique de l’usine de KeurMomar Sarr ; ce qui a été très dommageable pour les populations de Dakar alors que vous n’aviez pas prévu cette situation ?

Charles Fall : C’est vrai que les ouvrages de la SONES dépendent très fortement l’énergie électrique de la SENELEC. Nous avons quelques insuffisances. C’est pour cela que nous avons mis en place un Programme d’autonomisation énergétique qui vient d’être approuvé par Son Excellence le président de la République, Monsieur Macky Sall, sur proposition du ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Monsieur Mansour Faye.

Nous sommes entrain de mettre en œuvre ce plan et nous comptons, dans les deux années à venir, assurer l’autonomisation énergétique de nos principaux ouvrages de production et ce, à une disponibilité énergétique relativement de 70% de notre capacité.

Le Terroir/N’Guenndi : Quelles sont les dispositions que vous avez prises pour éviter la répétition de la crise de l’eau qui a frappé Dakar en 2013 ?

Charles Fall : Vous avez dit une crise, mais ce n’était pas une crise ; c’est un incident. Aujourd’hui, par rapport à cela, nous avons pris toutes les dispositions requises, rassemblé un appui financier du gouvernement du Sénégal et des partenaires financiers comme l’Agence Française de Développement pour sécuriser l’approvisionnement en eau de Dakar. Nous nous attelons à déplacer le dispositif anti-bélier qui atténue les chocs.

Dans le cadre de ce programme, nous renouvelons toutes les motopompes de l’usine de Ngnith pour lui permettre d’atteindre sa capacité optimale. Nous sommes entrain de mener des travaux de protection de la conduite de Ngnith, de renouveler les débitmètres de Mékhé ainsi que la conduite du Point 700 qui relie l’usine du Point B au Château d’eau des Madeleines.

Nous sommes encore en train de renouveler le groupe électrogène de Ngnith. Il y a d’autres programmes qui vont dans le cadre de la sécurisation afin que les incidents qui ont été vécus par les populations dans le passé ne puissent plus se reproduire.

Le Terroir/N’Guenndi : Votre mot de la fin M. le Directeur général de la SONES ?

Charles Fall : Remercier très sincèrement mon frère et collègue mauritanien, M. N’Guissaly Fall, Directeur général de la SNDE (Société Nationale De l’Eau) pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité légendaire dont il a fait montre à notre égard.

Remercier l’ensemble des collaborateurs de la SNDE, pour leur disponibilité, leur engagement, pour leur compétence, pour leur dévouement et pour la maîtrise de leur sujet.

Nous leur disons merci de nous avoir permis d’atteindre les objectifs que nous nous étions fixés dans le cadre de cette mission, pour la Téranga (hospitalité) dont nous avons eu le privilège de bénéficier. A la suite de ma collègue Madame Fatou Ndiaye, Directrice des Travaux, je peux dire, sans risque de me tromper, que la Téranga n’est pas que sénégalaise ; elle est Sénégalo-Mauritanienne.

Propos recueillis par Daouda Abdoul Kader Diop



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