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17-11-2015

13:10

Dr. Naceredine Ould zeidoune, responsable de la vaccination à l’OMS, Nouakchott : « Assaut final contre la poliomyélite… »

Cridem : La Mauritanie s’apprête à introduire dans le PEV de routine le vaccin polio par injection (VPI), pourquoi cette mesure ?
L’introduction du vaccin Polio Inactivé dans le PEV de routine marque l’assaut final contre la poliomyélite, et répond aux recommandations du Plan stratégique pour l’éradication de la poliomyélite et la phase finale 2013-2018 qui a pour objectif d’achever l’éradication et le confinement de tous les poliovirus.

Ce plan recommande l'introduction du VPI dans la vaccination systématique avant le passage du Vaccin Polio Oral Trivalant (VPOt) au Vaccin Polio Oral bivalent (VPOb) afin de maintenir la protection contre les 3 types de poliovirus.

Le VPI protège contre les trois stéréotypes (1, 2 et 3), il contient un virus tué, et confère une immunité par le sang.

En Mai 2013, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté le nouveau Plan Stratégique pour l’Eradication de la Poliomyélite et la phase finale (Endagame) 2013-2018. Ce Plan Stratégique appelle tous les pays à renforcer leurs programmes de vaccination de routine et à introduire le vaccin polio inactivé (VPI). A terme, le VPI va remplacer le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) qui est un vaccin vivant atténué.

C’est dans ce cadre que la Mauritanie vient d’accéder à cette étape d’introduction qui a été lancée à Keur Meceine (150 KM de Nouakchott) en collaboration avec ses partenaires techniques et financiers.

Cridem : Quels sont les avantages du VPI par rapport au vaccin par voie orale ?

L’introduction d’au moins une dose du VPI procure trois avantages considérables :

Elle réduit le risque de la réémergence du poliovirus type 2 après le retrait de la composante 2 du VPO, stimule l’immunité contre les poliovirus de types 1 et 3, ce qui permettra de réduire la vulnérabilité mondiale aux poliovirus sauvages encore existants mais aussi d’accélérer l’éradication dans les zones infectées, et facilite l’interruption de toute flambée épidémique de type 2 en garantissant une réponse immunitaire plus rapide et plus efficace au VPO monovalent de type 2 à ce moment précis.

Cridem : Existe-t-il des risques pour la VPI ?

Comme tout vaccin injectable, l’administration du VPI chez l’enfant peut entrainer une douleur, une rougeur ou un gonflement au point d’injection qui sont passagers et peuvent disparaitre sous l’effet du paracétamol. Les injections multiples n’augmentent pas le risque de survenue des réactions indésirables.

Cridem : Pensez-vous que la population mauritanienne est suffisamment préparée pour s’adapter au nouveau vaccin ?

Nous avons constaté que les dispositions nécessaires ont été prises pour assurer une intégration rapide et efficiente de ce vaccin à l’activité du PEV de routine. Les vaccins ont déjà été réceptionnés et acheminés au niveau des différentes régions.

Les outils de gestion ont été révisés et adaptés, les fonds nécessaires à la mise en œuvre des activités sont disponibles à tous les niveaux, un plan de communication a été élaboré et un comité technique a été mis sur place pour le suivi de ce plan.

Les formations et recyclages des agents vaccinateurs sur la gestion des activités vaccinales et des techniques de vaccination, ont été organisés. Reste à souligner que le succès de l’introduction du VPI est étroitement lié à une bonne information et à une adhésion des populations.

Ceci nécessite que l’acteur communautaire procède à la diffusion des informations essentielles sur la vaccination contre la Polio au niveau de sa communauté.

Cridem : Ya-t-il d’autres pays dans la région qui ont introduit le VPI ?

Oui, plusieurs pays Africains ont déjà introduit le VPI, tel que le Sénégal, la Gambie, le Niger, le Nigeria, la Cote d’Ivoire, la RDC, le Cameroun, le Tchad, le Benin, la Guinée(Conakry), et la RCA ; et d’autres sont en voie d’introduction ; c’est le cas du Gabon, le Congo, le Burundi, la Guinée Equatorial, la Guinée Bissau, le Togo, le Ghana, la Sera Leone, le Liberia, l’Angola, le Burkina Faso, et le Mali

Cridem : Est-ce qu’avec le VPI, la Mauritanie aura toujours besoin de campagnes de masses ?

Les campagnes de vaccination de masses sont l’une des quatre principales stratégies d’éradication de la poliomyélite, et donc même après l’introduction du VPI continueront à être conduites.

La vaccination contre les maladies évitables par la vaccination est une responsabilité individuelle, collective et gouvernementale qui transcende les frontières et les secteurs.

Grâce à la vaccination, combinée à d’autres interventions relevant des soins de santé et du développement – dont l’amélioration de l’accès à une eau propre et à l’assainissement, une meilleure hygiène et l’éducation –, le nombre annuel de décès chez les enfants de moins de cinq ans a chuté, selon les estimations, de 9,6 millions en 2000 à 7,6 millions en 2010, malgré l’augmentation chaque année du nombre de naissances.

Le nombre de décès dus à des maladies classiques évitables par la vaccination (diphtérie, rougeole, tétanos néonatal, coqueluche et poliomyélite) a régressé, selon les estimations, de 0,9 million en 2000 à 0,4 million en 2010. La polio est une maladie grave, contagieuse, handicapante et parfois mortelle. Elle se transmet par la consommation d’aliments et d’eau contaminés par les mains sales ou les matières fécales.

Les enfants de moins de 05 ans non vaccinés sont les plus exposés à la polio. La vaccination est le moyen le plus efficace pour protéger les enfants contre la polio.

Le vaccin polio injectable ne remplace pas le vaccin polio oral mais renforce davantage la protection de l’enfant contre la polio.

Vaccinons tous les enfants âgés de 14 semaines (3 mois et demi) avec le VPI pour

renforcer leur protection et pour achever l’éradication de la maladie.

Copyright © 2015 Cridem

Propos recueillis par Khalilou Diagana

 


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