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08-03-2016

21:15

Entretien avec Fatma MINT ELKORY OUMRANE : Présidente du réseau mauritanien MAURIFEMME : « Impliquer les femmes, ce n’est pas les ajouter « à la galerie » mais beaucoup plus ».

L'Eveil Hebdo - A l’occasion du 8mars, fête internationale de la femme, nous avons rencontré Mme Fatma Mint Elkory Oumrane Présidente du réseau mauritanien Maurifemme qui a bien voulu nous apporter son point de vue sur certaines questions se rapportant à la situation de la femme mauritanienne.

Question : Dans notre pays y a-t-il eu des progrès réels pour l’émancipation et la libération des femmes ?

Fatma Mint Elkory : Tout d’abord, laissez-moi vous proposer le terme "promotion" à celui de "libération" qui me parait un peu trop "féminisme occidental". Nous avons notre propre féminisme musulman voir africain et arabe.

Ensuite même si certaines femmes mauritaniennes (pour mieux exprimer notre diversité) sont certes, encore sous le joug de cultures et pratiques "macho" ("féminisme occidental" !) des avancées notoires ont, quand même, été enregistrées et s’il y a encore certaines disparités femmes/hommes, c’est surtout au niveau de l’application des lois et de la mise en pratique de la volonté politique de manière concrète et objective et non politicienne, comme on le voit courant.

Impliquer les femmes, ce n’est pas les ajouter "à la galerie" mais les beaucoup plus. Il demeure aussi un travail à faire dans les mentalités surtout face aux nouvelles influences extrémistes qui nous arrivent d’ailleurs et constituent de véritables menaces contres toutes les libertés, voir contre la vie, elle meme.

Question : Citez quelques points forts et quelles sont encore les insuffisances ?

Fatma Mint Elkory : Alors comme points forts, je citerai :

- l’amélioration du cadre juridique ;

- les conventions/traités, lois, etc. Ont permis de promouvoir les droits des femmes ;

- des questions tabous sont désormais abordées voir traitées (excisions, mariages précoces, violences sexuelles et conjugales, etc.) ;

- le système de quota a permis l’émergence de plus de femmes dans les postes électifs notamment ;

- la participation croissante des mauritaniennes dans les structures mixtes, dans le paysage national (medias, prise de parole publique, etc..) ce qui a le mérite et/ou conséquence de promouvoir l’accès des femmes au partage des fruits de la croissance et des ressources (gestion de la cité, moyens de production, ...) ;

Question : Souvent le 8 mars est accaparé par les pouvoirs politiques et sa célébration revêt alors un caractère folklorique. Qu’est ce qu’il faut faire pour éviter ce dérapage et donner un contenu exhaustif à cette mémorable et historique journée de lutte ?

Fatma Mint Elkory : D’abord, je pense que les 365 jours de l’année sont implicitement journées des femmes puisque de manière générale, ce sont elles qui, sur 365 jour, donnent la vie, nourrissent et sacrifient leur vie (mortalité maternelle, guerres, malnutrition, violences de toutes sortes, ...).

Donc le 8 mars devrait etre une occasion de faire un constat, un bilan, une évaluation pour voir oû en est LA SOCIETE de l’EGALITE en terme de DROITS DE L’HOMME et comment parer aux inégalités persistantes et comment y parer en vue d’ un développement plus juste, plus équitable et donc plus durable. Le reste n’est que folklore, comme vous le dites si bien.

Question : Dites-nous brièvement où en est la parité chez nous ?

Fatma Mint Elkory : Pour arriver à la PARITÉ, il faut d’abord passer par l’EGALITE qui est un droit fondamental de la personne humaine. L’accepter surtout en tant que principe fondamental de tout ETAT DE DROIT. Puis passer à l’équité qui vise à corriger des inégalités de départ pour arriver à l’équivalence des chances/opportunités entre femmes et hommes, en tenant compte de leurs besoins et intérêts spécifiques (discrimination positive, système de quota, etc..).

Ce n’est qu’alors qu’on pourra prétendre à la Parité qui signifie que chaque sexe est représenté à égalité. La parité n’est d’ailleurs autre chose qu’ un instrument au service de l’égalité qui la confirme, à terme. Alors seulement on aura la vraie Egalité, telle que consacrée par la Déclaration universelle des droits humains qui dispose dans son article premier que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

Voilà. J’espère avoir répondu à vos questions et vous remercie pour l’intérêt que vous portez à cette question des femmes qui est et doit être une Question Nationale.

Fatma Mint Elkory -Président du réseau mauritanien MAURIFEMME
- Co-Présidente du réseau international Genre-En-Action (France)

Propos recueillis par AOB



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