12:00
Accès à la terre, à l’eau et aux semences : ROSA portera la souffrance du monde rural à l’UEMOA et à la CEDEA0
L'Authentique - La souffrance du monde rural confronté aux confiscations par les Etats des terres agricoles, au difficile accès des femmes à la terre, à l’eau et aux semences, fera l’objet d’un Livret Vert qui sera transmis lors d’une Caravane ouest africaine qui s’ébranlera le 20 mars 2016 vers Dakar, à Macky Sall, président sénégalais et président en exercice de la CEDEAO (communauté économique des états de l’Afrique l’ouest.
L’objectif est de lancer un plaidoyer auprès des chefs d’Etat de la région pour la prise en compte de la situation du monde rural.
Le Livret Vert pour l’accès des populations rurales, en particulier les femmes, à la terre, à l’eau et aux semences sera transmis le 21 ou le 22 mars 2016 au président Macky Sall, président en exercice de la CEDEAO+ Mauritanie.
Ce sera au terme d’une Caravane dite de la « Convergence ouest africaine sur la terre, les semences et le pastoralisme ». Le Réseau des organisations pour la sécurité alimentaire (ROSA) qui regroupe 13 organisations nationales représentera la Mauritanie, à côté d’autres délégations venues du Mali, de la Guinée, du Niger, du Sénégal, entre autres.
« Ce problème n’est pas spécifique à la Mauritanie, mais touche toute la sous-région » a expliqué Sarr Mamadou, président du FONADH (forum des organisations nationales des droits de l’homme) et Coordinateur de ROSA. L’initiative est appuyée par l’ONG internationale OXFAM.
Un atelier de lancement a été organisé à cet effet le 8 mars, fête de la femme, célébrée cette année à l’honneur de la femme rurale. Dans le mot d’ouverture, Lalla Aïcha Ouedraogo, présidente du Comité national pour la protection des victimes des violations des droits de l’homme et membre de la coordination de ROSA s’est appesanti sur le rôle moteur de la femme rurale dans l’éducation des enfants, le revenu familial et communautaire.
Partout cependant, dira-t-elle en substance, les femmes n’ont pas accès à la propriété foncière et ont du mal à s’approvisionner en eau potable, ce qui les rend encore plus vulnérable et compromet la vie et la santé de leurs progénitures. D’où le rôle crucial ajoutera-t-elle, de la société civile dans la sensibilisation et le plaidoyer.
Selon la sénatrice Yaye NDao Coulibaly, dans sa communication « Femmes rurales, foncier et eau », il est impérieux qu’une caravane de la société civile soit organisée à l’intérieur du pays pour sensibilise les femmes sur leurs droits, soulignant que la problématique de l’accès des femmes rurales à la terre est ancienne. Elle a regretté les appropriations croissantes par l’Etat et l’agrobusiness des terres cultivables au détriment des communautés, citant les cas en cours dans la région du Brakna.
« La Mauritanie fait partie des pays les plus pauvres au monde, rappellera-t-elle, citant la dernière enquête sur les ménages (EPCV) qui parle d’un taux de 44% de pauvreté en milieu rural, largement dominé par les femmes, souvent seules en l’absence des hommes partis chercher du travail ».
Selon Yaye NDao, les femmes en milieu rural vivent essentiellement de cultures pluviales, face à l’accès difficile à l’eau, à la santé et à l’éducation. Pourtant, souligne-t-elle, la Mauritanie compte de vastes terres de culture et dispose de réserves importantes en eau (fleuve, barrages, digues), mais déplore paradoxalement l’absence de politique de maîtrise de l’eau. La corvée quotidienne et parfois sur de longues distances à la recherche du précieux liquide pousse souvent, selon la sénatrice, les familles à interrompre la scolarité des filles pour aider aux corvées. L’accès des femmes à la terre n’est pas cependant limité ni par la loi civile ni par la loi islamique qui reconnaissent, dira-t-elle, l’égal accès à la propriété foncière aussi bien pour les hommes que pour les femmes.
« Le phénomène est plutôt socioculturel, imposé par des traditions en vigueur dans nos sociétés patriarcales et matrilinéaires » précisera-t-elle. Selon elle, « les femmes en milieu rural n’héritent même pas la terre, recevant à l’occasion des compensations en nature ou en espèces ».
Elle a recommandé dans ce cadre la révision de la loi de 1983 sur le foncier devenu inadapté, la garantie de l’accès des groupes vulnérables à la terre. Pour elle « tant que la femme rurale sera marginalisée, le statut global de la femme ne sera pas amélioré ». Il faudrait dans ce cadre, trouve-t-elle, des mécanismes garantissant l’égal partage des terres entre tous les membres de la communauté quel que soit leur sexe. Elle a aussi exhorté l’Etat à procéder au recensement de ses biens meubles et immeubles pour éviter l’accaparement des propriétés privées.
Pour Dia Abderrahmane, directeur des affaires foncières à la Direction générale du Patrimoine de l’Etat, « l’accès à la terre, à l’eau et aux semences, se pose et se posera ». Abordant les aspects juridiques liés au foncier rural, notamment le droit coutumier, il dira qu’il relève de faits cultuels qui donne à la terre son caractère de bien à fois inaliénable et transmissible. L’une des explications du non accès des femmes à la terre, serait selon lui, la crainte de voir le bien de la collectivité échapper à la communauté en cas de mariage, car les biens de la femme sont souvent transférés vers la communauté de son mari. L’autre explication est que la femme se laisse souvent dire que si elle souhaite cultiver, qu’elle le fasse sur la terre de son époux.
Quant à l’accaparement des terres par le fait du Prince, ce serait l’héritage du fait colonial qui considérait toutes les terres vacantes comme des terres mortes appartenant à la nation, donc à l’Etat. D’où, le cadastre foncier qui consiste à recenser tous les biens meubles et immeubles publics en vue de leur cession aux tiers en cas de demande. Selon lui, les lois foncières, celle de 1960 et celle de 1983 ont chacune été accompagnée de dix décrets d’application, mais que la multiplicité des ministères intervenant (parfois 11) dans le domaine foncier avec le chevauchement et l’enchevêtrement des compétences explique l’anarchie dans le domaine du foncier en Mauritanie.
Par la suite, plusieurs responsables de coopératives venues de diverses localités du pays (Brakna, Trarza, Kaédi, Sélibaby) se sont exprimées, dénonçant le non accès à la terre, à l’eau et aux semences. C’est le cas de Vatimetou de Boghé, Aymé Mint Sidi Aly de Kaédi, Toutou Sow de Boghé, etc. Cette dernière est à la tête d’une coopérative de 915 femmes qui travaille sur une surface de 166 hectares géré par la SONADER, avec 32 autres coopératives pour un total de 2415 femmes. Selon elle, les charges fixes sont si énormes que les revenus qu’elles tirent de leur exploitation rizicole en deviennent dérisoires. Elle a cité les charges par campagne (redevances en eau, salaire du gestionnaire et des ouvriers, semences) d’un montant de 996.000 UM auxquelles s’ajoutent les frais d’électricité qui ont été relevés selon elle à 2 millions d’UM par campagne. D’où des difficultés de plus en plus grande, selon elle, à subvenir aux besoins de la famille et à l’éducation des enfants.
La député Marième Baba Sy a déclaré pour sa part que moins de 10% des femmes rurales en Mauritanie sont propriétaires terriens, avec des disparités selon la région, environ 8% au Brakna mais seulement 5% au Trarza. Elle a déploré surtout la non quantification de l’apport des femmes, en majorité confinées dans le secteur informel, soulignant que leur part dans le PIB reste inconnue, malgré leurs contributions considérables à l’économie nationale. Elle a aussi relevé les difficultés rencontrées par les femmes non seulement dans la production, souvent destinée à la consommation familiale, mais aussi pour l’écoulement de leurs excédents. Elle a également souligné la situation des familles rurales qui ne peuvent pas accéder à la terre, à cause de leur condition servile, ainsi que le non accès au crédit bancaire. Elle a dans ce cadre appelé à l’accroissement de l’investissement public dans les économies locales et celui des hommes d’affaires.
C.A