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Interview avec le président de l'Initiative Mauritanienne des Droits de l'Homme, El Hussein El Hassan DIENG
Echourouq Media - Interview avec le président de l'Initiative Mauritanienne des Droits
de l'Homme, El Hussein El Hassan DIENG, suite à la conférence de
presse tenue ce Jeudi 18 Août 2016 à Dakar au cours de laquelle il a
dénoncé des lobbyings visant à ternir l'image de notre pays et salué
des avancées en matière de droits humains en Mauritanie.
Ainsi, il a accepté de nous donner les raisons pour lesquelles il a
préféré tenir cette conférence à Dakar et abordé la situation du
pays.
1- Quelles sont les raisons de la tenue de cette conférence de presse
à Dakar que nous avons suivie dans les médias?
Permettez moi de saluer vos lecteurs qui nous suivent de partout et
les mauritaniennes et mauritaniens qui œuvrent pour la paix des cœurs
et des esprits. Ceci étant dit, nous avons été amenés à tenir cette
conférence de presse à Dakar, pour plusieurs raisons.
A- Dakar abrite beaucoup de représentations diplomatiques,
d'institutions spécialisées, d'organisations internationales de droits
de l'homme et demeure l'un des voisins le plus proche pour véhiculer
un message fort et véridique à l'endroit de la communauté
internationale.
B- Dakar constitue la base arrière de plusieurs organisations connues
pour leur position extrémiste.
C- Plusieurs déclarations et émissions télévisées visant à vilipender
le pays sont régulièrement tenues dans les médias de cette capitale.
D- La nécessité de porter le véritable discours de la Mauritanie de
2009 à nos jours en passant par les réalisations concrètes marquées
par les premiers jugements de cas de pratiques esclavagistes
condamnées par la justice du pays et la volonté d'en finir avec ses
séquelles par la signature de la feuille de route avec le haut
commissariat des nations unies pour les droits de l'homme.
E- Enfin, la nécessité de contribuer à l'unité et la cohésion
nationales en formulant des propositions concrètes pour la Mauritanie
démocratique en miniature.
2- Quelle est la lecture que vous faites de l'idée de dialogue engagée
par le pouvoir et de la situation du pays?
Un dialogue d'où qu'il vienne est toujours le bienvenu dans n'importe
quelle démocratie. En ce qui concerne le cas particulier de la
Mauritanie, il y'a des pourparlers officiels ou officieux pilotés par
le Secrétaire Général de la présidence, qui est un homme de confiance,
de consensus et bien apprécié par les protagonistes. Des deux cotés,
ce sont des intérêts qui sont en jeu et n'oublions jamais que nous
sommes en politique, et on sait que l'opposition en Afrique est
souvent très irréaliste pour réclamer des garanties chimériques. Les
mauritaniennes et les mauritaniens continuent de croire qu'une bonne
concertation sera organisée.
En ce qui concerne la situation du pays, la Mauritanie n'est pas
épargnée par la conjoncture économique qui a fini de saper les efforts
d'Etats qui ne comptent que sur leurs ressources propres. Du point de
vue de la justice sociale, les réseaux sociaux et les nombreuses
manifestations publiques ont fini par créer un nouveau type de
mauritanien qui a envie de mieux connaitre ses droits et devient de
plus en plus exigeant. C'est le monde de notre siècle qui est ainsi.
Il appartient au gouvernement de lire dans ces revendications pour
anticiper afin de formuler des propositions appropriées. Certaines
Mauritaniennes et Mauritaniens attendent des changements radicaux mais
il y'a lieu de comprendre que tout changement radical qui n'est pas
accompagné peut créer de sérieuses dérives. Et dans ce cas ce sont les
plus faibles et les plus démunis qui feront les frais.
3- Vous avez eu la chance de travailler avec Ira et de vous frotter
avec le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz qui vous a reçu en 2012 avec
tous les honneurs, deux extrémités en conflit ouvert. Quelle est
l'appréciation que vous faites en tenant compte des questions qui les
divisent?
Dieu le tout puissant a voulu que je sois membre fondateur de cette
initiative qui n'avait comme ambition à l'époque que de traiter les
cas de pratiques esclavagistes et d'avoir l'honneur d'être reçu à
plusieurs fois par son Excellence Mohamed Abdel Aziz pour apporter
notre modeste contribution dans la réalisation d'une Mauritanie
nouvelle. Cette modeste expérience m'a permis de faire une relecture
des questions nationales en privilégiant le tact, la stratégie, la
modération mais aussi l'engagement auprès de toutes les communautés du
pays dans la recherche de solutions pour les unir davantage. Je reste
convaincu que c'est pas noir contre blanc que les problèmes du pays
vont être réglés mais noir et blanc ensemble, la main dans la main
avec un dépassement car il s'agit de l'intérêt supérieur de la nation.
Les lobbyings constitués et organisés occasionnellement contre le pays
ne seront que de cuisants échecs pour leurs promoteurs. Celles ou
ceux qui aiment le pays devraient travailler à réunir le peuple
mauritanien dans son ensemble pour exiger dans un seul corps les
changements souhaités dans l'intérêt de toutes les communautés.
4- Beaucoup d'Etats, de partenaires au développement, d'organisations
de droits de l'homme et de personnalités publiques ne semblent pas
apprécier les peines prononcées à l'endroit de tes anciens compagnons.
Quelle est votre appréciation de cette situation.
Effectivement, nous avons lu et retenu avec beaucoup d'attention les
nombreux communiqués qui ont fusé de partout pour dénoncer les peines
retenues à l'égard de ces personnes. Nous nous désolons de cette
situation en tant que défenseurs des droits de l'homme. Cependant,
quand des policiers sont battus, torturés, piétinés, humiliés dans
leur fort intérieur et évacués pour soins, des cars de police brulés,
il faut s'attendre à ce que la justice cherche et trouve les
coupables. Dans n'importe quel autre pays le traitement serait le
même. Maintenant, il faut solliciter la clémence de la justice pour
réduire les peines.
Autre chose à coté de la désolation des partenaires au développement
et aux organisations des droits de l'homme, pour les peines
prononcées, le peuple mauritanien attend d'eux des initiatives pour
concilier et réconcilier les filles et fils de ce pays afin de réduire
les incompréhensions pour éviter l'irréparable. Les amis et
sympathisants d'un pays doivent aussi servir à ça au lieu d'attendre
des moments difficiles pour venir en pompiers.
5- Dans un article paru sur votre intervention à Dakar, vous affirmez
que vous allez faire le tour des capitales du monde pour informer le
citoyen du monde sur la situation réelle du pays. Êtes- vous encore
disponible à réaliser cette importante mission? Une mission de l'Etat
ou votre propre initiative?
Effectivement, nous avons ce projet de rétablir des vérités partout au
profit du citoyen du monde. Cependant, nous n'avons jamais dit qu'il
n'y a pas de problèmes et que les organisations internationales de
droits de l'homme et les journalistes ne doivent pas faire leur
travail. Au contraire, nous invitons le gouvernement à faciliter le
travail d'investigation en Mauritanie pour montrer à la face du monde
toute la volonté politique affichée.
Si nous partageons la pertinence des problèmes posés parfois, nous ne
sommes pas par contre d'accord sur les voies et moyens à envisager.
Notre objectif, tout en rétablissant des vérités en fournissant des
preuves concrètes, notamment en matière de droits de l'homme, est
d'amener le citoyen du monde à comprendre le contexte de la Mauritanie
en visitant le pays pour mieux le connaitre en l'accompagnant à faire
face à ses problèmes. C'est valable pour les organisations
internationales des droits de l'homme qui ont fini par prendre
position. Il y'a lieu de reconnaitre maintenant que le contexte de
2009 à nos jours a beaucoup évolué.
Cette mission est la notre et nous entendons ne plus céder le terrain
pour une propagande qui n'a que trop duré. Il y'a lieu de préciser que
cette campagne n'est dirigée contre personne mais a pour seule
ambition de décrire exactement la situation du pays à cet instant T.
6- Quel est votre mot de la fin?
Je vous remercie pour l'intérêt que vous portez à ma modeste personne
et à l'initiative que je dirige. Je ne saurai terminer sans lancer un
appel à mes anciens compagnons de l'Ira, de l'intérieur du pays comme
de la diaspora pour se joindre à moi afin de réunir tous les
mauritaniens de toute communauté confondue pour formuler les
meilleures propositions qui puissent nous sortir de cette situation et
cela dans un esprit républicain.
Traduit de l'Arabe par Chrough Media