07:29
Enquête MICS5 sur la situation des enfants en Mauritanie : Le rêve de Khoudja est encore un…rêve
Le Quotidien de Nouakchott - Khoudja Pape Ahmed M’barreck, jeune chanteuse mauritanienne, est ambassadrice de l’UNICEF pour les droits de l’enfant.
Face aux participants à la journée de diffusion des résultats de l’enquête MICS5 sur la situation des enfants en Mauritanie, elle a fait un rêve : « je n’ai que 14 ans. j’ai vu en rêve des enfants à l’école au lieu de quémander dans les rues, des enfants en bonne santé, des enfants qui ne sont plus exploités ou brutalisés, des enfants qui rient jouent et chantent.»
Après lecture des résultats de l’enquête, constat : ils y a des avancées mais le rêve de Khoudja est encore un…rêve.
Un taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans de 54 pour 1000 naissances, seul 27% en âge d’aller au secondaire sont scolarisées, 28% des enfants accusent un retard de croissance…ce sont quelques chiffres de la cinquième enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS) sur la situation des enfants en Mauritanie. La présentation officielle des résultats de cette enquête a eu lieu a la chambre de commercer, d’industrie et d’agriculture à Nouakchott, jeudi 26 janvier.
L’enquête MICS5 « a été réalisée par l’office national des statistiques avec l’accompagnement technique de l’UNICEF. Elle a été financée par le gouvernement mauritanien en collaboration avec l’UNICEF, l’AFD et le FNUAP. »
Mics est « un outil de collecte de données pour le suivi des progrès vers les objectifs nationaux de développement et les engagements internationaux visant à promouvoir le bien-être des enfants, y compris les ODD, objectifs de développement durable. »
Santé
Pour la santé infantile, il ressort de l’enquête MICS 2015 qu’en Mauritanie "la mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 54 pour 1000 naissances vivantes. 43 pour 1000 enfants mauritaniens décèdent entre la naissance et le premier anniversaire".
Autres résultats : « 57% des enfants de 12-13 ans ont reçu le vaccin PENTA3 avant leur premier anniversaire. 62% des enfants de ce même groupe d’âge ont reçu le vaccin contre la rougeole avant leur premier anniversaire. »
Pour l’éducation, « 58% des enfants en âge d’aller à l’école primaire fréquentent cette école primaire et 28 % pour le secondaire. » « 52% des jeunes filles de 15 à 24 ans savent lire et écrire. »
58% d’enfants enrôlés…
Pour la protection, il ressort de l’enquête que « 26% des enfants travaillent dans des condition dangereuses et 69% ont subi des châtiments corporels. ».
Autres données sous le chapitre protection : « En Mauritanie, 66% des enfants de moins de cinq ans sont enregistrés à la naissance, mais seulement 58% sont enrôlés dans le nouveau système d’enregistrement qui donne accès a un certificats de naissance valable et a un numéro national d’identification. » Ce pourcentage d’enfants enrôlés cache aussi d’importantes disparités. Ainsi, chez les plus pauvres seuls 39, 9 % des enfants de moins de cinq ans sont enregistrés à l’état civil biométrique. Pour les riches, il est de 85, 2%, en milieu urbain, 73,9%, en milieu rural, il chute à 46, 3% Au Guidimagha, le taux d’enfants de moins 5 ans enrôlés est très en deçà de la moyenne national, il est de 40%.
Hodh El Gharbi : 86,7% de MGF
Concernant les MGF (mutilations génitales féminines), en Mauritanie « quelque soit le groupe d’âge, la majorité des femmes, jeunes ou moins jeunes, ont subi l’une ou l’autre forme de ces MGF avec un taux de 67% au niveau national. » Encore des disparités à ce niveau avec un taux de MGF de 86,7% au Hodh El Gharbi et 05, 1% en Inchiri. Disparité aussi en fonction du niveau de vie. Chez les plus riches, le taux de MGF est de 14, 1%, chez les plus pauvres, 83, 3%.
Mariages précoces en masse au Guidimagha
Toujours sous la rubrique protection. Un constant : les mauritaniennes se marient encore précocement. 1 femme sur 6, y est mariée avant 15 ans. 35, 2% des femmes de la tranche d’âge 20 à 49 ans ont été mariées avant 18 ans. Le Guidimakha détient la palme des mariages précoces avec un taux de 54, 08%. Au niveau national, les filles des plus pauvres (46, 3%) se marient plus précocement que celles des riches avec un taux de 24,3%.
La présentation MICS 2015 a été suivie de débats au cours desquels a été soulevés, entre autres question, celle des enfants des enfants talibés mendiants.
Au leur sujet, le représentant de l’UNICEF en Mauritanie, Souleymane Diabaté, a fait état d’une enquête portant « mahadra et droits de l’enfant en Mauritanie » réalisée en collaboration avec les autorités mauritaniennes. « Nous ne pouvons travailler au niveau de l’UNICEF sans prendre en compte la situation de tous les enfants, la ou ils se trouvent. Nous ferons tout pour travailler avec les autorités, les religieux, la société civile pour faire en sorte que la situation des enfants soit améliorée. L’étude sur les mahadras (école coranique) a permis de recueillir des données, des informations et, comme nous sommes dans une phase d’élaboration d’un nouveau programme avec le gouvernement, cette question sera prise n compte dans ce nouveau programme » a dit le représentant.
Nous reviendrons sur « l’étude 2015 portant cartographie des privation et vulnérabilité chez les enfants en Mauritanie» dont les résultats ont été présenté après ceux du MICS.
Khalilou Diagana