10-12-2015 15:10 - Droits de l’homme/ La narration du fils du soldat

Droits de l’homme/ La narration du fils du soldat

Le fils d’un soldat m’a dit ; « Nous somme le 10 décembre, qui commémore la journée des droits de l’homme, et je suis le fils d’un militaire, mais je n’ai connu mon père. Le 28 novembre dernier à Nouadhibou, ses frères d’armes commémoreront tous, les cinquante-cinq ans de notre accession à l’indépendance sans lui. Pourtant mon père a été sous les drapeaux de l’honneur, mais pas de la fraternité encore moins de la justice.

Mon père a été exécuté pour célébrer le 28 novembre ».
Défiler pour défiler, pourquoi ce ne serait pas le tour de ses geôliers de venir parader, la fleur au fusil pour une fois, s’incliner devant leurs tombes, lui et ses amis qui ont servi sous les drapeaux de la mère patrie.

Compatir au désarroi de leurs familles qui sont encore en vie mais n’ont jamais été payés à la hauteur de leurs droits, et enfin, faire leur propre introspection et exprimer leur repentance ?

Pour les droits de l’homme, « Plutôt que de sacrifier au folklore d’une parade militaire, je demande à tous ceux qui ont marqué le pas avec nos pères, de se plier à un examen de conscience,  vingt cinq ans après, mesurer l’abîme qui sépare encore les rêves de la réalité, car le 28 Novembre n’est plus une gloriole ».

Mais puisqu’il s’agit ici d’exhiber l’armée et non de faire son bilan à mi-parcours, le minimum serait d’exiger que l’armée reconnaisse qu’elle a soldé ses comptes à l’endroit de l’une de ses composantes. Composantes, qui l’avaient servie et s’étaient sacrifiés pour elle.

Et le fils du soldat de poursuivre, « les héritiers de ces combattants oubliés que nous sommes, porteront toujours les revendications, auxquelles la Mauritanie, peut rendre justice, définitivement et solennellement, pour boucler un demi-siècle d’occasions manquées ».

« Je m’interroge sur ce qu’a fait mon père contre les intérêts de son propre peuple ? En constituant l’essentiel des effectifs de son armée? En participant à une guerre qui n’avait pas prioritairement pour objectif la défense des droits humains ? Ses amis et lui, n’y ont-ils pas aussi été d’un apport décisif comme chair à canon ? ».


Leur participation était symbolique ils ont subi des pertes souvent importantes (plusieurs centaines de morts), auxquelles s’ajoutent les dégâts commis sur leur psychisme et leur réinsertion dans leur milieu naturel.

Comme si cela n’est pas trop, il fallait leur donner pour les remercier, une corde de chanvre, pour une pendaison après avoir subi les affres de la captivité, du travail forcé et de la vindicte de leurs frères d’armes.

« C’est ça le grand merci mauritanien pour avoir été des combattants courageux et engagés, après avoir participé à la défense de la nation. Pourquoi après même leur mort tragique, mes frères et moi sommes encore victimes d’ostracisme et d’injustice ? Comme si le baptême de feu continuerait pour leur descendance ».
Une autre facette des droits de l’homme en Mauritanie, « ma mère se retrouvera privée de ses indemnités, de sa prime et même de son pécule de veuve d’un militaire ». D’autres, femmes comme elle, sont soumises aux mêmes injustices, d’une opération dite de « blanchiment de l’armée mauritanienne ».

Pourtant tous les anciens militaires noirs, qui ont survécu ont toujours parlé de « la mère patrie », sans haine, et au sein de leurs associations, ils cultivent leur attachement à ce pays qui leur a tout ravi, même le droit à la vie.

ADN

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Commentaires (3)

  • Ibiliss (H) 10/12/2015 21:52 X

    Excellent!

  • venimeux (H) 10/12/2015 16:45 X

    Texte bien écrit. Mais saches qu'il n'y a plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Mais prions et demandons ALLAH pour que l'âme de nos frères, oncles, pères et grands pères reposent en paix et ensuite demandons au bon Dieu ALLAH d'ouvrir les yeux de ceux qui ne veulent pas voir. AMINE

  • damocles (F) 10/12/2015 15:19 X

    C'est vraiment honteux de dire que l'on est mauritanien